Le respect pour la dignité humaine ne se mérite pas, il est une donnée préalable."

Tzvetan Todorov Linguiste

Accueil > Archives > Aube > Tout le département > UN HISTORIEN EN (mauvaise) HERBE

UN HISTORIEN EN (mauvaise) HERBE

jeudi 16 décembre 2010 , 935 : visites , par Jean Lefevre

Alain Hourseau vient de commettre une brochure intitulée : « La Libération des environs de Bouilly ». M. Hourseau considère qu’il a fait un travail d’historien. Mais est-ce un travail ? Hourseau est un apprenti qui tombe dans tous les pièges primaires du chroniqueur. Il ne vérifie rien. Il croit dur comme fer à la version de ses témoins. Il raconte par ex.

une histoire de bonne femme coupée en morceaux par les résistants et donnée aux cochons. C’est de la pure fantaisie.

Les collabos avaient besoin de faire naître des rumeurs et des contes à dormir debout. Henri Amouroux l’a reprise dans un de ses ouvrages, ce qui ne donne aucune authenticité à cette histoire rocambolesque. Amouroux, comme on sait, fut un journaliste collabo, résistant de la 25ème heure et défenseur de Papon ? Quant à Hourseau, ce n’est ni un historien, ni même un conteur, c’est un bavard dangereux. Sa brochure regorge d’erreurs, d’a-priori, pas de distanciation, pas d’analyse, apparemment une seule source, celle des collabos et de la police de l’époque. Il confond tout, il ne sait pas traduire FTP (Patriotes au lieu de Partisans). Il mélange le POF (Parti Ouvrier et Paysan) et le POPF (parti collabo de Marcel Gitton, copain à Doriot et exécuté par la résistance). " Ce POPF est, dit-il, la principale organisation collaborationniste de gauche". Quand on est collabo, on n’est plus de gauche, on est seulement un traître. C’est lamentable. C’est aussi ce qui arrive quand on va chercher des sources dans Wikipédia et qu’on ne sait même pas les analyser. On pourrait opter pour de la pure bêtise, mais l’impact sur le public peu averti est grave et je comprends tout à fait que la Société Académique ait refusé de la cautionner (A.Hourseau en est membre). Elle n’avait que ce choix. Accepter c’était diffuser.

Le récit, mal fichu, décousu, se termine par l’exécution à Crogny du Gal Arndt. Les circonstances de cette exécution sont basées sur des témoignages des plus fragiles, mais là encore Hourseau tient à sa version qui transforme les résistants en lâches assassins. Et justement, partout dans sa brochure, les exécutions de traîtres sont qualifiés d’assassinats. Inquiétant pour un apprenti de l’objectivité historique. Hourseau est un historien en herbe, mais c’est de la mauvaise herbe qu’il sème.

Pour finir en beauté et paraître impartial, Hourseau écrit : « N’oublions pas toutes les victimes de ce conflit : les soldats et les civils, les Français et les étrangers, (les SS sans doute ?), les Résistants et la population, les hommes, les femmes et les enfants,...les déportés et les collaborateurs » ! La coupe est pleine. L’auteur s’honorerait de détruire sa brochure et de faire amende honorable.

Cette « liberté » maintenant de mettre sur le même plan les bourreaux et les victimes a été inspirée par quelques historiens qui cherchent à réhabiliter le pétainisme. Ils le font par le biais d’un anticommunisme parfois délirant (ici les FTP servent de têtes de Turc). Si les communistes ont à se reprocher des errements dans leur politique en 1940, on ne saurait mettre en cause jamais leur lutte antifasciste qu’ils ont chèrement

Il faut s’attendre à des réactions sévères de la part des associations de résistants et des gens qui ont connu cette période terrible où c’étaient les vrais citoyens qui étaient torturés et massacrés, les populations qui subissaient restrictions sévères, déportation du travail et suppression des libertés fondamentales.

Jean Lefèvre

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1108

2 Messages

  • UN HISTORIEN EN (mauvaise) HERBE 7 janvier 2011 09:28, par signé Tillich

    bonjour. effectivement , croiser les sources , c’est le b a ba du renseignement ! pour avoir passé de nombreuses années à lire moult ouvrages consacrés à la résistance notamment en forêt d’othe , j’ai ai conclu que seul l’objectivisme de l’historien croisé avec le témoignage des acteurs était garant de la vérité . le bon sens et la vigilance impliquent que le détail sordide ne doit pas l’emporter sur l’engagement humain même s’il ne faisait pas bon tendre l’oreille dans la futaie profonde en juin 44 , dixit Jack Currie . salutations. signé Tillich

    repondre message

    • UN HISTORIEN EN (mauvaise) HERBE 9 janvier 2011 15:48, par Jean Lefevre

      Bonjour, Merci pour votre message. Les livres concernant le maquis de Saint-Mards en Othe sont assez peu nombreux. Je connais le travail de Sébastien TOUFFU de l’ONAC, de loin le plus sérieux, travail qui se retrouve dans le CDRom du CDRP. A part ça il ya quelques notes dans Albert Ouzoulias, mais écrit très tôt après la guerre ("Les fils de la nuit"), Gallery et Bruge témoignent de certains faits. On attend le travail de Gilbert Couillard, témoin direct. Si vous avez d’ autres lectures, soyez aimable de me les communiquer. J’ai entendu parler du récit d’un Icaunais. Quant aux bruits entendus dans les fourrés, on va se heurter là à des considérations hautement philosophiques et patriotiques. Les comportements des uns et des autres doivent être jugés dans le contexte de l’époque ( Quel encadrement ? Quelle formation ? Quel parcours individuel ? etc.) Quel est le sens à donner à un combat ? Mes amitiés. JL.

      repondre message

Répondre à cet article

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|