“Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement. Antonio GRAMSCI.

Accueil > Archives > Champagne Ardenne > Toute la région > Culture > AVIGNON : LA CHAMPAGNE-ARDENNE AU FESTIVAL

AVIGNON : LA CHAMPAGNE-ARDENNE AU FESTIVAL

jeudi 15 juillet 2010 , 629 : visites , par Jean Lefevre

Le fameux festival a 64 ans depuis que Jean Vilar, Jeanne Laurent et le poète René Char en ont jeté les bases. Un festival, plutôt un arbre au tronc puissant, mais sans doute avec trop de branches. 1100 compagnies s’y donnent rendez-vous. Elles veulent vivre. Elles cherchent ici davantage de contrats que de public. Et, conséquence, même si le théâtre est moins touché par le phénomène (par exemple que la musique et l’industrie culturelle), il y a danger de marchandisation. Le nombre des intermittents est en baisse, mais les troupes en hausse, à la recherche d’un financement de plus en plus aléatoire.

Chemin de croix du créateur, la course à la subvention. Du coup, que d’artistes s’autocensurent, s’automutilent pour rester dans le ton voulu. Un diapason anonyme donne le la du politiquement correct. L’artiste ainsi corseté justifie parfois son manque d’engagement par le respect du texte ou pire du spectateur et quand il dérapera un tant soit peu, on le grondera gentiment, ou bien on refusera son travail. On mettra sa fronde sur le compte de « l’exception esthétique  ». Christian Schiaretti dit qu’on fait fonctionner le système à la récompense et qu’on revit l’ère de la courtisanerie. Qu’il se rassure, ça ne date pas d’hier.

Mais un jour naîtront des artistes qui rejetteront compétition et séduction et voudront seulement, comme le souhaitait Vitez, donner un théâtre élitaire pour tous et « semer la beauté au coeur des hommes ».

En ces périodes d’ascétisme, tout est mis en oeuvre pour faire taire les voix discordantes. En France, il y a seulement 100 000 artistes à nourrir. Est-ce qu’une nation riche de 70 millions de personnes ne peut les faire vivre ?

Alors que les collectivités se saignent aux quatre veines pour promouvoir la culture [1], l’état recentralise, coupe les vivres et remet en cause la clause de « compétence générale ».

Mais Avignon prouve encore sa volonté d’exister. Les programmateurs fouillent dans cette luxuriance pour y dégotter le spectacle parfait qui remplira leur salle.

C’est un fourmillement de textes, de styles, de formes, danse, musique, et même de cinéma, un comble au royaume du spectacle vivant ! Et c’est mieux d’aller goûter les grands auteurs dans la fraîcheur d’une salle car le soleil verse du plomb fondu, sauf ventilation rare de mistral et de mistralet.

Voir de tels spectacles, là-bas en Avignon, au milieu du chant des cigales, est un plaisir qu’on aimerait communiquer à tout un peuple de gens qui croient que la télévision est le seul aliment digérable alors que sa pauvreté est au spectacle vivant ce qu’une poupée Barbie est à l’humanité.

L’ORCCA

C’est dans ce contexte exubérant que la Région Champagne- Ardenne présente chaque année le travail de six compagnies du cru, dans d’excellentes conditions techniques. Le lieu, ancienne « Caserne des Pompiers » est devenu incontournable.

Les Compagnies invitées par l’ORCCA (Office Régional Culturel) ne jurent pas qu’elles sont les meilleures au monde, mais elles sont le symbole d’un travail sérieux, persistant, diversifié. Elles ont la rage de vivre et d’animer une ville ou un terroir, de diffuser des textes, des savoirfaire, d’être des témoins dans leur siècle en devenir. Elles assurent aussi le pain aux artistes de la troupe qui en échange nourrissent l’imaginaire du public. J.P. Bachy, Président de Région et Nathalie Dahm qui a en charge la culture, J.C Daniel, Président de l’Orcca, élus régionaux et directeurs de la structure , ont honoré de leur présence spectacles et débats.

Cas assez rare pour être signalé. Cette année, un large échange de vue sur la formation des artistes a permis aux directeurs des grandes écoles de préciser leurs idées sur la nécessité de former comédiens, marionnettistes, artistes de cirque ou metteurs en scène. Nous reviendrons sur ce sujet ainsi que sur les spectacles.

Cerise sur le gâteau, 72 élèves des lycées de la Région sont venus au festival pour se baigner dans cet océan culturel. Ils étaient pilotés par les CÉMEA, structure laïque née du bouillonnement de 1936.

Jean Lefèvre

P.-S.

- cliquer sur les vignettes pour agrandir la photo.
- Ensuite cliquer sur la partie droite de la photo pour passer sur la photo suivante, ou à gauche pour revenir en arrière

La Dépêche de l’Aube N1086

info portfolio

Notes

[1Les régions ont augmenté leur effort financier en moyenne de 11 %. La région C.A de 35 %. 4 Milliards sont dépensés par les communes, 1, 3 M par les départements et 1 M par les Régions. L’État ne dépense que 3 M soit 30% du total. La vie culturelle est menacée aujourd’hui par la réforme des collectivités territoriales qui seront privées de financements et de « compétences culturelles ».

Répondre à cet article

Société Nouvelle de la Dépêche de l’Aube, 22 ter rue Anatole France- 10000 TROYES. Tél 03 25 73 32 82. Fax 03 25 73 84 13 6 SARL au capital de 300 euros. Durée 99 ans. Gérant-Directeur : jean Lefevre. Associés à part égales : Jean Lefevre, Anna Zajac, Hugues Petitjean, Françoise Cuisin, Geneviève Delabruyère. Inscription Commission Paritaire N°0211 C 87550. Abonnements : 1 ans = 30 euros Régis, publicité, petites annonces : La Dépêche de l’Aube - Imprimerie JMI 87, av Gallieni 10300 STE-SAVINE.

|