“Dans une société fondée sur le pouvoir de l’argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de liberté, réelle et véritable.”      Lénine

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La CHAMPAGNE-ARDENNES BRÛLE LES PLANCHES

L’ANNIVERSAIRE Harold PINTER Cie SENTINELLE 0205

jeudi 24 juillet 2008 , 926 : visites , par Jean Lefevre

La Caserne des pompiers mise en état de luire et de bruire par la Région Champagne-Ardenne présente tout au long du Festival 6 spectacles de grande qualité : deux représentations dansées de tons très différents sur lesquelles nous reviendrons et 4 pièces d’auteurs assez corrects puisqu’il s’agit d’Harold Pinter, prix Nobel 2005, d’Hanokh Levin, immense auteur israélien, de Nathalie Kuperman et Dominique Wittorsky, deux jeunes auteurs à promesses déjà bien tenues.

Jean Philippe Vidal ( [1]) présente l’Anniversaire d’Harold Pinter dans lequel pèse une menace aussi obsédante que floue. On croirait du Kafka, sinon du Beckett pour dire la nudité humaine à ras de terre. Deux individus louches s’en prennent pour des raisons non explicites à un troisième, sorte de souffre-douleur qui peut représenter un résistant, un traître, le peuple juif, le destin, va savoir. La couple maudite (SS ? justiciers ? désaxés ? ) magnifiquement campée par Vincent Parrot et Jean-Michel Guérin, sort tout droit d’Orange mécanique, mais avec des coups de rigolade qui ajoutent mystère et perversité.

Sous prétexte de lui fêter dignement son anniversaire, le pauvre Stanley (Laurent Nouzille) se fait laver le cerveau, raison suffisante pour être fort malmené... Ça sent la liquidation. Il finira sur une brouette et dans un coffre de voiture au milieu de l’indifférence générale, et même de la bonne Madame Boles (Gisèle Tortorelo) qui l’aime beaucoup et joue l’idiote à merveille. Faut-il s’interroger sur la fidélité humaine ? À noter le talent de quelques acteurs (Tortorelo, Parrot, Nouzille) capables de changer de peau en changeant de pièce. Normal, me direz-vous quand on est adepte du mentir vrai.

La scène se passe...où se passe-t-elle ? Quelque part, n’importe quand... Dans ce lieu si rafraîchissant de la Caserne (dehors le soleil explose) le temps passe et nous projette en deçà de l’histoire et du temps et Pinter s’amuse avec le langage et nos nerfs. Pinter s’amuse si l’on veut. Il tient surtout à réveiller en nous le citoyen anesthésié, à le faire réagir contre les dictatures et les guerres. On l’a appelé Pinter " l’enragé ". Être enragé contre la rage c’est comme dire " pas de liberté pour les ennemis de la liberté ". ( [2])

Lucie Bosher (Lulu) et Loïc Brabant (le mari), malgré des rôles modestes ont su soutenir le ton grâce à une excellente direction d’acteurs de Jean-Philippe Vidal. Ce dernier, en résidence à Epernay, fut élève d’Antoine Vitez et fit ses armes avec Christian Shiaretti, Pierre Jolivet ou Nicole Garcia. La graine est bonne quand la terre est fertile.

Vraiment 2008, un bon cru pour le champagne théâtral.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N983

Notes

[1Cie Sentinelle 0205, le Salmanazar d’Epernay.

[2Saint-Just.

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