“Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement. Antonio GRAMSCI.

BURQA

jeudi 1er avril 2010 , 778 : visites , par Jean Lefevre

Il paraît que la question unique, la question brûlante aujourd’hui c’est le port de la burqa. Cette question doit certes être débattue, mais étalée sur la place publique elle dérive dangereusement sur le plan politique avec quelques dégâts collatéraux racistes.

Il n’est que de lire ou écouter les dérapages incontrôlés de certaines élites et « maîtres à penser  » pour voir qu’ils ont trouvé là un bouc émissaire bien pratique et bien ciblé : le monde musulman sommé de faire la preuve de sa « francité » et de son intégration. Avec, en plus, me semble-t-il, un petit côté anti-féministe dirigé contre ces femmes qui ne savent pas se débarrasser de l’esclavage.

Il y a 3 façons d’aborder le problème juridique posé par le port de la burqa : son côté «  signe religieux », son côté «  signe oppressif », son côté «  refus civique ».

Si le voile intégral (burqa) n’est qu’un signe religieux, on ne peut pas l’interdire dans l’espace civil. Sinon, il faudrait interdire tous les autres signes religieux, kippa, croix, et même faire taire les cloches des églises et démolir les calvaires. Ce serait la fin de la liberté religieuse. Par contre, nous sommes dans un pays laïc et la burqa, comme les autres signes religieux ou politiques, doit être interdite dans les lieux publics (école par ex.). Mais la Burqa est aussi le symbole de l’oppression des femmes, même si certaines femmes voilées s’en défendent.

Cela suffit-il pour légiférer ? Il faudrait prouver que ce signe est la preuve d’une inégalité. Pour prendre un exemple social, l’infériorité des salaires féminins est de 30 %. La loi devrait l’interdire puisque cette statistique prouve une discrimination qui est de plus anticonstitutionnelle. On doit s’émouvoir à juste titre de toutes les inégalités. Il est clair que le voile indique une soumission, mais le délit n’est pas « constitué » aux yeux du législateur.

Il est par contre intéressant d’examiner la question soulevée par certains juristes et qui concerne le « refus de se laisser identifier’ . Catherine Kintzler dans le courrier de l’UFAL ( [1]) explique que cette façon de dissimuler son visage est une manière de nier l’humanité d’une personne, en lui refusant tout contact avec la société. Le voile efface continuellement la personne aux yeux d’autrui. On peut même considérer cette réclusion comme provocatrice puisqu’elle a lieu en public. Une loi récente vient d’interdire « la dissimulation illicite du visage à l’occasion de manifestations publiques ». Est-ce vers cette solution que s’achemine le législateur ?

On pourrait dire, après avoir compris la complexité du problème posé, que la meilleure solution devrait être la discussion avec tout ou partie des intéressé (e) s. C’est vrai pour les questions de voisinage, de religion, de moeurs, de coutumes. La loi ne doit pas tout trancher sauf à vouloir obéir aux nouveaux prophètes de l’identité nationale, ce qui immanquablement profiterait aux fondamentalistes toujours à la recherche de martyrs médiatiques.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1071

Notes

[1Union des Familles Laïques.

3 Messages

  • BURQA 2 avril 2010 11:43, par JOINVILLE

    À quelquies exceptions près qui peuvent se compter sur les doigts d’une seule main, la question de la burqa n’est débattue que par des non-musulmans. On aimerait savoir ce qu’en pensent les musulmans eux-mêmes. Surtout les hommes.

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    • BURQA 4 avril 2010 12:31, par Jean Lefevre

      Bonjour, Dans leur grande majorité les musulmans sont contre le port de la burqa. C’est une règle générale des populations immigrées que de tenter de vivre en bonne intelligence avec les populations locales. Marcel Azzola le grand accordéoniste d’origine italienne est lui aussi arrivé en France dans un contexte difficile ou le "macaroni" était mal vu et même pourchassé. Il me racontait comment ses parents exigeaient que leurs enfants apprennent parfaitement le français et soient les meilleurs à l’école. Le phénomène "burqa" est bien une tentative provocatrice de groupes religieux, mais je ne pense pas qu’une loi puisse régler le problème.

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      • BURQA 5 avril 2010 09:03, par JOINVILLE

        Les partis politiques tournent autour de la burqa comme des poules qui ont trouvé un couteau et qui ne savent pas quoi en faire. Parce qu’il y a contradiction entre le fait de reconnaître les religions, de les aider avec des fonds publics et de vouloir interdire les manifestations découlant de leurs croyances. La burqa est l’arbre qui cache la forêt des atteintes à la laïcité. Dix milliards d’euros par an de fonds publics sont accordés aux religions directement ou indirectement, sous une forme ou sous une autre. Mettez plusieurs religions ensemble et vous obtiendrez un mélange explosif. Seul un État absolument laïque ne reconnaisant aucune religion, peut relier les hommes entre eux, garantir la paix et maintenir la cohésion de l’édifice social. http://associations.midiblogs.com

        Voir en ligne : http://associations.midiblogs.com

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