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Capitalisme financier :Spéculer plus pour gagner plus

jeudi 7 février 2008 , 1136 : visites

La palme revient à Balladur qui, après avoir donné en toutes circonstances le mot de la fin aux marchés financiers, s’inquiète "des dérives du libéralisme".

Quant au ministre du Budget, il "met en cause (comme la direction de la banque, NDLR) l’un de ses employés, à juste titre" et estime que "cela ne remet pas en cause la solidité du système financier français" ; tandis que le porte-plume de l’Élysée, Henri Guaino, s’inquiète d’un système " devenu fou" et d’"un capitalisme financier qui marche sur la tête". Rien de tout cela pour Christine Lagarde qui juge que ce qu’il fallait faire a été fait... Et Jean-François Copé, 100 % langue de bois, répète en boucle qu’il faut "garder son sang froid ".

Cette cacophonie ne traduit pas une ligne de fracture dans la droite. Elle est organisée afin que le système s’en sorte au bénéfice du doute. Caquetage et enfumage sont les mamelles de la communication gouvernementale devant la crise bancaire et le scandale de la Société générale. Pourtant, d’ores et déjà, des leçons peuvent être tirées et le jeune trader apparaît comme un bouc émissaire bien facile à désigner. S’il reconnaît sa responsabilité personnelle, il a conduit ses opérations durant plus de deux ans, appliquant le principe de l’établissement "spéculer plus pour gagner plus". Le jeune candidat UMP à Pont l’Abbé ne pouvait qu’y être sensible, d’autant que les primes pour les coups de Bourse réussis pouvaient atteindre 300 000 euros par an. La Société générale a laissé faire dans un système qui lui même était une spéculation sur le cours des actions !

Un pan du fonctionnement des marchés financiers est ainsi dévoilé, bien différent de leur justification habituelle, apporter les fonds nécessaires au développement économique. Ils ponctionnent des sommes formidables sur les richesses produites et présentent toujours l’addition de leurs "corrections brutales" aux peuples du monde. Quand 400 milliards d’euros s’envolent lors d’un krach boursier, mesure-t-on qu’il s’agit de sommes supérieures au produit intérieur brut annuel de pays comme la Belgique, la Turquie, la Suède ou la Suisse ?

Il apparaît que d’autres traders auraient pratiqué de même à une plus faible échelle et un soupçon de délit d’initié pèse sur de hauts responsables de la Société générale. Le tout présente une certaine saveur quand on se souvient que le PDG Daniel Bouton, aujourd’hui dans le collimateur, était l’auteur d’un rapport officiel sur la gouvernance d’entreprise, qui devait tirer les leçons de l’affaire Enron.

Deux lieux communs de chroniqueurs économiques sont une fois de plus mis à mal : ce n’est pas parce qu’elle est privée qu’une banque gère convenablement les fonds dont elle dispose et même au contraire : la transformation d’une partie du salaire des employés en actions (ceux de la Société générale en possèdent 10 %) ne garantit rien s’ils ne disposent pas de pouvoirs nouveaux sur la marche des entreprises.

Au-delà des banalités sur l’utilité de contrôles plus sérieux ou la déploration des coups de folie du capitalisme financier, le gouvernement ne veut ni ne peut rien dire, lui qui applaudit au rapport Attali qui fait de cette logique le pivot de l’organisation de la société.

La gauche a autre chose à dire. Elle peut mettre en cause la nuisance d’un système qui vampirise l’activité réelle, qui détruit à échéances régulières des sommes gigantesques au terme de spéculations planétaires, qui soumet toute activité humaine - et même la survie de la Terre - à l’augmentation des taux de profits. Sans attendre, elle peut revendiquer la constitution d’un pôle bancaire public, un autre usage du crédit qui encourage l’emploi, la formation et la recherche, un contrôle public et citoyen sur cette Banque centrale européenne dont le traité de Lisbonne confirme les pleins pouvoirs. La gauche le peut et le doit. C’est la conviction des communistes

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N959

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