« Le néolibéralisme est mort mais ils ne le savent pas. » Roland Gori

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LE CRÉPUSCULE Par Claude Cabanes

jeudi 11 juin 2009 , 945 : visites

Autrefois, François Mitterrand avait un jour ironisé sur l’amour que l’on portait, dans le camp de la droite, à une catégorie particulière de socialistes :

" Les socialistes sans le socialisme " ! Aujourd’hui, si l’ancien président de la République revenait parmi nous, il pourrait exercer son ironie cruelle à plein temps, puisque le Parti socialiste lui-même ne sait plus répondre à la question qui fonde l’essence et l’existence : qui suis-je ?

Ca n’est pas nouveau. C’est même ce qui caractérise l’état de l’ancienne formation politique depuis des années : une crise existentielle. Autrement dit, rue de Solferino, au siège du parti, on ne sait plus qui l’on n’est, d’où l’on vient et où l’on va. Cette maladie peut être fatale. Comme l’avait été pour l’ancêtre du Parti socialiste, la SFIO, la tragédie des guerres coloniales auxquelles elle n’avait pas survécu. Cette fois, ce sont les appels des sirènes du libéralisme qui entraînent le navire vers le naufrage. La déroute dans les urnes, dimanches dernier, a donné à la réunion du Conseil national du PS mardi soir la couleur d’un crépuscule.

Les défaites électorales cuisantes ont en général cette vertu  :

révéler les traits véritables des ambitions, des structures, des pensées, des images, de l’organisation. Les dirigeants socialistes ont à la queue leu leu enfilé des perles et agité le moulin à prières dans un climat de fin d’un monde (mais après tout, la fin d’un monde n’est pas la fin du monde...). Certains d’ailleurs ne semblent pas affectés plus que de raison par ces horizons funèbres, et particulièrement les " jeunes éléphants " qui poussent vers la sortie les vieux pachydermes. Monsieur Valls constate avec beaucoup de philosophie tranquille, que, comme les civilisations, " les partis sont mortels ", le PS notamment qui parle " une langue morte ". Le docteur Montebourg, diagnostique une " nécrose ", ce mal dont en général on ne revient pas. Et madame Lebranchu, pour qui la problématique du changement de nom du parti est posée, avertit les troupes : " On meurt tous ensemble ou on gagne tous ensemble. " Evidement, il apparaît dans ces conditions qu’évoquer " la maison commune de la gauche ", enfourcher le dada des " primaires " pour la désignation du futur candidat à l’élection présidentielle, et déblatérer sur " la rénovation ", " la refondation " ou la " renaissance " du parti paraît pour le moins dérisoire. D’autant plus que le paysage créé dans toute l’Europe dans les urnes n’apporte aucun réconfort aux dirigeants socialistes qui lorgnaient au-delà des frontières : les " frères " de la social-démocratie (" les durs de durs de la gauche molle " comme aurait dit Jean-Paul Sartre...) allemande, anglaise, italienne et les autres ont pris aussi une raclée... Même ceux qui " gèrent loyalement ", comme on disait autrefois, les affaires du capitalisme et répondent à des sirènes, sont sévèrement punis par les électeurs. C’est à désespérer d’être un " bon " réformiste qui ne fait pas d’histoire... 21 millions d’électeurs français sont restés à la maison. C’est bien là le coeur stratégique du problème. Et ce n’est pas la vielle rengaine de la grande alliance de Bayrou à Besancenot, à nouveau mise en musique par Daniel Cohn-Bendit, qui va les réveiller.

Ni le prochain débauchage de quelque figure socialiste pour faire joli sur la photo du prochain gouvernement. Mais cette abstention massive et têtue a un rapport, indirect, mais un rapport certain, avec ce fait révélé la semaine dernière par la dépêche de l’Agence France-Presse : de jeunes femmes roumaines et polonaises sont recrutées en Alsace pour cueillir des asperges et des fraises ; certaines n’avaient perçu que 6 euros pour dix jours de travail... Eh bien, l’Europe, ses commissaires, ses règlements, ses institutions, s’en lavent les mains. Ah, tenez, hier le sans-plomb 95 avait bondi à 1,25 euro à la pompe...

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1029

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