“Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement. Antonio GRAMSCI.

Accueil > Archives > Aube > Tout le département > UTT, réforme constitutionnelle, réforme de l’ISF

UTT, réforme constitutionnelle, réforme de l’ISF

le sénateur ADNOT cherche à se faire mousser

vendredi 8 août 2008 , 1283 : visites , par FLORENT BALLANFAT

Le président du Conseil général déjà en campagne pour les élections sénatoriales

La période estivale propice aux mauvais coups du gouvernement est aussi l’occasion pour le président du Conseil général et sénateur Adnot de se faire remarquer. Inauguration de la dernière portion de rocade, abstention sur la réforme constitutionnelle, choix de l’Université de Technologie de Troyes comme pilote dans le projet d’autonomie des universités, le président du Conseil général de l’Aube occupe l’espace politique et médiatique. Sous le soleil de juillet, loin de s’éclipser il entend faire de l’ombre à ses rivaux dans la course aux fauteuils sénatoriaux.

Dernière actualité en date, sa question à Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat chargé des transports, non pas pour appuyer le projet d’électrification ou une quelconque amélioration de la qualité du service public, mais pour dénoncer " l’exposition d’un public non autorisé " à des images provenant " d’ordinateurs portables privatifs "... eh oui méfiance si vous utilisez le train Philippe Adnot contrôle le contenu de ce que vous diffusez via votre ordinateur... Malgré tout si vous disposez d’une connexion Wifi, vous pouvez toujours visiter le site de la Dépêche de l’Aube : http://ladepechedelaube.org/ dont le contenu n’est pas encore interdit, fort heureusement.

Bien sûr la première préoccupation de Philippe Adnot, en tant que conservateur pur jus, est que la morale soit bien respectée à bord des trains ce qui en soit n’est pas condamnable mais on peut tout de même douter de l’importance de la question et de la nécessité de légiférer pour un sujet aussi mineur. C’est pourtant bien le même parlementaire qui justifiait notamment son abstention sur le texte de réforme constitutionnelle comme une réaction à un excès législatif " déjà.

Un sénateur - président de Conseil général - maire toujours au service de la " cause "

Toutefois les interventions du sénateur sortant ne concernent pas que les " bonnes mœurs " dont la vieille droite conservatrice est porteuse, elles participent également de la lutte des classes que Philippe Adnot et ses amis mènent depuis près de 20 ans au Sénat.

Fervent défenseur des plus riches au niveau local, il n’oublie pas son camp au moment des votes nationaux. Lorsqu’il s’agit d’améliorer les conditions de vie " précaires " des millionnaires et milliardaires français, ce " progressiste-démocrate " ne ménage pas ses efforts. Si en plus, ses amendements pour exonérer les redevables de l’impôt de solidarité sur la fortune (qui porte de moins en moins bien son nom) permettent d’amener de l’argent pour des entreprises locales, la boucle est bouclée. Et il peut alors appeler les journalistes locaux pour assurer la bonne promotion de ses amendements.

Sur le fond, il s’agissait une fois de plus de procurer une niche fiscale pour les plus fortunés cherchant à échapper à l’effort général de la nation en leur permettant d’investir dans des fonds au profit des petites et moyennes entreprises. Une excellente façon pour eux de réaliser un investissement rémunérateur pour gagner encore plus, et de réduire leur contribution au budget de l’Etat en payant encore moins d’impôt grâce aux exonérations offertes par les parlementaires de droite. Malgré tout, puisqu’il faut tenir dans les clous bruxellois, sur le critère du déficit public, il faudra bien que quelqu’un paye le manque à gagner provoqué par ce nouveau cadeau aux riches contribuables. Connaissant ce gouvernement et son combat en faveur des plus puissants, ce ne seront ni les grosses entreprises qui font le bonheur de leurs actionnaires, ni ceux qui sont déjà gavés d’argent qui devront mettre la main au porte-monnaie mais bien encore le plus grand nombre au détriment des plus fragiles.

L’Université de Technologie de Troyes devenue autonome : une bonne nouvelle pour qui ?

Autre motif de satisfaction pour le candidat à un troisième mandat sénatorial : l’UTT a été retenue dans le cadre de la contestable et contestée loi LRU (loi Pécresse du 11 août 2007) relative en théorie à l’autonomie de l’Université mais qui, dans les faits, la rendra tôt ou tard, dépendante de financement du privé via le mécénat ou des partenariats avec les entreprises. L’autonomie financière n’est pas seulement une solution pour l’Etat qui lui permet de ne pas investir les moyens nécessaires dans l’enseignement supérieur. C’est une porte d’entrée pour des grandes entreprises qui trouvent un marché dans un domaine stratégique qui contribue actuellement au développement du pays à moyen et long terme... cette logique sera remplacée par celle du privé à savoir celle du profit à court terme en formant des salariés à ses besoins au détriment de l’intérêt général et des étudiants.

La possibilité de proposer des contenus de formation aux universités qu’elles financeront sera de toute évidence une arme de pression importante pour des grands groupes qui se constitueront des réserves de salariés formés à leurs mains, et donc dépendants eux-mêmes du bon vouloir de ces mécènes. L’émergence de " formateurs d’entreprises " recrutés en CDI dans les universités pourra être une contrepartie à l’engagement financier du privé qui, de toute façon, n’investira pas sans attendre de retour dans l’enseignement supérieur.

A court terme, avant l’arrivée des abondements privés à des budgets universitaires volontairement en-dessous des besoins réels de formation, on peut s’attendre à ce que les droits d’entrées augmentent dans les prochaines années et qu’une sélection sur critère financier s’opère sur le modèle de ce qui se produit dans les écoles de commerce. On peut compter sur les entreprises privées pour proposer des bourses d’études, histoire de compenser l’insuffisance des aides aux étudiants.

Non vraiment il n’y a pas de motif à se réjouir contrairement aux déclarations de Philippe Adnot et du gouvernement fiers de pouvoir expérimenter une démarche qui risque bien, s’il n’y aucun changement politique d’ampleur dans ce pays et en Europe, de se généraliser. Cette conception uniquement" professionnalisante " des études supérieures en fonction des besoins des grandes entreprises se fera vraisemblablement au détriment des étudiants et du développement harmonieux de notre société. Dommage pour l’UTT et ses étudiants qui pourraient bien en être parmi les premières victimes en France.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N985

Répondre à cet article

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|