“Si l’argent, vient au monde avec une tache naturelle de sang sur la joue, le capital naît dégouttant de sang et de boue des pieds à la tête.” Karl MARX

Accueil > Archives > Champagne Ardenne > Toute la région > Culture > À LA « CASERNE DES POMPIERS »

AVIGNON 2010

À LA « CASERNE DES POMPIERS »

LE LABORATORIUM .... L’ILE DES ESCLAVES

jeudi 22 juillet 2010 , 1070 : visites , par Jean Lefevre

...... LE LABORATORIUM

Mis en scène par Angélique Frint, ce Laboratorium est l’histoire d’un savant fou, le Pr Illman qui veut sauver la planète de ses maladies physiques ou psychiques, conquérir l’immortalité sans doute. Pour l’aider dans cette tâche héroïque et fondamentale, le savant se sert de rats de laboratoire, d’un serviteur simplet, mais consciencieux, le dénommé Crameur, et d’un bocal où fermente le cerveau de sa mère, conseillère en communication.

Les rats peureux, mais intelligents, fomentent une révolte. Crameur l’esclave ne veut pas devenir cobaye à son tour. Il peut se rebiffer. Il n’y manquera pas. Le cerveau clignote à la demande.

Faut-il voir dans ce Général Folamour d’un nouveau genre le symbole de la « perversion du pouvoir » sinon le condensé des grands dictateurs de ce siècle  ? Sans doute, mais l’histoire peut tout simplement nous amuser beaucoup, Le spectacle est une réussite incontestable, renforcé par le parti-pris de clair-obscur d’un labo XIXème siècle, de marionnettes géniales, habilement conçues par David Girondin Moab, sans oublier sons et chansons sortis des oubliettes de la mémoire enfantine.

Les enfants ont un peu la frousse et les adultes s’en sortent grâce à ce spectacle plein d’humour et de distanciation. La Cie Succursale 101 est en résidence au Salmanazar à Epernay et mène un travail de dramaturgie où se mêlent théâtre, danse, masque, musique, marionnette, objet... La pièce sera donnée à Saint- André (Gérard Philipe) le 18 janvier 2011. Je le conseille fortement.

J.L.

.... L’ILE DES ESCLAVES

(Marivaux) Par la Cie Ici et Maintenant.

Christine BERG

Qui serait Marivaux aujourd’hui ? Un auteur qui mettrait en scène un couple de patrons et un couple d’ouvriers confinés dans un même lieu et forcés d’inverser leur rôle.

La fable est impossible sauf à imaginer un régime forcené, même pétri, comme ici, de bonnes intentions, mettant en demeure les possesseurs du capital à pointer à l’agence de l’emploi et Madame de Bettancourt à faire des heures sup pour nourrir sa fifille. On sait ce qu’il advint d’une telle précipitation quand la religion, le fric ou la dictature précipitèrent les serfs à renverser les bastilles et couper la tête des tsars... Christine Berg qui a mis en scène l’île des esclaves suggère modestement la chose puisque le maître de l’île recevant les couples porte un col Mao. (Rôle de Trivelin tenu de façon retenue par Pascal Adam).

Marivaux en 1725, même ruiné par Law [1], n’imaginait pas de tels bouleversements, mais la peinture qu’il fait de la bourgeoisie est étonnante de justesse. La cure d’austérité et d’humilité que les « maîtres » subissent ici devraient les guérir de leurs torts. Ils redeviendront seulement humains et raisonnables. Faut-il voir là déjà une teinte légère de marxisme : l’homme est un être totalement social. En changeant son rôle, il change son comportement.

Dans une peinture de moeurs sévère et perspicace le contenu social reste toutefois du marivaudage politique : l’émancipation attendue avorte. Le bon sens triomphe. Vue avec nos valeurs d’aujourd’hui cette pièce demeure pourtant d’une fraîcheur surprenante.

Christine Berg a sans doute un faible pour les esclaves puisqu’elle leur demande de jeter tout leur jus dans cette affaire. Vincent Parrot (Arlequin) et Gisèle Torterolo (Cléanthis) sont extraordinaires d’espièglerie et de méchanceté. La libération est totale. Les deux maîtres font évidemment grise mine.

On retrouve avec bonheur dans ces rôles plus sévères, Laurent Nouzille et Mélanie Faye, qui finiront par se venger de leurs humiliations. Tout le monde retrouvera sa place. Ouf ! On a eu peur a déclaré la baronne de Bettancourt après le spectacle.

La pièce sera donnée au Théâtre de la Madeleine les 9 & 10 décembre prochains.

Jean Lefèvre

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1087

- cliquer sur les vignettes pour agrandir la photo.
- Ensuite cliquer sur la partie droite de la photo pour passer sur la photo suivante, ou à gauche pour revenir en arrière

info portfolio

Notes

[1« Lass » inventa le papier-monnaie sous Louis XV.

Répondre à cet article

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|