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AViGNON : Feu aux planches à la caserne des pompiers

jeudi 19 juillet 2012 , 597 : visites , par Jean Lefevre

Chaque année, La Dépêche de l’Aube est à Avignon pour suivre les spectacles donnés par les compagnies de Champagne-Ardenne. Ces spectacles sont sélectionnés par l’ORCCA (Office culturel régional) et représentés à la Caserne des Pompiers, lieu théâtral aménagé par la Région.

HERNANI

Contrairement à la légende, cette belle et grande pièce de Victor Hugo fut jouée avec succès le 25 février 1830 à Paris. Il est vrai que l’auteur et ses amis avaient constitué une claque et même une « armée romantique » pour la soutenir  ; Théophile Gautier en tête avec son gilet rouge, suivi des Balzac, Berlioz, Nerval et autres sauvageons. Il fallait combattre la vieille littérature « crénelée et verrouillée  ». Bataille littéraire certes, mais aussi bataille politique. Charles X avait fait interdire une autre pièce d’Hugo, mais il crut habile de ne pas interdire celle-là qui situait le récit en espagne et racontait l’avènement de l’empereur Charles-Quint. Bien que le spectacle fut un succès pendant trois ou quatre représentations, la réaction organisée prit de l’ampleur et les derniers jours furent un désastre avec interruptions, sifflets et provocations. Les prétextes ne manquaient pas : abandon de la pulsion rythmée des vers classiques, trivialité des dialogue, abolition du déclamatoire, de la règle des trois unités et, bien sûr, mélange des genres. en fait, tout ce que les romantiques exigeaient comme liberté de crier et de créer. Mais au fond, il s’agissait bien aussi et surtout d’une bataille contre le vieux monde, la monarchie absolue et les vieilles barbes, bataille pour un monde progressiste avec la liberté comme flambeau.

Aujourd’hui, les spectateurs ont digéré bien d’autres révolutions théâtrales. S’ils viennent entendre Hugo, c’est pour sa voix profonde, sa lutte contre les dictatures (l’ombre), son engagement pour la démocratie et le progrès (la lumière). Si Saint-john Perse l’a détesté, nombreux autres écrivains ont pris la plume pour le défendre : Aragon (Avezvous lu Victor Hugo ?), Desnos, Romain Rolland, Alain, etc.
Cette voix inimitable, sont venus l’écouter à la caserne des pompiers des centaines de festivaliers que la mise en scène de Christine Berg a conquis. elle a su marier respect du texte et ton facétieux donné par les personnages jeunes, pieds-de-nez indispensables pour mettre l’histoire ancienne à distance. Mais vite, le drame nous entraîne. Il s’agit quand même du sacrifice de deux jeunes amoureux ou de la résistible ascension au pouvoir d’un empereur au milieu des conjurations. J.-M. Guérin est un parfait vieux duc, Don Ruy Gomez, assez horrible quand il veut se payer sa nièce (on pense à Agnès de l’école des Femmes et à Arnolphe) puis s’en venger sous prétexte d’honneur. Pierre-  Benoist Varoclier, incarne le roi Don Carlos, parfois léger, parfois majestueux, capable de coups d’épée, de beuveries, d’amour et de clémence. La couronne impériale chèrement acquise, entraîne à la bonté ! Hernani, ce bandit, ce héros, c’est Antoine Philippot. Ce jeune acteur se met dans toutes les peaux avec aisance. C’est évidemment un prince lui aussi. Il a droit d’aimer la jeune et délicate Doña Sol, qu’incarne avec sobriété mais intensité Vanessa Fonte. Hugo, le féministe, lui donne nécessairement toutes les vertus [1]. La duègne (Loïc Brabant [2]) est fort sympathique à couvrir les amours tumultueuses de sa maîtresse. Marine Molard est habillée en Don Sanchez. L’interversion des sexes au théâtre se faisait déjà sous Victor Hugo.
La pièce se joue avec pianiste incorporé. Gabriel Philippot colle au clavier et au sujet et sait subvertir les oeuvres classiques pour les faire chanter en Hernani. Le décor mobile permet les changements rapides de lieux. Il faut s’adapter au petit volume de la Caserne.

Le spectacle, rondement mené grâce à l’intelligence théâtrale de christine Berg, reviendra à Troyes au Théâtre de la Madeleine. on aimera ces amants maudits qui meurent la nuit de leurs noces. on aimera surtout la révolte de la jeunesse contre l’ordre vieillissant devenu désordre politique. Ne faut-il pas avoir beaucoup de tendresse pour les délinquants qui violent les lois absurdes ?

P.-S.

La dépêche de l’Aube N1191

Notes

[1En 1829, il écrit un poème contre le voile islamiste !

[2On se souvient de son cabaret-théâtre. par Victor Hugo et christine Berg

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