UNE FRESQUE POUR LA BOURSE DU TRAVAIL

UNE FRESQUE POUR LA BOURSE DU TRAVAIL

23 septembre 2022
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Troyes

Inaugurée début octobre, la Bourse du Travail va rouvrir ses portes. Mais on n’y verra pas de syndicalistes ni de travailleurs en grève (quoique !), on y verra d’immenses cuves en alu pour y fabriquer la bière et tout un aménagement festif destiné à séduire les buveurs de cette boisson millénaire.

La mairie de Troyes, après bien des essais, a fini par choisir des brasseurs pour occuper ce lieu emblématique. Elle a donc laissé ces derniers investisseurs bouillir et brouiller les traces de l’activité d’autrefois. Les historiens futurs riront d’apprendre encore qu’au début, l’appellation même Bourse du Travail aurait dû se transformer en Passage Saint-Nicolas. Tout bébé, ce saint populaire, à ce que dit l’hagiographie, refusait de téter aux jours de carême prescrits par l’église. Donc pour la bière, qui se téte comme chacun sait, Saint-Nicolas aurait été un bien mauvais choix. Mais à l’époque, on en pinçait pour les vieilles références. Fort heureusement, les colonnes sont restées, non par hasard, car il a fallu que l’asso Bourse du Travail se batte, là encore, pour qu’elles survivent.

Ces fameuses belles colonnes sont donc là en majesté, dans cet univers minéral dit le fresquiste Jean-Jacques Jolinon, elles deviennent les sentinelles de la mémoire collective.

Ressusciter la mémoire du lieu

Qui dit fresquiste, dit fresques mais il y faut les mains compétentes des Passeurs de fresques, (souvent passeuses), car on a besoin de les passer, ou plutôt de militer pour obtenir qu’elles passent, qu’elles soient apposées dans des lieux appropriés, là où le devoir de mémoire doit se conjuguer en continu.

Pour la Bourse, ce qui était nécessaire, on vient de le voir, c’était de ressusciter la mémoire du lieu : la vie syndicale, sportive et culturelle. Rappeler que les bonnetières y furent ici les plus nombreuses, que l’histoire y appela les grands leaders ouvriers, que la façade du bâtiment y vit défiler d’énormes manifestations joyeuses comme celle des vignerons en 1911 ou douloureuses comme l’enterrement de Romagon et de Boigegrain le 5 mai 1945. La fresque apposée fin août sur le mur intérieur sud-est de la Bourse, est un acte civique qui méritera qu’on aille s’y recueillir en toute laïcité.

Un mot sur chacun des personnages représentés qui fréquentèrent ou non ce lieu, le choix étant fait par l’artiste. Il y manque bien sûr quelques figures emblématiques comme René Jourdheuille ou Suzanne Gallois.

Jean Jaurès, assassiné en 1914, à cause de son pacifisme, défenseur d’un socialisme humaniste, nourri par les idées de la Révolution de 1789. Lui, vint plusieurs fois à Troyes.

Louise Michel, (1830-1905) opposée à Napoléon III, elle participe à la Commune de Paris en tant que Garde National. Elle n’est pas venue à la Bourse car celle-ci n’était pas encore un lieu syndical en 1905.

Maurice Romagon, (1886-1942) organisa en septembre 1940, les premiers pas de la Résistance au Château des Cours. Arrêté il est fusillé comme otage à Clairvaux le 7 mars 1942.

Marguerite Buffard Flavien, (1912-1944) professeur de philosophie à Caen puis à Troyes, elle épousa Jean Flavien, cultivateur et dirigeant communiste, originaire de Voué. Plusieurs fois arrêtée et évadée, elle devient membre de l’État-Major des FTP à Lyon. Dénoncée, elle est torturée par les miliciens de Barbie. Elle se suicide par défenestration pour ne pas parler sous la torture. Pignon-Ernest fit d’elle un portrait militant.

Jean Alemane, (1843-1935) dreyfusard et syndicaliste.

Jeanne Bouvier, (1865-1953) syndicaliste et féministe, virée de la CGT par le réformiste Jouhaux qui créa FO à la Libération. Ce dernier est aussi sur la fresque.

Gaston Checq, (1866-1937), organisateur de la lutte pour que l’Aube obtienne l’appellation Champagne.

Jules Guesde, (1845-1922-) socialiste marxiste très présent dans notre département et dont la doctrine fut propagée à Troyes par Etienne Pédron.

Fernand Pelloutier, (1867-1901) syndicaliste engagé dans le développement des Bourses du Travail.

Vincent Nocera, est là en tant que grand-père de l’artiste. Maçon italien, i l lui a transmis dès l’enfance l’amour de la chaux.

Cette fresque valorise plus d’un siècle de mémoire plurielle et marque de façon indélébile le passé troyen le plus ardent depuis 120 ans. Cette présence, il faut le rappeler fortement est due au travail permanent et à la vigilance de l’association Bourse du Travail que préside notre camarade Anna Zajac.

Elle s’est mobilisée dès la fermeture de ce lieu et dès l’éviction des syndicats et associations, pour imposer à la municipalité l’obligation d’avoir à l’intérieur de la Bourse, non seulement les colonnes initiales, mais aussi la mémoire de tout ce qui s’est passé là depuis l’arrivée des syndicats et l’utilisation des salles pour des animations culturelles et festives. Une mobilisation à la hauteur de l’événement.

 

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