“Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement. Antonio GRAMSCI.

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LES MARTYRS DE CRENEY 22 AOÛT 1944

jeudi 4 septembre 2008 , 1873 : visites , par Jean Lefevre

Deux cérémonies ont eu lieu pour commémorer le massacre de Creney, la première à Romilly le 22 août, date anniversaire, et la seconde à Creney le 31.

Pourquoi Romilly ? C’est que 12 Romillons résistants payèrent de leur vie la libération du pays. Il faut y ajouter ceux des villages voisins, Saint-Just, Baudement ou Saint-Hilaire.

À Creney, ce sont plus de 200 personnes qui tinrent à rendre hommage à ces 53 martyrs (4 fusillés le 22 février et 49 le 22 août) extraits de la prison Hennequin et menés sur le champ de tir de Creney pour y être massacrés.

Pour commémorer ce martyre, les discours furent chaleureux quoique assez consensuels. On se souvient du ton lyrique que savait prendre Maurice Camuset. Jean Girost (ANACR), Bruno Collin (Amis de la Résistance), Jacky Raguin (maire), Marc Demade (Office des A.C). Pour Rol-Tanguy, le libérateur effectif de Paris, commémorer c’était surtout "participer", c’est-à-dire travailler à construire une France généreuse et rassemblée. Le devoir de mémoire n’est donc pas figé dans les seules cérémonies et les vins d’honneur. Il a une prolongation dans la lutte politique aujourd’hui.

Sans entrer dans des polémiques inutiles, il faut dire que les hommes assassinés à Creney par des SS (dont une poignée de Bretons nationalistes enrôlés dans la S.S.) étaient presque tous des combattants. On en a qualifié certains d’innocents parce qu’ils étaient seulement otages ou qu’ils avaient commis des actes sans grande incidence (refuser le trottoir à un officier SS par ex.) Le terme d’innocent est dangereux car il signifierait que les autres étaient coupables ! Coupables de civisme et de patriotisme ? Roger Bruge ( [1]) cite même un fusillé qui aurait " parlé " et donc dénoncé un autre martyr tombé près de lui. L’image d’Epinal du héros qui ne parle pas sous la torture est sans doute nécessaire comme celle des martyrs chrétiens utiles pour stimuler la foi. Ces deux figures de héros ont existé. Les autres ne le sont pas moins. Pierre n’a-t-il pas renié trois fois Jésus ?

Ces cérémonies ont pour autre intérêt de réactiver les questions historiques. Il faut prendre de la hauteur parfois en cernant mieux les choses d’en-bas, mais en rappelant les causes premières et les raisons fondamentales qui ont créé ce grand mouvement de Résistance. Rappelons les francs tireurs et les Corps francs de 1870 qui se révoltèrent un peu partout contre les envahisseurs prussiens (Chennegy, Auxon...).

Tout de suite après la guerre, les collabos actifs ou passifs ont tenté de salir la résistance partout où l’occupant commettait des crimes. On l’a vu à Oradour, Maillé ou Buchères. Il fallait aussi pour eux tenter de salir les communistes ( [2]). Il en reste toujours des relents aujourd’hui. Ces faux-témoins oublient de parler de Creney qui est un crime " pur " ou du long et douloureux martyrologe des communes auboises, et bien entendu, des combats glorieux subis ou menés par les maquis.

Les martyrs de Creney sont le symbole d’une résistance nombreuse, active, héroïque et le département de l’Aube fut un des mieux organisés et couverts par les maquis. Il fut donc riche en actions diverses nécessaires pour hâter la libération du pays. Elles ne furent possibles que grâce à une complicité populaire de plus en plus active à mesure que s’approchait l’heure des délivrances.

Certes le monde a changé, mais le rappel de ces luttes ne doit pas être dissocié des espoirs nourris par ces résistants qui voulaient un monde de justice et de fraternité.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N989

Notes

[1Le Temps des massacres.

[2Les communistes fournirent de gros bataillons à la Résistance et les noms les plus prestigieux et les moins contestés : les Thuillier (Gaston, Gilles, Hugues), les Romagon Maurice, Raymond, (Pierre), les Jeanson (Hubert, Guy, Gaby, Edgar, Etienne, Yvonne), les Couillard de Saint-Mards, les Ferrouille, Georges et Betty Dié, Fernand Ibanez, Roland Nigond et sa femme, Gaston Gagnière, mais aussi les Boigegrain, Cottey, Woerth, Le Feuvre, Massey, Balestié, Camuset, Baudiot, Vantalon, Deglane, Jeanny, Kilian, ainsi que Maurice Laffont ou Albert Ouzoulias (qui deviendra commandant des FTPF dans la Libération de Paris sous les ordres de Rol-Tanguy) etc. N’oublions pas Georges Guingouin qui libéra Limoges et qui fut longtemps aubois.

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