J’aime encore mieux être moi-même dans toute ma misère que d’être aucun de ces gens-là dans toute leur prospérité.” J J ROUSSEAU

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Autour de Guy Môquet

jeudi 12 juillet 2007 , 2042 : visites , par Jean Lefevre

J’apprécie plus ou moins les forums qui apparaissent sur de nombreux sites et blogs, dont le site de la Dépêche de l’Aube. Cela peut servir d’exutoire à certains qui vident leurs colères mais sous des noms d’emprunt ce qui retire beaucoup d’efficacité au propos.

C’est ainsi que, suite à la déclaration de Sarkozy sur l’héroïsme de Guy Môquet, a été relancé le débat sur le rôle du PCF en 1940. Notre forum a été largement investi tant mieux. Tout autre est le souci de deux "chercheurs", MM Berlière et Boulouque ( [1]), qui cherchent surtout des poux dans la tête du PCF. Ils ont commis un article dans le Monde pour contester à Guy Môquet son rôle de résistant avant son assassinat par les nazis. Serge Wolikov, autre chercheur dijonnais, leur a brillamment répondu en exigeant la rigueur historique et non l’amalgame.

On peut s’interroger sur cet acharnement à ne pas reconnaître l’héroïsme des militants communistes qui moururent pour leur pays au moment où les classes dirigeantes politiques et économiques collaboraient joyeusement avec l’occupant.

Boulouque et Berlière y vont de l’insulte contre Guy Môquet, traité "d’exalté, baignant dans la culture bolchevique", tandis qu’ils sont bienveillants pour le sinistre Pucheu, ( [2]) lui qui désigna tant de Résistants à la vindicte allemande.

Il faut voir le déroulement de l’histoire en entier pour se faire une idée correcte de cette époque riche en rebondissements et replacer chaque fait dans son contexte. Je suis en pleine lecture des Œuvres poétiques d’Aragon à la Pléiade au début de laquelle Olivier Barbarant a établi une chronologie rigoureuse de la vie du poète. Il rappelle le combat antifasciste d’Aragon contre l’ascension hitlérienne mais aussi celle du PCF. Il n’est au pouvoir d’aucun calomniateur, fut-il armé comme Boulouque, de lunettes les plus fines, de dire que les communistes furent pro nazis à aucun moment de leur existence. Maurice Thorez fut le premier à montrer le danger de Mein Kampf. Aragon écrit en effet : "Il avait dénoncé Hitler et son Mein Kampf, de Strasbourg, face aux fascistes préparant l’attaque de la France." C’est en 1936 en effet que Thorez avait lu des extraits de ce livre pour dénoncer le fascisme et ses dangers.

Je ne reviendrai pas sur "la période des ambiguïtés" comme dit Aragon, due à une analyse politique erronée de l’internationale communiste et reprise par les communistes français (ce qui servait bien les vues de Staline). Elle rejetait dos-à-dos les "impérialistes". C’était une redite d’une analyse faite par d’autres en 1914, mais justifiée à cette époque. Malgré cette analyse à courte vue, le souci des communistes français restait qu’il fallait défendre les acquis de 1936 et lutter contre les Vichystes et Pétain qui affirmaient "plutôt Hitler que le Front populaire".

Cette ambiguïté servait beaucoup les pouvoirs en place. Ils l’entretenaient même. Par exemple, c’est le même commissaire Brunet qui arrêtait Maurice Romagon à Troyes en mars 40 comme "agent de l’Allemagne" et en octobre 40 comme "ennemi de l’Allemagne" !

Quelques dates oubliées ou ignorées de beaucoup peuvent aider ceux qui cherchent à comprendre cette période de la "drôle de guerre".

1936 : Guerre d’Espagne : Le PCF (dont Aragon, Picasso, Eluard et de nombreux intellectuels comme Langevin ou Joliot-Curie) se mobilisent contre les franquistes. Les Brigades internationales qui volent au secours de la République espagnole sont d’extrême gauche ou seulement antifascistes comme Malraux. Blum refuse d’intervenir. Les accords de Munich livrent l’Autriche à Hitler. Seul le groupe communiste vote contre (4/10/38) ("On a remplacé l’Honneur par la Paix", écrit Gabriel Péri dans l’Huma) Pacte de non-agression franco-allemand : Le 6/12/38 Daladier signe à Paris un accord de non-agression avec Ribbentrop. (Ce fait est systématiquement oublié des historiens). Il est vrai qu’on ne partage pas en douce la Pologne !

Discussions franco-anglo- soviétiques : 13/08/39 : Fin des discussions commencées en mars à Moscou entre la France, l’Angleterre et l’URSS en vue de la constitution d’un pacte anti-hitlérien. Les occidentaux refusent à Staline la possibilité de pénétrer en Pologne en cas d’attaque allemande. Staline signe alors le 23//08/39, le Pacte germano-soviétique qui donnera lieu en France à une campagne anticommuniste sans précédent : journaux saisis, militants et élus emprisonnés.

La demande de reparution de l’Humanité en juin 1940 par Tréand et Duclos fut une erreur et une faute. Elle ne s’explique, sans la justifier, que par l’erreur d’analyse (guerre impérialiste !) et l’obédience à l’Internationale et donc à Moscou (Staline cherche à éloigner le danger de guerre de son pays, tout en ayant les coudées franches pour une répression intérieure), mais aussi par les débats houleux au PCF teintés de quelques coups bas personnels avivés par la désorganisation de l’appareil.

Mais, dans le même temps de nombreux communistes s’organisent pour résister à l’occupant, Benoît Frachon se prononce aussitôt après le Pacte, dans la Vie ouvrière, pour une défense nationale antifasciste. Marcel Paul a échappé aux rafles et lance un tract dans l’ouest : "Les Hitlériens seront finalement vaincus". Pierre Georges (colonel Fabien), blessé pendant la guerre d’Espagne, arrêté et torturé par les Français en novembre, est avec Guy Môquet un des fers de lance des futurs bataillons de la jeunesse ( [3]).

L’entrée tardive en Résistance des communistes (juin 41) est donc un vieux mensonge savamment entretenu même dans certains livres d’histoire, mais qui ne tient pas la route à l’examen des faits puisque dans l’Aube, la Résistance communiste est attestée par de nombreux exemples dès 1940. ( [4])

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N929

Notes

[1Ce dernier fait des recherches sur le PCF dans l’Aube. Il avait écrit dans La vie en Champagne un article à l’iconographie contestable.

[2"Pucheu arracha à l’occupant une bonne centaine de victimes" écrivent-ils !

[3Lire Albert Ouzoulias : les bataillons de la jeunesse, 1969. Il fut le gendre de Maurice Romagon.

[4Même André Beury, qu’on ne peut accuser de sympathie communiste, relève ces faits dans ses écrits historiques.

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