J’aime encore mieux être moi-même dans toute ma misère que d’être aucun de ces gens-là dans toute leur prospérité.” J J ROUSSEAU

EN AVIGNON....

Sur la photo : Françoise Jimenez, Mélanie Faye, Catherine Bussière interprétant Pygmalion de G.B.Shaw, mis en scène par Catherine Berg

jeudi 17 août 2006 , 2307 : visites , par Jean Lefevre

- DEMI-DIEUX 7.0 : DRÔLE DE JEU !

L’homme a-t-il perdu toute liberté ? La Technique et ses machines sont-elles en train de le grignoter et de le déposséder de son libre-arbitre ? C’est le sujet de Pascal Adam, auteur, metteur en scène, ( [1]) qui a imaginé une fiction dans laquelle la société serait soumise aux règles d’un jeu total. On ne sait pas qui a créé ce fichu jeu dans lequel les personnages sont des pantins dont certains se croient libres, un comble. On ne sait pas non plus qui a inventé notre actuelle société, les philosophes et les devins se gardent bien de nous le dévoiler pour ne pas perdre leur job. En tout cas, ça fonctionne tellement bizarrement depuis les aurores de l’humanité que les auteurs de fiction à la Pascal Adam s’en donnent à coeur joie pour nous refiler leurs passepartout ludiques. On aime.

Parfois on se dit que le texte est un peu trop chargé de symboles. On a perdu son chat. Minou, minou. Certes l’utilisation des marionnettes et des effets lumineux, le découpage des visages, le langage mâtiné de poésie et d’humour donne à ce spectacle des vertus théâtrales intéressantes, mais le propos manque parfois d’un fil solide comme celui qu’Ariane offrit à Thésée pour sortir du labyrinthe. Dans ces Demi-dieux 7.0, Santamaria, compétitrice en chef, consacre sa vie à ce jeu. Une voix neutre déclame les règles comme dans un poste de police, règles modifiables selon les circonstances. ( [2]) Un virus entre dans la machine qui en fait un peu à sa tête et à son flagelle. La pauvre Santamaria sera phagocytée.

Elle d e v i e n t comme dit bellement l’auteur, le carburant de la machine. Bien entendu, Pascal Adam veut s’en prendre au monde de la technologie qui étouffe tout sentiment, même l’amour, hautement sollicité par certains personnages. La machine libérale ne fait pas autrement qui fonctionne aurait dit Marx en dévorant ses propres enfants. Dans la société de marché, ces enfantslà sont devenus des consommateurs qui veulent toujours plus de machines. On peut espérer que c’est pour mieux communiquer. On le lui répète à l’envi, même à l’école. Il n’en est rien. L’homme attelé à la machine devient serf ou marionnette.

L’homme peut se venger, il insulte la machine, il la casse comme faisaient les premiers révoltés du l’ère industrielle. Ils ne voulaient plus être les appendices du robot. Mais, Pascal Adam semble penser qu’il n’y a pas eu beaucoup de progrès dans la prise de conscience puisque sa pièce universalise la soumission au dieu machine.

Nous voilà prévenus, il faut lutter contre la mond i a l i s a t i o n rampante des esprits. Les acteurs C. Bruneau, D. Girondin- Moab, F. Joubert, E. Lloria Abascal et E.Weiss qui se sont prêtés à cette machinerie nous ont fait peur et rêver. C’était le but.

- À QUOI SERT LE THÉÂTRE

En Avignon, le festival est toujours l’occasion de reposer la grande question de la culture. Les débats sont vifs, on l’a vu autour du spectacle de Laurent Eyraud sur Jaurès avec cette phrase introductive  :

" Dans la société nouvelle, l’art sera le dieu familier des foyers modestes, le dieu splendide de la cité. "

Deux conceptions s’opposent toujours, celles des fondateurs d’Avignon pour qui la culture doit être élitiste pour tous et celle des marchands pour qui l’accumulation des oeuvres consommables est la règle d’or. Vendre et affirmer qu’on distribue la culture alors que le marché rabote la diversité pour qu’un minimum d’ouvrages génère le maximum de profit.

Le problème des intermittents était lui aussi toujours lié cette réflexion.

Le théâtre et les spectacles en général permettent dans leur richesse créatrice des prises de conscience nouvelles. Échapper à l’emprise des médias habituels, sempiternels, totalitaires, c’est déjà une bonne chose. Les créateurs animent, bousculent, enrichissent, nomment les choses autrement, désignent les maux du monde, disent ce qui lui manque, enrichissent les relations ou les transforment. Un peuple nouveau sans doute se crée, " le peuple qui nous manque" comme dit Deleuze.

Vilar pensait : "Il s’agit de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre". Est-ce contradictoire ?

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N882

Notes

[1Cie C’est la nuit. Reims.

[2Le propos n’est pas stupide. On a vu en France des modes de scrutin changer subitement pour éliminer des partis gênants.

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