Le respect pour la dignité humaine ne se mérite pas, il est une donnée préalable."

Tzvetan Todorov Linguiste

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CHIKUNGUNYA

Mieux vaut être poulet en métropole... que créole sous les tropiques

lundi 6 mars 2006 , 2789 : visites , par LDA

François Baroin/Le chikungunya

Le chikungunya provoque des douleurs articulaires terribles, mais c’est à croire qu’il a aussi paralysé le gouvernement français et son ministre des doms toms, François Baroin, accessoirement maire de Troyes, président de la Communauté d’agglomération Troyenne (CAT) Un an après l’apparition du virus à la Réunion, le Premier ministre a fait une opération marketing ce week-end dans l’île meurtrie. Quel moustique a donc piqué les autorités de notre pays pour qu’enfin elles semblent prendre la mesure de la catastrophe humaine, économique et écologique qui se déroule dans l’océan indien ? En fait, il semble urgent de dissiper le parfum de scandale parvenu jusque sous nos latitudes. Car de la gestion de la crise, on retiendra surtout jusqu’ici la volonté de camoufler l’ampleur de l’épidémie et la sous-estimation systématique de ses conséquences tant pour l’homme que pour le pays. Cette grippe, sévère ma foi, mais qu’un créole pouvait supporter stoïquement, ne devait pas survivre à l’hiver austral. Il était alors de bon ton de minimiser la dureté des symptômes. En octobre 2005 F. Baroin parlait avec insistance d’une "mauvaise grippe". Bouffis de condescendance, nos métropolitains lançaient donc l’été dernier l’opération " Fleur de sable " : remplacer l’eau des pots de fleur par du sable humide, inhospitalier aux larves de moustique. Opération dont le seul mérite aura été de culpabiliser les Réunionnais quand les services de l’État regardaient voler les moustiques. Le gouvernement a sous-estimé l’ampleur de la situation Jusqu’à aujourd’hui, le nombre officiel de personnes atteintes par le mal reste outrageusement inférieur aux estimations du corps médical sur place. Jusqu’au vénérable président de l’ordre des médecins de la Réunion qui avance le nombre de 260 000 malades quand François Baroin, ministre de l’Outre-Mer, n’en repère que la moitié. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le gouvernement n’a pas vu venir ou voulu voir venir cette crise sanitaire majeure. Baroin déclare à présent nécessaire de la traiter comme "une catastrophe naturelle". La nature a bon dos. Dès le mois d’octobre, les élus communistes réunionnais tentaient vainement de dessiller les ministres, au Sénat comme à l’Assemblée ; ils avançaient la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le chikungunya. Mais l’équipe Villepin ne réagissait pas. Cela aussi alimente les douleurs des Réunionnais qui n’en peuvent plus de voir des gens qui ne font que passer, décider de ce qui est bon ou pas pour eux. Qui n’en peuvent plus d’apprendre, via un quotidien parisien, qu’on parle officiellement de 20 000 cas supplémentaires. A la Réunion comme à Troyes, Baroin n’écoute que lui Le parfum de scandale est tenace. Paul Vergès (PCR), président du Conseil régional, n’est pas seul à parler de " dix mois perdus ". Ce sont des médecins qui interrogent : pourquoi une aussi longue inertie ? " Pourquoi projeter sur les Réunionnais la responsabilité de la propagation du virus alors que les choses dès le départ n’ont pas été prises au sérieux par les autorités ? " Depuis l’île, on observe les précautions prises pour contrer la grippe aviaire, les décisions qui suivent immédiatement la progression de l’épizootie. Le parallèle est édifiant : mieux vaut être poulet en métropole que créole sous les tropiques. L’amertume est d’autant plus grande à la Réunion que cette île recèle intelligence, savoir et expérience. Il est normal qu’elle reçoive l’aide de la métropole, qui le lui doit bien, mais elle sait ce qui est bon pour elle. Si cette crise majeure a pris une telle dimension, c’est aussi parce que la parole de ses habitants et de ses élus n’a pas été entendue par le gouvernement. Tiens tiens à Troyes aussi ils y a beaucoup de gens qui ont le sentiment de ne pas être entendu par F. Baroin

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N858

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