“Si l’argent, vient au monde avec une tache naturelle de sang sur la joue, le capital naît dégouttant de sang et de boue des pieds à la tête.” Karl MARX

CULTURE en Avignon

FLEURS DE CIMETIÈRE..... IMOMUSHI..... LES OCTAVES CHANTENT FERRAT

mercredi 22 juillet 2009 , 965 : visites , par Jean Lefevre

Chaque spectacle apporte son originalité. La Région Champagne-Ardenne possède des armes et des charmes. Un vrai kaléidoscope. Pour ces " Fleurs de cimetière ", vous savez ces taches sur la peau qu’on découvre au détour de l’âge, Myriam Hervé-Gil a cuisiné des arts divers et parfois disparates.

Un auteur, une actrice, une chorégraphe et ses danseuses qui ont su fomenter l’émotion. Des larmes perlent. Rien de tragique pourtant. L’arrivée en catimini de l’âge. Pas de quoi pleurer. Depuis 40 000 ans qu’il est sur terre l’homo sapiens y pense. Sinon, c’est qu’il pionce. Nos artistes ici ont réveillé tout le monde. La petite salle est baignée par l’émoi qui voile l’oeil.

Vérité du spectacle vivant. On ne le dira jamais assez. Derrière l’écran télévisé, le spectacle est sous verre, aseptisé. Marre des petits poissons rouges en boîte. Sur la scène, pas de tromperie, des êtres vrais. Les sept danseuses même nous montrent leurs plaies, elles ne sont plus toutes jeunes, elles simulent les douleurs de l’âge, dos, cou, jambes. Elles contemplent leurs rides, tentent de les aplatir. Elles écoutent les chansons de leur époque, Piaf, Greco, se souviennent de danses folkloriques bretonnes ou gaéliques et tentent de les refaire. Tout cela n’est guère dramatique. Oui, nous mourrons tous. La jeunesse est la seule période innocente de bonheur plein. Mais le beau texte de Dominique Wittorsky apporte sa nostalgie, sa poésie, sa distanciation, à moins qu’il ne soit là que pour semer le trouble. Il en est capable. Sinon c’est la voix juste de Marie-Agnès Arlot qui en est cause.

" L’avenir à chaque instant presse le présent d’être un souvenir " dit Aragon. Chacun de nous accumule des strates de vie, empile des existences que le jour qui vient de naître recouvre à nouveau.

Tout cela nous parcourt, et nous émeut. Sur scène nos danseuses s’amusent à vieillir comme disait Léautaud. Nous amusent et nous touchent.

La fin m’a semblé manquer d’un court développement, la pichenette nécessaire. Il reste que ce spectacle fut sans doute le plus étonnant par sa fraîcheur, sa grâce, sa richesse.

Cie Hervé-Gil en résidence à Rethel, espace Louis-Jouvet. 06 43 84 18 77.

- IMOMUSHI

Compagnie Pseudonymo

Bel objet esthétique, ce spectacle de la Cie Pseudonymo nous plonge dans un univers " onirique et vénéneux ". Glauque diront certains. Le lieutenant Sunaga revient de guerre, sans bras ni jambes, sourd et défiguré. Une " gueule cassée " d’une Grande guerre si vous vous souvenez de l’époque où l’on en vendait les billets de loterie. Ici, c’est une guerre japonaise. Son épouse Tokiko (Angélique Friant), belle dans son naturel, superbe sur la scène, doit nourrir et dorloter le monstre quand le besoin s’en fait sentir. Un général immense et sur-décoré ( Geoffroy Barbier) répète à l’envi que le soldat est un héros et que son épouse est une sainte. Ca c’est la voix officielle, ciment de toute société qui a sacrifié ses enfants. Dans la vie, le général est un homme qui désire cette belle pas tout à fait veuve. Et la femme aussi sans doute qui désire être aimée autrement que par un morceau de chair emmailloté. D’où cet intervalle érotique du tango, scène obscène, insolite dans cet univers étouffant, lugubre, monstrueux.

En vis à vis, une chenille (Imomus en japonais) s’agite à droite de la scène, sur un bambou, pour rappeler peut-être ce qu’est devenu Sunaga, beau lieutenant changé en larve. Alors, faut-il reprocher à Tokito d’avoir des envies de meurtre, de devenir à son tour une sorte de monstre  ? Tout cela se joue dans la pénombre ce qui n’ajoute pas de gaieté, dans cet enfermement tragique, cette solitude effrayante.

La marionnette qui représente le mari est une réussite absolue. Elle se meut, elle est mue si réalistement par 2 artistes marionnettistes (Gabriel Hermand- Priquet et Viriginie Shell) que j’ai cru un temps à une supercherie, l’utilisation d’un enfant emmailloté. Ca m’aurait quasiment conduit au dépôt d’une plainte !

Une musique, celle de Murielle Barthélémi, un peu trop prégnante n’est pas étrangère au frisson mi-morbide mi-ironique qu’on ressent tout au long de cette belle image dramatique, d’autant qu’un maître de la lumière, Stéphane Bordonora, répand des clairs obscurs malodorants. Le texte, tiré d’une nouvelle ( [1]) de Edogawa Ranpo est maigre, mais suffisant pour évoquer l’univers ambigu, sombre d’une certaine littérature japonaise d’après guerre qui s’est cristallisée autour de Mishima.

- LES OCTAVES CHANTENT FERRAT

En raison de l’incendie survenu à la MAT le lieu de présentation du spectacle deqs Octaves est déplacé Ils chanteront FERRAT À PERDRE LA RAISON Place Jean Jaurès. Samedi 25 Juillet à 17 h spectacle gratuit dans le cadre de " Ville en Musique "

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1035

Notes

[1La chambre rouge, nouvelles 1929. Ranpo est également un auteur de polars célèbres.

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