“Dans une société fondée sur le pouvoir de l’argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de liberté, réelle et véritable.”      Lénine

LETTRE A CHATEL

jeudi 18 mars 2010 , 593 : visites , par Guy Cure

La lettre suivante d’une enseignante auboise à son ministre témoigne bien de l’écoeurement et des ravages de la politique sarkozienne.

Il faut quand même saluer la cohérence des différentes mesures : cette enseignante part en retraite à la prochaine rentrée. Fermer son poste peut donc se faire sans trop de vagues.

Oui, mais par ricochets, à force de supprimer des postes on n’arrive plus à remplacer les congés. C’est là qu’on fera appel à cette future jeune retraitée. Au secours, Jarry, Ubu revient ! Au fait, c’est qui ces Warsmann et Menuel qui disent vouloir créer des emplois ?

Guy Cure

Monsieur le Ministre, Par la présente, je tiens à vous féliciter des dernières mesures proposées pour améliorer la situation de l’Education Nationale.

Certains de mes collègues, d’affreux syndicalistes et leurs adeptes, protestent et condamnent les projets concernant les réformes de la formation initiale conduisant à sa suppression.

Franchement, Monsieur le ministre, quel mauvais (projet) procès ! En effet, la formation des enseignants est au coeur de vos préoccupations, la formation terminale plus précisément. Je ne parle, bien sûr, ni de la classe terminale ni de la réforme du lycée, mais bien de la formation continue des enseignants en phase terminale.

Jusqu’ici, j’étais secondaire et je l’ai bien compris lorsque l’on m’a dit que le poste que j’occupais était tout à fait du secondaire, puisqu’on vient de le supprimer (3 postes et 4 classes dans la petite foulée, jeunesse et sport ). Voilà qui est logique : Franchement, depuis 40 ans j’avais mauvaise conscience de vider honteusement les caisses de l’Etat. Un grand coup de pied dans les caisses, voilà l’urgente solution. Un grand coup... une grande coupe... Etre pendant 40 ans secondaire, franchement, là, on frôlait le luxe, le superflu, le superfétatoire, l’inutile, en un mot : le jetable. Mais votre conscience écologique vous sauve, Monsieur le ministre, « jetable » certes, mais «  recyclable ». Me voilà soulagée... En effet, alors que je commençais à ruminer en fredonnant Alain Barrière : « Tu t’en vas » et Gilbert Bécaud « Et maintenant, que vais-je faire ? » (Vous voudrez bien m’excuser, Monsieur le ministre, je n’ai pas réactualisé mes classiques et je ne me suis pas encore bien approprié le dernier tube « Tous ceux qui veulent changer le monde »). Je commençais donc à ruminer, disais-je, en chantant « de tout ce temps, que sera ma vie ? », lorsque m’est parvenue votre proposition d’utiliser les « retraités au pied levé ». Tous celles et ceux qui pensaient que la retraite était la phase terminale, période où il faut enfin « lever le pied » n’avaient sans doute pas perçu la nuance sémantique entre « lever le pied » et «  pied levé ». Que tous ceux qui ont perçu l’absence de pluriel dans « pied levé) n’aillent pas imaginer que vous avez envisagé de convoquer les unijambistes.

Il est question de lutter contre l’absentéisme des enseignants en embauchant, sur les conseils d’un pilote, un ankylosé en puissance, un oisif en passe de devenir vicieux ; elle est bien bonne cette proposition, Monsieur le Ministre ; embaucher des personnes qui auront déjà été vues par des inspecteurs, et dont on sait qu’on pourra les appeler au pied levé, pour un ou trois jours, de jeunes retraités de l’Education nationale, des étudiants qualifiés ou adultes diplômés". Voilà qui va occuper les inspecteurs... et les contrôleurs du ciel pédagogique.

Précisez- nous cependant, Monsieur le Ministre, que faire avec le deuxième pied, mes collègues qui ont déjà le poing levé ont bien une idée.

Signé un professeur bientôt rayé des cadres, au poste supprimé, jeté mais recyclable

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1069

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