Le respect pour la dignité humaine ne se mérite pas, il est une donnée préalable."

Tzvetan Todorov Linguiste

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« NE CHANGEZ PAS LE CLIMAT, CHANGEZ LE SYSTÈME ! »

jeudi 7 janvier 2010 , 2754 : visites

Trois critères qui étaient déterminants pour juger le moment venu de la portée des décisions de la conférence de Copenhague sur le climat  : le niveau des engagements de réductions d’émission de CO2 ; l’enveloppe financière consentie par les pays les plus développés aux Etats du Sud pour faire face à leurs obligations immédiates et à venir du fait du changement climatique ; enfin, la nature de l’accord intervenu : traité contraignant ou déclaration purement politique.

Un sommet au goût amer Au vu de la confusion qui se dégage de l’avalanche de commentaires, souvent non dénués d’arrière-pensées électorales, il paraît opportun de revenir à ces trois fondamentaux à présent que le rideau est tombé sur ce sommet « historique » au goût amer. Les engagements de réductions d’émission de CO2, tout d’abord.

Ceux des Etats-Unis frisaient la provocation : -4% d’ici à 2020 par rapport à 1990, c’est moins que ce qu’exigeait déjà le protocole de Kyoto d’ici à 2012 en moyenne des 37 pays industrialisés concernés. Le Canada a fait pire encore (- 3%). L’Union européenne en a rabattu sur ses ambitions affichées, repassant de
- 30% à -20%. Rappelons que la communauté scientifique mondiale demande aux pays industrialisés une réduction des émissions de CO2 de 25 à 40% d’ici à 2020. En vérité les principales puissances capitalistes, certes à des degrés divers, ont failli à leurs responsabilités.

Soumission aux exigences de rentabilité du marché ; logique de concurrence à outrance ; enfermement dans le court terme sont autant de fondements du système qui heurtent en profondeur la notion de bien commun mondial, l’esprit de coopération, la vision à long terme - à plus forte raison le besoin pressent d’un nouveau modèle de développement que révèlent spectaculairement les dérèglement climatiques. « Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé », leur a fort justement lancé Hugo Chavez. Tenter de refiler le mistigri de l’échec de la conférence à la Chine ou à l’Inde était dans ce contexte une manière de noyer le poisson.

En ce qui concerne le financement des très lourdes dépenses pesant sur les pays de Sud du fait des changements climatiques (dont ils sont les moins responsables et les premières victimes), l’on a assisté au même scénario.

Le président américain a accepté le principe d’une contribution des Etats-Unis à une enveloppe globale évaluée par l’Union européenne à 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020 (mais à une somme bien plus importante par les pays concernés), mais sans s’engager sur aucun chiffre  ! L’Union européenne elle-même ne précise pas qui paiera, ni même s’il s’agit à ses yeux de fonds qui s’ajouteraient à l’aide au développement solennellement promise, dans le cadre des « objectifs du millénaire  », ou d’un simple redéploiement de crédits déjà programmés ! Dans ce domaine le prétexte du « problème de la Chine »n’a pas pu être avancé, Pékin annonçant qu’il renonçait à l’aide financière occidentale au profit des pays les plus fragiles. Là encore, un système fondé sur le pillage des ressources des plus faibles était pris à contre-pieds par l’obligation qui lui était faite de réparer, ne fût-ce qu’en petite partir, les immenses dommages causés à autrui.

D’où le flou intégral dans lequel baignent les promesses faites. Reste la question clé de la nature de l’ « accord » intervenu « in fine » à Copenhague. Pour la très grande majorité des pays, il s’agissait tout naturellement de la prorogation, au-delà de 2012, du protocole de Kyoto, seul texte existant à ce jour qui soit contraignant pour les pays industrialisés. Il n’en a rien été.

L’ « accord » final n’a rien d’un traité et ne contraint personne !

Voilà où ont conduit deux années de préparation intense où se sont sincèrement investis chercheurs, ONG, représentants de nombreux pays de Sud pris à la gorge. A Copenhague, ils se sont sentis marginalisés par une « élite » riche et arrogante, dont la présidente de la conférence, Connie Hede-gaard, ministre conservatrice du Danemark et future commissaire européenne chargée du climat, semblait être une parfaite émanation.

Pour cette « élite »-là ; toute idée de remettre en cause un quelconque fondement du capitalisme est nécessairement incongrue et hors sujet. Elle a préféré accabler l’institution onusienne qui a, à ses yeux, le grand tort de traiter à égalité toutes les nations du monde. C’est dire s’il est crucial de situer l’enjeu du climat, dans le débat public, sur son véritable terrain, celui du changement de systèmes, si l’on veut contribuer à des avancées réelles dans l’avenir, à commencer par juin 2010 à la conférence de Bonn et en décembre prochain à celle de Mexico

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1059

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