“Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement. Antonio GRAMSCI.

Accueil > Archives > National > Coups tordus au sommet de l’état UMP

Coups tordus au sommet de l’état UMP

vendredi 19 mai 2006 , 2376 : visites , par LDA

Depuis plusieurs jours, le débat public est pollué par une affaire nauséabonde de règlements de comptes, impliquant les hautes sphères de l’industrie de l’armement mais aussi la tête du pouvoir exécutif, sur fond d’officine bancaire douteuse, de listings truqués, de dénonciations calomnieuses et d’enquêtes parallèles et secrètes.

Ces luttes intestines ont pris le pas sur la conduite de l’Etat,. La justice doit aujourd’hui essayer de démêler un imbroglio de manipulations et de coups tordus au sommet d’un Etat-UMP que les ambitions personnelles transforment en théâtre d’ombres. La présidentialisation, le primat de l’exécutif sur le législatif, la dévalorisation du Parlement, la bipolarisation de la vie politique, toutes ces dérives éloignent le peuple des lieux de décision et confisquent le pouvoir au profit des forces dominantes, à commencer par le MEDEF.

Notre pays a donc un besoin urgent d’une réforme démocratique profonde, d’une nouvelle Constitution pour remplacer l’actuelle monarchie républicaine par une République moderne, résolument citoyenne et populaire. Il est grand temps qu’un souffle d’air pur traverse la vie politique française.

Cette affaire Clears-tream accroît une crise politique et sociale qui s’aiguise depuis la défaite de la droite aux régionales en 2004, et depuis le référendum du 29 mai 2005. Ce jour-là, un fossé est apparu entre une nette majorité de nos compatriotes rejetant une conception libérale de l’Europe, et l’ensemble des groupes parlementaires qui, à l’exception des groupes communistes et républicains, l’avaient plébiscité lors du Congrès de Versailles. Comme si rien n’était le gouvernement à poursuivi les réformes réactionnaires. Raffarin avait entamé le programme de casse en s’attaquant au droit à une retraite décente à 60 ans, en sabordant la sécurité sociale et l’hôpital public, en abandonnant le pilotage de France-télécom aux marchés boursiers, en assouplissant les procédures de licenciement économique ou en décentralisant les charges de l’Etat sur le dos des collectivités locales. De Villepin, main dans la main avec son ministre de l’intérieur, a poursuivi à marche forcée cette "tatchérisation" de la France.

Depuis les coups bas ont plu contre le monde du travail et de la création,contre les ménages modestes. Le CNE, avec sa période d’essai de deux ans et son absence de justification du licenciement, le travail de nuit pour les apprentis et la fin de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, l’ouverture du capital d’EDF aux spéculateurs, la vente des autoroutes, la cession à Bouygues des actifs de l’Etat au sein d’Alstom, le lancement à venir de la privatisation d’Aéroport de Paris, le mariage boursier annoncé de GDF avec Suez, les déremboursements supplémentaires de médicaments et d’actes médicaux... La liste est longue des décisions prises à revers des besoins et des attentes du pays. Cette crise, c’est celle d’un système d’exploitation qui crée 20 millions de chômeurs en Europe, condamne 15 millions de nos concitoyens à l’ANPE, au RMI, aux stages, aux boulots précaires ou partiels, à toutes ces formes d’emplois dégradés et mal payés. Le gouvernement plutôt que de s’attaquer à l’exclusion qui mine les quartiers populaires et qui a provoqué la violence de l’automne dernier, soigne les hauts revenus et les actionnaires du CAC 40, ceux-là même qui s’adjugent le tiers des 84 milliards d’euros de bénéfices record en 2005. Dans le budget 2006, 1,2 milliard d’euros de cadeaux fiscaux divers ont été accordés à une minorité de privilégiés. 12.000 hauts cadres et PDG actionnaires se partagent ainsi 68 millions d’allègement de l’impôt sur la fortune. Aujourd’hui, la moitié des ménages doit se contenter de moins de 2.020 euros par mois pour faire face à des loyers prohibitifs, à la flambée des prix du gaz, + 20% en un an, de l’essence +24% et du fioul +17% en deux ans, dans un marché de l’énergie en voie de déréglementation. Le surendettement des ménages a augmenté de 9,8% en un an. Les expulsions locatives ont fait un bond en avant de 37% en cinq ans. Mais plutôt que de prendre le problème du pouvoir d’achat à bras le corps, le gouvernement détourne l’attention de l’opinion sur la population immigrée. L’UMP offre à son électorat extrémiste un "tri sélectif", un durcissement des conditions d’existence des étrangers, et impose une loi xénophobe qui fait honte à la France. Cette crise, c’est celle de l’autoritarisme à la solde du MEDEF, et qui fait obstacle aux aspirations à la justice sociale et à la démocratie salariale.

Loin des marigots politiciens, M. G Buffet et les communistes ont lancé un appel au rassemblement de la gauche

Une autre voie est à creuser. L’argent doit être mis au service du développement humain. Les députés communistes ont déposé plusieurs propositions de loi et de commission d’enquête parlementaire pour que la Représentation nationale s’attaque enfin aux méfaits de ce capitalisme financier. A chaque fois la majorité UMP a opposé une fin de non-recevoir à ces requêtes.

La sortie de crise ne passera, ni par un énième ravalement de la façade UMP, ni par l’organisation d’une simple alternance sans alternative. Non ! Pour en sortir, il faut réorienter l’économie, stimuler les investissements publics et privés, développer une politique du crédit sélective et une fiscalité qui pénalise la spéculation et dégage les moyens d’une reconquête des services publics. Il faut doter les salariés et leurs organisations d’un droit d’ingérence dans la gestion des entreprises, pour défendre l’emploi face aux délocalisations ou restructurations.

Les luttes de ce printemps, la victoire contre le CPE en témoignent : des hommes et des femmes agissent pour changer le cours de leur existence et se forger un avenir meilleur. Loin des marigots politiciens, M. G Buffet et les communistes ont lancé un appel afin que la gauche se rassemble sur un contenu politique antilibéral pour qu’enfin la volonté de changement qui s’exprime dans la population se traduise dans les urnes. C’est bien de là que viendra la solution.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N869

Répondre à cet article

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|