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EUROPE ECOLOGIE N’EST PAS LES VERTS

jeudi 18 février 2010 , 1161 : visites , par Passy Connh

Le succès des listes Europe Ecologie, talonnant le PS lors des dernières élections européennes, les sondages favorables pour les prochaines régionales feraient des Verts, selon certains observateurs, la force susceptible d’enclencher une recomposition politique à gauche. Or Europe Ecologie n’est pas les Verts, ni sur la forme ni sur le fond.

Dans le département de l’Aube, la rupture consommée entre Europe Ecologie et ceux que l’on a appelés « Les Verts historiques  » tel JM Massin, H Murgier ou encore D. Deharde... est significative du fossé idéologique qui existe entre ces deux organisations. C’est sans doute principalement son positionnement clairement marqué à gauche (il a fait en 2005 campagne pour le ‘Non ‘à la constitution libérale de l’Europe) qui a couté sa place de tête de liste d’Europe Ecologie à Hervé Murgier. Retrouver sur la liste d’Europe écologie F. Delplanque et P. Houplon qui étaient tout deux candidats sur la liste Modem au dernières municipales est significatif de l’orientation politique de cette formation.

L’Aube n’est pas un cas isolé

Il semble que l’Aube ne soit pas un cas isolé et que le mécontentement soit assez général chez les militants Verts. La liste Europe Ecologie du Val-d’Oise vient par exemple d’exploser, la moitié des Verts l’ont quittée. La raison de cette crise semble être du même tonneau un peu partout. Les amis de Cohn-Bendit ont eu la main particulière lourde en imposant les candidats non Verts, sans concertation en ne tenant aucun compte du vote des militants dans la composition de la partie verte de la liste.

La campagne présidentielle de 2007 marquée par l’impact dans l’opinion publique des propositions de Nicolas Hulot, le succès de son « pacte écologique  » ont démontré que le souci écologique est devenu une donnée prégnante des aspirations des Français. Plus récemment, une enquête de Médiascopie réalisée à l’occasion du sommet de Copenhague en décembre dernier montre que les Français jugent le sujet du climat primordial. Cela fait donc maintenant quelques années que la question écologique prend de l’ampleur. Elle croise une seconde inquiétude, amplifiée par la crise : la peur du déclassement social. Les Verts, en choisissant de se positionner dans le camp de la gauche au début des années 1990, tentaient de construire un parti capable de répondre à cette double problématique écologique et sociale. Malgré quelques succès ponctuels, les Verts ne sont pas, pour l’instant, parvenus à incarner aux yeux des Français un parti capable d’apporter et de mettre en oeuvre des réponses crédibles aux défis écologiques et sociaux.

Europe Ecologie est le nom de la contradiction des Verts

Ainsi lors de la présidentielle de 2007, la mise en avant des thématiques écologiques à travers le pacte de Nicolas Hulot ne profite en rien à la candidate Verts. D. Voynet recueille à peine 1,6 % des suffrages. Deux ans plus tard, en une élection et un coude-à-coude avec le PS (16,3 % pour Europe Ecologie et 16,8 % pour le PS), les écologistes ont modifié la donne politique en France.

Avec une nuance d’importance  : Europe Ecologie n’est pas les Verts. Europe Ecologie est le nom de la contradiction des Verts. Une contradiction traduite par le flou des stratégies de rassemblement mises en oeuvre par D. Cohn-Bendit : un tropisme centriste tout en affirmant un ancrage à gauche. Un flou qui a conduit la députée Martine Billard à quitter les Verts, jugeant que l’attraction centriste prenait le pas sur le positionnement de gauche. Ce flou menace jusqu’à l’existence des Verts en tant que parti. D. Cohn-Bendit ne s’en cache pas, les Verts doivent céder le pas à Europe Ecologie qui, affirme-t-il, « pour 2012, doit être une force politique nouvelle autonome .

Développement d’un nouveau capitalisme vert

Les Verts sont-ils en train d’être mis hors jeu de l’écologie et de la politique ? Ou bien inventent- ils avec Europe Ecologie une nouvelle forme d’organisation politique susceptible d’être le coeur d’une recomposition politique ? Et si oui, dans quel sens se fera cette recomposition, à gauche ou au centre ?

Derrière le rassemblement hétéroclite qui va de José Bové à des adhérents de Cap21 (membre fondateur du Modem), en passant par des anciens socialistes, et des personnalités, y a-t-il un projet politique ? Il semble surtout que le programme d’Europe Ecologie mêle propositions libérales visant au développement d’un nouveau capitalisme vert et propositions plus à gauche, mais impossibles à mettre en oeuvre dans le cadre du traité de Lisbonne, que les Verts continuent majoritairement de soutenir et promouvoir.

Sous un semblant de modernité, il apparait donc bien qu’Europe Ecologie s’apprête à nous vendre une énième version de la gauche sociale libérale drapée cette fois aux couleurs verte et orangée. Si elle ne veut pas rater à nouveau les grands rendez-vous qui s’annoncent, ce n’est assurément pas sur ce chemin que doit s’engager la gauche.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1065

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