Le respect pour la dignité humaine ne se mérite pas, il est une donnée préalable."

Tzvetan Todorov Linguiste

NUITS DE CHAMPAGNE

vendredi 7 novembre 2008 , 1029 : visites , par Jean Lefevre

Les Nuits ont peut-être été aussi festives que d’autres, et les spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir, sauf moi, parfois. Je m’en excuse.

- JULIETTE : humour et dérision dit-on. La " difficulté d’être " sans doute, mais aussi un petit penchant nouveau pour la gaudriole comme ces musiciens déguisés en lapins coïteurs. J’ai préféré les Tyroliens, beaux garçons et chantant la haine de Pierre Dac sur radio Londres. Puis Juliette seule a fait frémir la salle contre les " loups entrés dans Paris " et que le regretté Reggiani chantait. Pour finir, un faux vrai tango à plier de rire les reins de sa cavalière.

- CAMILLE : 30 ans tout juste, C’est la seule artiste originale de ces Nuits. Se faire accompagner par 5 musiciens sans instruments, c’est déjà quelque chose d’inouï. Inouï, c’est le mot, jamais entendu. 2 bruiteurs et 3 chanteuses, une note de piano par-ci par-là, et cela fait un orchestre haut-le-pied. Là-dessus surfe Camille étonnante, vibrante, chantante, gesticulante. Une larme germe parfois à l’œil du spectateur conquis. Quelqu’un veut-il trouver un nom à ce style ? CHŒUR : Toujours les mêmes ficelles et les mêmes émotions. Ce qui épate c’est la masse des poitrines soulevées par le chant, gorges et forge puissantes. L’énormité des moyens et du son, la répétition année après année des mêmes mouvements, n’est pas favorable à l’émotion. Ça ressemble plutôt à une belle cérémonie patriotique. Les musiciens sont de qualité extrême, comme cet accordéoniste, Lionel Suarez qu’on a entendu au festival en Othe accompagner le grand Dédé Minvielle et qui sort l’accordéon du bébête show.

- David GREILSAMMER. C’est " le pianiste dont tout le monde parle ". Pourquoi pas moi. C’est un iconoclaste qui casse tout, même l’image du parfait concertiste à queue de pie. Mais il garde quand même les chaussures vernies à la poulaine et très au-dessus, un sourire malicieux et des cheveux fous. C’est difficile d’en dire autre chose que du bien quand on lit les coups d’encensoir de la presse. Il mélange Mozart et Ligeti, Brahms et Cage, ce compositeur américain qui considérait le silence comme une vraie note et qui voulait être l’adepte exagéré de Satie. Le système Greilsammer exige 2 pianos dont un " préparé ", c’est-à-dire modifié par l’emploi de boulons, de verre ou de caoutchouc. Un piano de choc.

Il est étrange que ce grand concertiste ne joue jamais sans partition, même dans les bis, ce qui lui permet d’effeuiller son piano d’un geste auguste, après chaque morceau. Curieux également la façon qu’il a de jouer Bach ou Mozart comme du Beethoven en exagérant les nuances de force et de durée.

Cet artiste d’un genre nouveau connaît tout de même la musique, ce qui lui permet de lui tirer des pieds de nez. SPONSORS : les mécènes en scène. Mélanger l’art et l’argent m’a toujours semblé offensant. Les grands festivals s’y essaient toutefois : pari qui rapporte modestement.

On lit dans le journal cette phrase à propos des partenaires : " Aujourd’hui, le développement de l’art contemporain ne peut échapper au mécénat. Cela lui donne un élan, une visibilité. " Les sous sont entrés dans le pari.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N998

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