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Mai 68

Commémoration ou piqûre de rappel ?

samedi 7 juin 2008 , 1137 : visites , par Gisèle Malaval

On en a beaucoup parlé dans les medias, mais à Troyes ?...

Vendredi 29 mai, au siège du PCF à Troyes, Mai 68 a été au c ?ur d’une conférence-débat dont l’invité était Olivier Pottier, professeur d’histoire au lycée Camille-Claudel, auteur de l’ exposition Mai 68 à Troyes [1].

Après le visionnage d’un film d’archives consacré essentiellement au rôle de la CGT en cette période, O. Pottier a présenté une synthèse de ses recherches sur ce que furent « les événements » dans l’Aube, à travers les journaux locaux et les témoignages des acteurs de cette époque, dont certains se trouvaient dans le public. Loin des mouvements qui enflammaient le Quartier Latin - il n’y avait pas d’université à Troyes en 68 -, l’Aube connut néanmoins de très forts mouvements sociaux , notamment dans l’industrie textile qui était déjà en crise, mais aussi dans les autres types d’industrie plus récemment implantés : pneumatiques, métallurgie ou constructions mécaniques. Partout les mêmes revendications : hausses des salaires, réduction du temps de travail, avancement de l’âge de la retraite, garantie de l’emploi, extension des droits syndicaux. Et, à ce moment-là, l’union des syndicats CGT CFDT fit la force et la réussite des meetings , des grèves et des manifestations. Parallèlement, les enseignants sous l’égide de la FEN, revendiquant une réelle démocratisation de l’enseignement, se lancèrent dans une grève totale à partir du 22 mai.

Tout cela fut ensuite évoqué par des syndicalistes qui furent au coeur des événements : Marcel Renaud, pour la CGT, souligna que l’environnement international était alors propice à la protestation, et ajouta, en s’appuyant sur son expérience personnelle, qu’il était alors possible de claquer la porte d’une entreprise et de retrouver du travail le lendemain, ce qui permettait plus facilement qu’aujourd’hui l’exercice de l’action syndicale. Jean-Louis Peudon, pour la FEN, rappela combien ce syndicat était alors divisé sur son engagement dans « les événements », et qu’il eut du mal à lui faire faire la jonction avec les syndicats ouvriers.

Un moment fort de la soirée fut le discours de Lucien Desfête, syndicaliste CGT, employé alors chez Ventex, qui mit en parallèle la situation de 68 avec celle de 2008 : déjà « la concentration industrielle, les absorptions, les fusions, les licenciements, les fermetures d’entreprises, le chômage, la vie chère », déjà pour casser les mouvements de révolte contre l’ordre établi, et surtout l’ordre économique, de l’utilisation de « la machine à faire peur » qui fait rentrer dans le rang ceux qui avaient osé en sortir, faute d’une offre politique suffisamment forte en face. Et Lucien Desfête rappela qu’à cette époque la Gauche n’était pas prête à remplacer le pouvoir personnel de De Gaulle. Pas plus qu’elle ne l’est actuellement face au pouvoir personnel de Sarkozy. « L’union des personnels, leur esprit d’initiative d’organisation et de solidarité, l’apprentissage des luttes en commun chez les femmes et les jeunes filles »avaient permis le succès des grèves et renforcé le pouvoir des syndicats ; l’absence d’union aujourd’hui ne permettrait pas d’envisager une grève générale. Cependant, ce n’est pas sur une note défaitiste qu’il termina son discours, mais sur un vibrant appel au sursaut : « le pouvoir personnel menace notre droit, la démocratie est en danger : il y a urgence à s’unir ! »

Jean-pierre Cornevin conclut la soirée en rappelant qu’en 70 l’écart des salaires allait de 1 à 10, alors qu’il est actuellement de 1 à 400. Mais le manque de perspective politique, avec le parti de gauche majoritaire, le PS, qui ne s’inscrit pas dans une démarche anticapitaliste, ne permet pas une adhésion massive des travailleurs à une révolte contre ce système d’exploitation. Et c’est ce dont Sarkozy profite pour détruire tout ce qui reste des acquis de Mai 68 dans le domaine du travail.

Mais il restera, comme le dit O. Pottier, « l’esprit de Mai », celui qui a libéré la parole et permis la prise de conscience du sens de la vie. Et alors tout reste possible !

Gisèle Malaval

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N976

Notes

[1Cette très intéressante exposition est visible au siège du PCF , 22ter avenue Anatole France à Troyes, du lundi au vendredi de 9h30 à 12h et de 14h à 17h00

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