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FEMMES DANS LA RESISTANCE

jeudi 9 octobre 2008 , 1154 : visites , par Jean Lefevre

Nous voudrions dans ces courts articles redonner aux femmes leur place dans la Résistance.

Elles furent un peu les grandes oubliées de l’histoire, bien qu’ayant acquis par leur combat le droit très tardif de voter en 1945. Pourtant elles vont se montrer les égales des hommes dans bien des domaines. C’est pendant cette période qu’elles vont sortir du rôle d’infirmière ou de correspondante de guerre dans laquelle on les tenait jusqu’ici.

Mais il est souvent difficile de démêler l’écheveau des actions des uns et des autres. Bien que certaines connurent le feu, ce fut le cas de Betty Dié, on confia surtout aux femmes des missions de liaison, de transport de petit matériel, de cache, de nourriture. Ma mère me racontait comment elle avait appris l’élevage du lapin, ce qui l’obligeait à des cueillettes fréquentes de plantin et de carotte sauvage. Plus fréquentes que les besoins de ses léporidés. Elle rapportait l’herbe sur son porte-bagages et, sous l’herbe, on pouvait cacher un revolver, un pain de plastic, des détonateurs ou des crayons bickford. Je revois également ma tante fouiller dans son soutien-gorge et changer de couleur parce qu’elle ne trouvait pas les fausses cartes d’identité qu’elle devait remettre à un groupe de résistants. L’affaire fut chaude et les cartes retrouvées.

GINETTE COLLOT

Ginette m’a raconté sous le sceau du secret, mais j’ai du mal à me taire, qu’elle a fréquenté très jeune le milieu de la résistance. En 1943, elle a 17 ans. C’est assez pour s’engager. Elle fait la connaissance de jeunes marins romillons revenant de Toulon où la flotte venait de se saborder (11.11.42). Ces jeunes, Maurice Durant, Paul Rémond, Yvan Dhers sont embauchés à la SNCF. Maurice Camuset les approche et il constitue avec eux un groupe FTPF. C’est Yvan le plus aguerri. Il devient le bras droit de Maurice, participant à tous les sabotages.

Ayant été arrêté une fois et relâchés faute de preuves, les deux francs-tireurs doivent, bien entendu, jouer de prudence. Yvan va se confier à Ginette chez les parents de qui il va stocker du matériel " un peu " compromettant tel que grenades, explosifs et revolvers... Une bonne façon de prouver que la valeur n’attend pas le nombre des années, même quand on est une fille. Ce sont " Mes " explosifs, plaisante Ginette, qui ont sans doute servi à faire sauter les camions de l’entreprise TODO place de l’Union. Quant à l’écluse de Conflans, tout sauta...sauf l’écluse. Un beau raté ! Les partisans se rattraperont.

D’autres actions eurent lieu en effet. Des rendez-vous étaient souvent pris chez Barbenoire, un résistant confirmé. C’est là que Ginette et Gisèle Camuset se rencontrent et se lient d’amitié. Chacune ira militer séparément et toujours dans le secret, d’où la difficulté aujourd’hui de recouper de nombreuses informations. Barbenoire est arrêté. Sa femme prend la relève et notre " gamine " assure alors les liaisons entre Romilly et le maquis de Rigny la Nonneuse par l’intermédiaire des garçons qui adorent la bicyclette et la marche à pied ! Le 14 juin, le maquis de Rigny est attaqué par les SS. Les survivants durent se cacher un peu partout chez des familles amies.

C’est dans le cadre des cérémonies de commémoration du maquis de Rigny en 1946, que Ginette rencontra Pierre, Résistant lui aussi, et qu’ils ne se quittèrent plus... Tout cela peut sembler léger et dérisoire pour qui n’a pas connu ces années terribles. Il fallait garder un sang-froid à toutes les épreuves et la foi dans la libération du pays. Sans Ginette et sans les femmes résistantes, officiellement engagées ou non, il n’y aurait pas eu d’indépendance du pays et ce grand espoir qui est né avec le début d’application du programme du Conseil National de la Résistance.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N994

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