“Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement. Antonio GRAMSCI.

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LA CHAMPAGNE-ARDENNE AU FESTIVAL D’AVIGNON

jeudi 16 juillet 2009 , 765 : visites , par Jean Lefevre

Chaque année, " La caserne des pompiers " qui est devenue un lieu théâtral remarqué et remarquable en Avignon reçoit les Compagnies de Champagne- Ardenne, sélectionnées par l’ORCCA (Office Régional Culturel). Celles-ci s’y déploient dans d’excellentes conditions techniques et peuvent ainsi rencontrer des publics neufs et des directeurs de salle.

Le théâtre y est majoritaire bien sûr, mais collabore avec la danse ou la marionnette. Les 6 spectacles du cru 2009 m’ont enchanté et si " Fleurs de cimetière " de Myriam Hervé- Gil et " Stabat Mater Furioso " de Jean-Pierre Siméon furent, pour moi, les temps forts les plus émouvants , pour ne pas dire impressionnants de cette programmation, je prendrais bien garde de mettre de côté " Le caillou de lune " monté par Danièle Israël, " Imomushi " de Pseudonymo, " Modeste contribution " de Dominique Wittorsky (voir ci-dessous) et le texte généreux de Pascal Adam (" Ce que j’ai fait quand j’ai compris etc. ") excellemment éructé par Fabien Joubert. Voir de tels spectacles, là-bas en Avignon, au milieu du chant des cigales, est un plaisir qu’on aimerait communiquer à tout un peuple de gens qui croient que la télévision est le seul aliment digérable alors qu’elle est au spectacle vivant ce qu’une poupée Barbie est à la riche humanité.

Les spectacles s’accompagnent de débats et d’expositions. Cette année, il s’agissait de " mutualiser les énergies pour aider à la diffusion et à la création de la culture ". Ce débat était animé par Jean Paul Bachy en personne et Nathalie Dham. Invité surprise, Jean- Pierre Brard, député de Seine Saint-Denis.

Une exposition de marionnette se tenait également à la Caserne tandis qu’un spectacle nous était offert par les élèves de première année de l’Institut International de Charleville Mézières.

MODESTE CONTRIBUTION

Cie " La question du beurre ". Dominique Wittorski

Après sa prestation l’an dernier dans " Ohne " une pièce qui mettait en scène un chômeur sans le sou, sans intérêt, sans estampille sociale, et qui invitait les spectateurs à vivre cette plaie sociale du chômage " au cul de la bête ", Dominique Wittorski nous a présenté cette année une longue satire contre le sécuritaire fort à la mode ces temps-ci. Sarkozy en prend pour son grade. Et tous les penseurs à la gomme aussi, à la recherche du paradis sécurisé. L’acteur conférencier propose donc un système aussi simple qu’énergique pour éradiquer le " Mal " de la surface de la planète et d’abord dans notre beau pays qui a besoin de liberté et d’amour : Le rétablissement de la peine de mort ! Attention, pas seulement pour les crimes les plus barbares, mais pour tous les délits quels qu’ils soient ! Loi rudimentaire certes, mais terriblement efficace dit-il. Il a longuement et scientifiquement étudié la chose, croyez-le bien.

Le fait est, on y regardera à deux fois avant de traverser à un feu rouge ou d’insulter son professeur de maths. Cracher par terre est aussi punissable que tuer en série. Une journaliste et quelques spectateurs sollicités posent quelques questions échafaudées à l’avance. L’orateur souriant détruit chaque argument, enfonce le clou et se glorifie d’apporter un système parfait, économique, irrécusable, et même humain ! Si ! Si ! Humain. Voilà un objet d’une pureté sans égale.

Tout cela n’est évidemment qu’une fable outrancière, manichéenne, destinée à montrer du doigt ce qu’un régime fasciste serait capable d’inventer. On pourrait objecter à D.Wittorsky que son propos aurait été plus efficace s’il avait tenu compte du fait que les dictatures ne s’installent qu’avec l’assentiment et même le soutien d’une bonne partie de la population.

Celle-ci, qui manque alors de culture politique et de repères démocratiques, est trompée, manipulée, prise à son propre piège. On commence par lui désigner toutes sortes de sauvageons, de tricheurs, de profiteurs qui seraient les véritables causes de ses difficultés. Le peuple participe ainsi à son propre esclavage. Dans le cas du fascisme hitlérien, il a sa part de responsabilité.

Reste qu’il y a de la réjouissance dans l’excessif, d’autant plus que l’acteur-écrivain est performant, imposant, pénétrant et le texte richement entortillé dans sa naïveté. Une part de son humour (noir, bien entendu,) tient au fait que l’horreur et l’inacceptable soient proposés de façon souriante, logique, cartésienne.

Pour soutenir cette brillante et atroce conférence, on trouve Caroline Guth, la présentatrice et animatrice vidéo, Thierry Vareille et Jean-Marie Lejude dans une mise en scène sobre mais fort efficace n Cie La question du beurre (Espace Louis Jouvet, 08 Rethel) (À suivre)

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1034

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