L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir.” Jean Jaurès

résistance

jeudi 28 avril 2011 , 604 : visites , par Jean Lefevre

Gilbert Couillard vient de faire paraître ses souvenirs de résistant [1]. En 1943-44, il était aux premières loges évidemment dans une famille combattante et cheville ouvrière du maquis de Saint- Mards-en-Othe. On ne peut lui dénier d’avoir vécu ce qu’il relate, même si on sait que le temps joue parfois des tours dans certains récits aux mémoires les plus avisées.

Je ne partage pas toutes les colères de Gilbert contre ceux qui « salissent » la mémoire de la Résistance. Pourquoi, par exemple, désigner à la vindicte publique les premiers récits de grands résistants qui ont exagéré les pertes allemandes et du coup l’héroïsme des combattants ?

Les légendes quand elles n’aident pas l’histoire l’éclairent d’une lumière sacrée. Gilbert relate les hauts-faits des hommes et des femmes qui ont sacrifié leur vie, sans cacher les faiblesses de certains.

Est-il utile de le faire ?

La question se pose. Faut-il, pour être crédible, rappeler certaines défaillances, certaines duretés, certaines horreurs ? On a vu dernièrement un chroniqueur mal intentionné jouer avec des témoignages erronés ou inventifs pour donner du « piquant  » à son ouvrage. Rien de tel dans le témoignage de Gilbert, sauf que, pour mon compte, je rejette les scories des faits historiques pour n’en garder que l’esprit. La Résistance a été un élan spontané d’une population qui a refusé la tutelle nazie.

Elle fut ensuite canalisée et organisée. Les responsables lui donnèrent des objectifs militaires et politiques (le programme du CNR). Dans ce mouvement, d’ailleurs lent à prendre corps, il y a eu des hommes et des femmes divers. L’être humain est le résultat d’une éducation et d’une expérience et je me refuse à classer les résistants entre bons et mauvais.

Même les hésitants ou les froussards ont donné ce qu’ils ont pu. Ils n’ont pas collaboré avec l’ennemi, même si certains furent Croix de Feu avant-guerre ou pétainiste en 40 [2]. Pour qu’un maquis vive des mois entiers, il faut aussi que la population neutre en apparence, soit adhérente et même participante. Je sais même qu’on peut être à la fois un héros et un salaud. Les circonstances font les choses. Quand il manque un chef, une règle, une loi, une croyance, que va-t-il se passer sous l’effet de la colère et de la vengeance ?

C’est pourquoi quand je réfléchis sur le sens de la Résistance, je ne veux prendre dans chaque être humain que la part « utile » qui a permis au pays de se libérer. La part « utile », c’est la part rebelle, et la somme de ces efforts, petits ou grands, modestes ou héroïques ont donné cet élan final qui a eu besoin du courage exemplaire de quelques-uns, de leur esprit d’organisation, de leurs compétences, de leurs sacrifices. Ne vit-on pas aujourd’hui le même dilemme ?

N’a-t-on pas besoin de toutes les révoltes et de tous les courages pour lutter contre un ennemi bien plus habile, bien plus diffus, apparemment républicain, mais organisé pour nuire et exaspérer les tensions ?

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1127

Notes

[1Un adolescent dans la tourmente. (Comédia, autoédition) 10 euros.

[2Pierre Brossolette fut pacifiste, un très court moment munichois et cité avant 1940 par Otto Abetz parmi les journalistes fréquentables. Il n’en est pas moins devenu un héros de la Résistance.

2 Messages

  • résistance 30 avril 2011 21:50, par signé Tillich

    bonjour à tous. l’amateur d’histoire locale ne se nourrit pas plus de légendes que de mémoires romancées à l’eau de rose . après lecture de quelques dizaines de livres consacrés au sujet qui nous intéresse , je conclus que seul l’ouvrage de l’historien qui croise ses sources , b a ba du renseignement , se révèle être le plus proche de la vérité mais seulement s’il a fait abstraction de sa couleur politique. le travail de mr Touffu en est la parfaite illustration. même mr Bruge , qui est une pointure avec notamment sa série sur la ligne Maginot a commis des imperfections quand il a traité le sujet aubois. la tâche demeure ardue ..... en 44 , l’autochtone de la forêt d’othe n’avait rien d’une dentelière , Gilgert Couillard a livré son témoignage avec ses tripes et son cœur , le lecteur appréciera. daniel normand

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    • résistance 2 mai 2011 21:25, par Jean Lefevre

      Bonjour, Merci pour votre témoignage qui recoupe assez ce que je pense. Gilbert a voulu témoigner. D’autres le feront encore je l’espère. C’est la matière brute de l’historien. Je ne pense pas cependant qu’il y ait une Histoire neutre. Ce serait bien pauvre. Chaque historien apporte son éclairage et c’est normal. Il fait une démonstration étayée par des faits. Les approches sont très différentes d’un historien à l’autre : quelles sont les causes de la défaite française en 1940 ? Beau sujet d’empoignades historiques. J.L.

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