Le respect pour la dignité humaine ne se mérite pas, il est une donnée préalable."

Tzvetan Todorov Linguiste

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Bar-surAube - emplois

Manoir Industries en proie au capitalisme financier

De nouveaux prélèvements financiers dans les caisses du groupe Manoir Industries risquent de compromettre définitivement l’existence de celui-ci

jeudi 18 octobre 2007 , 3852 : visites

Celles et ceux qui ont regardé le 4 octobre sur France 2 l’excellent film du réalisateur Marcel Trillat sur les Thomé et Géno, entreprise ardennaise du même secteur d’activité, que le groupe Manoir Industries qui compte encore 250 emplois dans son usine de Bar-sur-Aube et 750 dans celle de Bologne nos voisins Haut Marnais, pourront y voir beaucoup de similitude. En effet comme c’était le cas pour l’entreprise Thomé Géno, le Groupe Manoir Industries, né de l’éclatement du Groupe Strafor Facom, est depuis lors en proie à des financiers qui puisent généreusement dans les caisses. En l’espace d’une dizaine d’année ce sont 1000 emplois en moins, des millions d’euros expédiés hors de nos frontières et des établissements à l’agonie. Quid de ces deux entreprises champardenaises.

Claude Petiot le délégué syndical central CGT du groupe Manoir Industries a répondu aux questions de La Dépêche de l’Aube :

La Dépêche de l’Aube : La situation semble grave pour que vous décidiez de tirer la sonnette d ’alarme ?

Claude Petiot : En effet comment accepter que disparaisse un groupe, sans lequel aucun Airbus ou Boeing ne volerait pas plus le Rafale ou les Hélicoptères Européens. A cette liste on peut ajouter les centrales nucléaires ou à gaz dans le monde entier, le TGV, le nouveau train Bombardier, Ariane ou les missiles militaires sans oublier la pétrochimie et les fours à acétylène, les croisements de voie etc..

LDA : Tu penses que la pérennité du groupe est compromise, mais comment en est on arrivé là ?

CP : Le groupe regroupant des fonderies et des forges était très rentable bien qu’étant dans un secteur où les taux de rentabilité sont en général peu élevés mais très stables. A l’origine ce sont les dirigeants (quelques cadres supérieurs) qui prennent son contrôle par un rachat avec effet de levier LBO (Leverage buy out) adossé à des fonds de pensions américains sous l’égide de la banque aujourd’hui appelée HSBC. Il s’agissait pour les cadres de prendre le contrôle du groupe avec une mise propre très limitée et par conséquent, un endettement lourd.

LDA : Concrètement qu’elle était le but de la manœuvre ?

CP : Faire "rembourser" l’achat de l’entreprise par ses propres résultats, à travers le remboursement des dettes. Garantir à très court terme un rendement des fonds propres d’autant plus élevés que ces derniers sont faibles. En contrepartie l’acheteur prend d’emblée l’option de restreindre ses marges de manœuvre futures en matière d’endettement. Il s’agit d’un "capitalisme sans capital", donc sans risque actionnarial. Un tel montage est très prisé par les fonds de placement dont l’orientation est le rendement immédiat et la plus value à la sortie. Une fois les dettes remboursées, les actionnaires sont propriétaires de la totalité et peuvent céder l’entreprise. Acheter avec 10 M€ une entreprise qui en vaut 100 revient à lui faire rembourser 90 M€ par dividendes et à encaisser ensuite les 100 M€ de sa revente.

LDA : Et c’est parce que cela n’allait pas assez vite que le groupe a été revendu à un fonds de placement de la banque Lazard ?

CP : Tout à fait, avec l’objectif d’opérer un regroupement du secteur d’activité dans le domaine Aéronautique. Le but était de sortir le groupe d’une situation appelée "effet de ciseaux" système mettant les sous-traitants sous la double pression des fournisseurs de matières premières et de ceux qui commercialisent les produits finis. Ces derniers réalisant les meilleurs marges.

Cette stratégie fut très vite abandonnée. Dès lors l’entreprise était gérée au jour le jour dans l’attente de repreneurs éventuels de l’un des sites ou de la totalité. Cela se traduisit par un sous-investissement chronique, même les machines d’usinage nécessaires à l’activité étaient prises en contrat de location. Quant aux salaires, ils continuaient d’être bloqués, les augmentations générales annuelles variant de 0 à 1% l’an.

LDA : Après quelques années le groupe se trouvant en situation de quasi faillite, celui-ci fut repris au franc symbolique par la société "FIN’ACTIVE"

CP : Oui c’était une entreprise composée de fonds de placements américains et spécialisée dans la reprise de LBO défaillants. Après avoir obtenu un rééchelonnement de la dette et un abandon de créance important, les comptes se sont naturellement redressés. Après à peine un an sous prétexte qu’ils n’avaient pas les moyens de faire face aux investissements nécessaires ils ont choisi de revendre.

LDA : Combien a payé "SUN CAPITAL PARTNERS" fonds de placements américains actuel propriétaire de Manoir depuis décembre 2006 ?

CP : On ne le saura sans doute jamais car s’agissant de la holding rien ne fil-tre depuis le début et malheureusement aucune loi ne permet d’imposer la transparence. SUN CAPITAL a prévenu, il n’est là que pour une durée limitée à deux ou quatre ans maximum mais il envisage de gros investissements sur les sites et en croissance externe en Inde et au Brésil. Il faut savoir que le besoin d’investissement se situe aux environs de 15 M€ sur l’année.

LDA : SUN CAPITALsemble vouloir déjà vendre les bijoux de famille ?

CP : Après avoir déclaré qu’il apportait 10 M€, SUN CAPITAL annonce maintenant qu’il ne mettra pas un sou de plus et envisage de vendre les terrains et les immeubles. Cet argent devait servir le désendettement et l’investissement. Mais au moins 50% des sommes ainsi récupérées iraient directement dans les caisses de SUN CAPITAL.

Le groupe qui pour assurer son fonds de roulement et ses investissements est régulièrement obligé de consommer du capital compte tenu de sa situation d’endettement, comment pourra-t-il demain payer en plus des loyers. C’est plus de 30 M€ qui vont abonder les fonds de placements américains alors que les 2600 salariés restant dans le groupe voient leur avenir de plus en plus hypothéqué. La loi n’est pas respectée en matière d’information et de consultation du comité central d’entreprise, la vente étant annoncée pour le 19 octobre jour où ce dernier est convoqué.

C’est la loi du fait accompli pour empêcher les salariés de se mobiliser

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N943

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