Le respect pour la dignité humaine ne se mérite pas, il est une donnée préalable."

Tzvetan Todorov Linguiste

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Troyes Les bourses du travail

vendredi 17 mars 2006 , 2962 : visites , par Jean Lefevre

La Bourse du travail a été cent années durant le symbole des luttes ouvrières à Troyes comme dans toutes les villes de France. Lieu chargé de mémoire, il va se transformer, ironie du sort, en magasin d’usine. Certains diront qu’il retourne à sa vocation première puisque la Bourse a été construite par les fabricants de textile en 1835 pour servir de halle de bonneterie comme en attestent encore les emplacements des anneaux autour du bâtiment. Ceux-ci servaient à attacher les chevaux tirant les chargements des bonnetiers qui y vendaient leurs marchandises les vendredi et samedi. La place s’appelait alors Place de la bonneterie et Troyes, après Arcis- sur-Aube, était devenu la capitale de la bonneterie. Une statue des Bienfaiteurs trônait sur la place ainsi que de nombreux arbres. La statue fut saisie par l’occupant allemand, et les arbres arrachés, sauf un "Arbre de la liberté" qui demeura jusqu’à cette année, mais ne résista pas à la grande détermination du maire de tout rénover à Troyes. Il semble que celui-ci soit devenu révolutionnaire car il veut faire table rase du passé : plus d’Arbre de la liberté, plus de Bourse du travail. Son gouvernement fait de même avec les droits ancestraux du travail. Il grignote et rabote, il précarise, il décivilise et délégalise. Depuis 1905 la Halle est devenue Bourse du travail. Elle n’a donc pas connu toutes les luttes qui ont précédé ce 20e siècle si bagarreur, mais elle s’est rattrapée depuis. Le mouvement ouvrier s’est forgé une âme depuis la grande Révolution française qui a beaucoup donné de libertés à la bourgeoisie dont celle de restreindre celles des ouvriers. En effet, le droit de rassemblement a été aggravé par la loi Le Chapelier de 1791. On sait que le pauvre Claude Jobert ( [1]) en fit les frais en 1789. Venant de Pont Ste Marie, il osa défiler avec ses compagnons pour réclamer du pain. Les bourgeois le pendirent. La journée de 8 heures, initiée par Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, ne fut effective qu’en 1906. Savez-vous que Charles Gros et Etienne Pedron, deux Troyens, furent les premiers compositeurs et paroliers à chanter cet événement ? La Bourse du Travail prend ses quartiers à Troyes en 1905. Elle s’inscrit dans un grand mouvement d’émancipation qui date du XIXe siècle et qui lutte contre le capitalisme dont le symbole est la Bourse. Le contre-pouvoir sera donc une Bourse ouvrière qui offrira aux travailleurs des services de Mutualité (placement, secours de chômage, secours de route (viaticum) et contre les accidents.), un service d’enseignement (bibliothèques, renseignements, musée social, cours professionnels.), un service de propagande (études statistiques, économiques, création de syndicats dans toutes les branches, demande de conseils des prud’hommes.), le service de résistance (organisation des luttes, caisses de grèves). Dès 1845 et peut-être même 1790, l’idée de cette Bourse ouvrière est lancée. La première Bourse du travail voit le jour à Paris le 5 novembre 1886. D’autres vont suivre rapidement dans toute la France. Ce qui a pour résultat de nouer entre les organisations ouvrières de solides et permanentes relations, de leur permettre de s’entendre, par l’éducation mutuelle. Grâce au réseau des Bourses, les syndicats pouvaient s’unir. Le 7 février 1892 naissait la Fédération des Bourses du Travail à l’initiative de Fernand Pelloutier. Elle donna naissance, en 1895, au Congrès de Limoges, à la C.G.T. Le Congrès de Paris de 1900 dénombrait 57 Bourses et 1065 syndicats. La Bourse de Troyes ne fut vraiment dans ses meubles qu’en 1905. Avant elle, les syndicats n’avaient pas attendu qu’on leur délivre un lieu pour militer. On dénombrait 1500 syndiqués en 1900. Des Maisons du peuple fleurissaient partout. La perte de ce bâtiment ne sonnera pas le glas des luttes ouvrières. L’offensive sauvage menée par le MEDEF et la droite (UMP et leurs alliés) contre les acquis, mérite une mobilisation forte. En attendant, et cela fait partie aussi des luttes bien comprises, il faut exiger que la mémoire ouvrière soit respectée en ce lieu. Le monde ouvrier a sa fierté. (A suivre) Quelques-unes de ces notes sont extraites des documents de Lucien Desfête et René Jourdheuille.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N860

Notes

[1La rue Claude Jobert, près de l’école des Blossières, fut inaugurée à la demande des élus communistes.

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