SI NOUS NOUS TAISONS, QUI PARLERA ?

SI NOUS NOUS TAISONS, QUI PARLERA ?

31 décembre 2021
par 
Catégorie(s) :

Dans cette période troublée et violente, les discours révisionnistes et négationnistes, avec en tête de gondole le polémiste Zemmour, reviennent dans le débat public. La cote d’alerte est franchie.

C’est un poison à diffusion lente, aux effets funestes. Le négationnisme restait circonscrit aux salons feutrés de l’extrême droite française, s’offrant de temps à autre d’infâmes vitrines, entre profanations et autre « détail » de Le Pen. Puis il y eut le succès des spectacles du clown triste Dieudonné, passé du rire à la nausée, et, plus pernicieux, la messe médiatique du samedi soir où deux révisionnistes notoires (les dessins antisémites de Yann Moix ont été révélés en 2019) ont eu leur rond de serviette sur une chaîne du service public.

Le négationnisme, doucement mais sûrement, se fraye un chemin

Ajoutez à cela une bonne dose de confusionnisme, et voilà un candidat à la présidentielle qui affirme tranquillement que « Pétain a sauvé des juifs », que l’« on ne saura jamais » si le capitaine Dreyfus était innocent, et choisit le neveu du négationniste Robert Faurisson comme conseiller de campagne. « Anecdotique », « marginal », nous rétorquait-on, quant, à juste titre, le journal l’Humanité s’indignait de la montée en puissance de ces faussaires de l’histoire.

Certes, quelques responsables politiques et historiens sont montés au créneau et certains médias ont fait leur travail. Mais, face à ces horreurs, un sentiment d’impuissance – ou d’indifférence ? – gagne une grande partie des citoyens. Entre l’ignorance (en 2018, un Français sur dix affirmait n’avoir jamais entendu parler du génocide des juifs, selon un sondage Ifop) et l’ironie (l’usage intempestif du concept de « point Godwin » serait finalement devenu un moyen de disqualifier la dénonciation de l’antisémitisme), le négationnisme, doucement mais sûrement, se fraye un chemin au moment même où les derniers témoins des camps d’extermination disparaissent. Quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle, l’écho dont bénéficient aujourd’hui les inepties d’Éric Zemmour laissera des traces.

Le négationnisme à ciel ouvert, tel un canari dans la mine, est un avertissement de grands dangers. « Si notre témoignage vient à manquer, dans un avenir tout proche, les récits de la bestialité nazie pourront être relégués au rang des légendes, tant ils sont énormes », écrivait Primo Levi en 1955. « Si nous nous taisons, qui parlera ? »

Partager l'article :

Les dernières actus

LES VOEUX DE LA DÉPÊCHE DE L'AUBE

Fin 2021 comme promis nous avons fait la fête à la Dépêche avec une belle exposition toujours visible aux Archives de l’Aube et une conférence donnée par Jean Vigreux dont le thème était le Congrès...

PARTICIPONS ENSEMBLE AUX TRANSFORMATIONS URBAINES, SOCIALES ET ÉCOLOGIQUES

Par Anna Zajac Troyes - Conseil municipal Les élu-e-s de la ville de Troyes ont découvert « le projet Troyes 2030 » lors du Conseil municipal du 6 décembre dernier. Alors que les rapports à...

SANTÉ, ACCÈS AUX SOINS LES PROPOSITIONS DE FABIEN ROUSSEL

Le coronavirus a bouleversé la situation sanitaire de tous les pays du monde. Cette situation de crise exacerbe un contexte que nous connaissions bien avant la crise : Celui des inégalités profondes qui traversent notre...

LES VOEUX DE L’ORCHESTRE D’HARMONIE

Tout est noir, la salle, la scène, les musiciens C’est la mode paraît-il, même les voeux nous arrivent sur papier suie. Tout est noir, même le programme, et de ce fait quasiment illisible. On distingue...
1 2 3 72

Vous ne voulez rater aucun numéro de la Dépêche ?

Abonnez-vous, vous recevrez chaque numéro dans votre boîte aux lettres.
Je m'abonne

© 2022 - La Dépêche de l’Aube

Création : Agence MNKY

magnifiercrossmenuchevron-down linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram