La dépêche de l'Aube n°846 du Vendredi 9 décembre 2005

Effectuer des recherches dans le site de la Dépêche de l'Aube et ses archives depuis sa mise en ligne en Janvier 2001  avec le moteur XRECHERCHE
Pour rechercher des informations dans le site de La Dépêche de l'Aube et ses archives.
Effectuer des recherches dans le site de la Dépêche de l'Aube et ses archives depuis sa mise en ligne en Janvier 2001  avec le moteur ATOMZ

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?                                 Louis Aragon

Emploi, délocalisation, politique industrielle 250 participants pour débattre avec M.-G. Buffet.

On l'appelait "Romilly la chaussette" elle est devenue une ville sinistrée par le chômage.
Alors pour le troisième forum citoyen co- organisé dans l'Aube par le PCF, ATTAC, le CAPAL et le MRC, les communistes de Romilly-sur-Seine avaient souhaité débattre des questions de l'emploi. Romilly, ce sont quarante années de municipalité communiste jusqu'en 1989, année où Michel Cartelet, sous l'étiquette des radicaux de gauche, conquiert la municipalité avec l'aide de la droite. Sans doute ici plus fortement qu'ailleurs, on ressent que les pertes d'activités de productions sont synonymes de mort. "En quelques années, vingt mille emplois ont été supprimés dans la région", explique Joë Triché, Conseiller général communiste dans cette commune passée, en peu de temps, de 18 000 à 14 000 habitants. Et l'on n'est pas au bout du déclin. Jacquemard, la dernière usine de chaussettes, va liquider toutes ses activités de production. Le pays du textile est sinistré. Qu'on convoque un forum sur l'emploi avec la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, qu'on appelle à y débattre pour savoir comment la gauche doit réagir, ce qu'elle doit inscrire dans son programme, et ce sont 250 personnes qui se retrouvent dans la salle des fêtes par cette froide soirée décembre.
Que feront ceux qui proposent de prendre la place du gouvernement ?
Deux heures de débat, animé par Stéphane Sahuc, journaliste de l'Humanité, où les propositions fusent, et pas seulement de la tribune où, avec Joë Triché et Jean Pierre Cornevin ont pris place Marie-George Buffet, Michel Husson, du Conseil scientifique d'ATTAC, Patrick Trannoy, secrétaire national du MRC, et Pierre Mathieu, Conseiller régional communiste. D'emblée, un salarié de Jacquemard entre dans le vif du sujet : "Trois plans sociaux en cinq ans n'ont rien résolu. Alors que fait le gouvernement ? Et que feront ceux qui se proposent de prendre la place ?" Toute la soirée sera consacrée à tenter de répondre à cette interpellation. Dans les réponses des uns et des autres, bien des différences peuvent être pointées. Pour le représentant du MRC, l'accent est mis sur la nécessité de protéger les productions françaises, une protection douanière qui s'accompagne de la responsabilité de la "puissance publique", de l'État pour "faire prévaloir la logique industrielle sur la logique financière". Michel Husson insiste, lui, plus particulièrement sur "la continuité des droits du salarié indépendamment de l'emploi qu'il occupe". C'est, d'après le dirigeant d'ATTAC, ce qui est commun à tous les projets de sécurité d'emploi mis en avant par le PCF ou les syndicats. Une continuité des droits qu'accompagne le fait que le financement de ces mesures doive revenir aux entreprises.
Le fait du prince
Répertoriant les propositions des communistes, Marie-George Buffet insiste sur la question de la démocratie, des droits des salariés. "Les décisions économiques sont le fait du prince et les droits des actionnaires sont des droits divins", montre-t-elle. Et elle plaide pour "un droit d'ingérence" des salariés et des élus quand une entreprise décide de délocaliser une production ou de licencier. Un droit d'ingérence qui permet de décréter un moratoire sur de telles décisions. Ce droit d'ingérence doit aller jusqu'au "droit d'appropriation sociale" avec des fonds publics pour poursuivre les productions.
Il faut des solutions de haut niveau
Différentes, souvent complémentaires, ces propositions ont cependant un fond commun. Toutes les mesures proposées s'en prennent à la logique des revenus financiers. Elles ont toutes un contenu anticapitaliste et c'est d'ailleurs lorsque ce contenu est le plus parlant que


la salle approuve le plus vivement. "C'est quand la gauche joue petit bras, c'est quand elle s'accommode de la logique libérale et qu'elle se contente de l'accompagner qu'elle est sanctionnée, dit Marie-George Buffet. Il faut, pour répondre aux attentes populaires, que la gauche exprime des solutions de haut niveau" Témoignages et propositions se succèdent de la salle. MF Pautras, la Conseillère générale communiste de la Chapelle St-Luc dénonce la volonté de faire travailler les érémistes en échange de leur allocation. Pierre Mathieu annonce la mise en place au Conseil régional, d'une "commission de contrôle et d'évaluation des fonds publics" sous présidence communiste. Un membre d'ATTAC dénonce le fait que la société oppose en permanence le consommateur au salarié : "le consommateur demande des prix de plus en plus bas, pour y répondre les entreprises baissent leurs coups salariaux, donc le pouvoir d'achat", spirale infernale qui pose la question d'un meilleur partage des richesses : "les entreprises doivent baisser leurs profits et non la masse salariale". Un cheminot dénonce le démantèlement du service public, et un salarié de la centrale nucléaire de Nogent dénonce le recours systématique à la sous-traitance et les risques d'accident qui en découlent. "Il faut conditionner les échanges commerciaux internationaux à des obligations sociales, notamment sur les salaires", avance un participant. "Nous ne pouvons pas attendre 2007, s'exclame une salariée de Jacquemard.
Il n'y a pas de réactions assez importantes. Attention à la fatalité" Justement une manifestation pour l'emploi à l'appel de toutes les organisations syndicales et partis de gauche locaux est prévue pour le 10 décembre. Les attentes sont pressantes. C'est toute la gauche qui est interpellée



LDA et L’Humanité

Lettre de MG Buffet à M le Ministre
Avant le Forum citoyen, MG Buffet a souhaité rencontrer les salariés de Jacquemard. Elle s’est engagée à faire un courrier à G. Larcher Ministre délégué à l’emploi.
C’est chose faite :
Lors d’un déplacement à Romilly-sur-Seine (Aube), j’ai reçu une délégation de l’intersyndicale des salariés du Groupe Jacquemard, leader français de la fabrication de chaussettes. Depuis les années 2000, ce groupe a effectué plusieurs plans sociaux alors qu’il a bénéficé de 10 millions d’Euros de fonds publics.
Il ne reste que 20% de la production à Romilly, le reste ayant été délocalisé en Roumanie. Mais de nouveau, un plan de 300 suppressions d’emplois est anoncé, ce serait la fin de la production en France.
La direction évoque le maintien d’une plate-forme logistique mais sans aucune précision.
Afin de répondre à la légitime inquiétude des salariés, pouvez-vous, Monsieur le Premier Ministre, intervenir auprès de la direction de cette entreprise pour qu’elle mette cartes sur table et que les organisations syndicales puissent exposer des propositions alternatives ?
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de mes sentiments respectueux.

 

SNCF/Intox antigrève
Les cheminots ont raison !

Devant la puissance du mouvement engagé par les cheminots, les opposants à la grève ont accusé le coup, soufflant le chaud et le froid, ne sachant pas exactement sur quel pied danser.
Alors que le président de la République est lui-même monté au créneau pour affirmer que l'entreprise "est et restera publique", que la direction concède de premiers reculs, comme quoi l'affaire mérite d'être prise au sérieux, l'UMP lançait sur internet un sondage pour limiter le droit de grève.
La plupart des médias écrits et audiovisuels, alignés sur la propagande de la direction et du pouvoir, ont attaqué le mouvement sur le registre de l'intox anti-grève. À les écouter, cette grève n'avait aucun objet, ne serait qu'un "coup de force" de la CGT. Ce tir de barrage a légitimement provoqué des réactions de colère dans les AG de cheminots. Cela rappelle le rouleau compresseur médiatique lors du référendum.
De qui se moque-t-on ? Ainsi les problèmes soulevés par les cheminots n'existeraient pas. ? Soyons sérieux. Qui peut prétendre sans sombrer dans le ridicule que la privatisation des entreprises publiques dans ce pays est un «non sujet" ? La SNCM vient d'être privatisée. Les salariés de la RTM luttent contre la livraison progressive au privé du tramway marseillais. 15% du capital d'EDF est mis en Bourse, peu après l'entrée de GDF. Idem pour les autoroutes. Le congrès des maires de France s'inquiète de la disparition des services publics en zone rurale. L'explosion de la banlieue montre aussi la pénurie de services publics dans ces zones urbaines. Et la SNCF serait indemne de toute menace ? À qui veut-on faire croire ces sornettes ?
En matière de réseau ferré, toutes les directives européennes organisent l'ouverture au privé du trafic


ferroviaire, le fret d'abord, le trafic voyageurs ensuite.
Toutes les réorganisations de l'entreprise visent à préparer la SNCF à cette emprise élargie des logiques libérales. Cette libéralisation a déjà ouvert la voie aux premiers trains privés de la Connex en Lorraine. La Connex, ce géant du privé qui est aussi maître d'œuvre de la SNCM. Mais à part ça, donc, la privatisation est un non-sujet ?!
Ne racontons pas d'histoire, les syndicats de cheminots alertent. Ils ont mille fois raison. Et puisque le chef de l'État et le ministre affirment, sous la pression de la grève, qu'il n'est pas question de privatisation, il faut passer aux travaux pratiques et prendre les mesures qui empêcheront concrètement le privé de faire sont lit dans le fossé béant entre les promesses et les actes. Les cheminots ne demandent pas autre chose. Passer aux actes ! Leur plate-forme revendicative détaille les points sur lesquels ils attendent des engagements. Plutôt que de la caricaturer ou de la taire, les médias feraient œuvre utile en la faisant connaître et en organisant le débat public.
Sinon à quoi sert de se prendre la tête entre les mains quand la banlieue brûle pour ensuite recommencer, comme si de rien n'était, le train-train des commentaires anti-grèves, anti-syndicats, anti-salariés du public, anti-empêcheurs de tourner en rond. Ce ne sont pas des mots qui menacent la SNCF, encore moins la grève, ce sont les filialisations, l'alignement des gestions sur les critères du privé, le déficit d'emplois, la faiblesse des salaires.
Les cheminots demandent une vraie négociation. Le meilleur moyen de faire rouler les trains, c'est de les prendre au sérieux.

Souscription du PCF

La riposte à la droite, la construction d’un rassemblement citoyen majoritaire appellent un développement de l’activité des communistes et de leurs amis.
Les initiatives prises à tous les niveaux, forums, tracts, invitations. nécessitent des moyens financiers importants. C’est pourquoi la fédération de l’Aube du PCF a lancé une souscription exceptionnelle dont l’objectif est de collecter d’ici la fin décembre 10 000 euros dans le département. Sur cet objectif, 3200 euros seront versés au Conseil National contribuant ainsi à couvrir les besoins nationaux estimés jusqu’à la fin de l’année à 800 000 euros.
Dans cette période, les organisations du PCF vont multiplier les initiatives afin d’atteindre les objectifs fixés - tombola - loto, versement individuel, collectes..
Les moyens financiers du parti communiste français proviennent des cotisations des adhérents, du reversement des indemnités des élus, du financement public attribué proportionnellement au nombre de voix et de parlementaires
( UMP : 33 millions d’euros; PS : 19 millions d’euros; PCF : 3,7 millions d’euros)
Amis lecteurs contribuez à la réussite de cet objectif nécessaire en nous adressant, à l’aide du bon en page une, votre versement.


Souscription 2005
Nous remercions fraternellement les 39 souscripteurs qui ont versé au total une somme de 3643 euros
ADENIN Louis, BADUEL Roger, BLANCHON Roger, BONNEVIE Steve, BUNLON Guy, CAMUS Jacqueline, CAQUEUX Alice, CHARTIER Guy, CHOQUART Jean, CLERC-RAGOT Claire, COMMUNAL Denis, CONIN André, CORNEVIN Jean-Pierre, DOUCET Daniel, DUBOIS Jean, FINCK Isabelle, GIMENEZ Suzanne, GUERIN Jacqueline, HERRIG Yvette et Hubert, JACQUINOT Yves, JOSEPH Didier, JOURDHEUILLE Régine, JOUVANCY Claude, LARIVE Luce, LEFEVRE Jean, LELOUP Roland, LUDOT Jeannine, MARCIAN Fabienne, MATHIEU Pierre, MEAN Raymond, MERIAUX Françoise et Henri, MILITZER Henriette et Rudolphe, MOULIN Louis, POCHINOT Ginette, RANCE Josiane, SENE Pierre, THIEBAUX Robert, TRICHE Joë, TURQUIN Hélène.
Il n’y a pas de petit versement, chacun étant invité à souscrire selon ses possibilités

Les versements sont plafonnés à 7 622 euros. Effectués par chèque, ils donnent droit à une remise d’impôts pour 66 % de la valeur du don, selon un plafond de 20 % du revenu imposable. Un reçu fiscal vous sera adressé début 2006.


La fédération de l’Aube du PCF

Humeurs...

QUI A MIS LE FEU
Données :Taux de chômage des jeunes (jusqu'à 25 ans), 41 %, à la Grande Borne à Grigny, 37% dans le grand ensemble de Clichy-Montfermeil, 55% à Reynerie à Toulouse et les autres quartiers "sensibles" à l'avenant. Ce qui fait beaucoup d'oisiveté et de bras ballants comme on disait au siècle dernier.
Au collège comme au lycée, et puisque l'école n'a jamais transformé les hiérarchies sociales, grandit l'échec scolaire et donc se banalisent les chahuts, les provocs, les trafics illicites, les conseils de disciplines, les exclusions. Ce qui fait un niveau de culture dégradé, la baisse des qualifications et même un apartheid scolaire car les familles plus aisées ne vont tout de même se mêler à la "racaille" !
Sur le terrain la police se militarise. Les brigades anticriminalités (BAC) préfèrent le "saute dessus" à l'enquête. Et bien sûr le saute dessus sur les petits délinquants, c'est moins risqué. Résultat : le taux d'affaires élucidées baisse constamment. La simple justice et le relationnel en prennent un coup. Messieurs de la police, venez donc boire un petit thé à la menthe par ici !
Alors, il y a du vrai dans ce que dit le ministre de l'insécurité sociale. Chômage, bêtise, haine sont bien au rendez-vous et sont la cause de la crise de la révolte voituricide des quartiers.
Le problème c'est que la connerie et la haine ne sont pas du côté qu'on croit.

Malicette

Nogent-sur-Seine
Projet de communauté de commune : la démocratie en danger

Dans son édition du 05 décembre, rubrique " indiscrétions ", L'EST-ECLAIR (et Libé) confirment mes craintes, exprimées il y a quelques jours dans mon journal en ligne sur Internet, sur la tentation pour certains de vouloir annexer la commune du Mériot à la communauté de communes…
Le Conseil municipal du Mériot, comme 5 autres communes, ont démocratiquement choisi de ne pas rejoindre, du moins pour le moment, la nouvelle structure intercommunale en gestation. C'est leur choix, et ce choix doit être respecté. Ce serait un crime contre la démocratie que de vouloir, pour satisfaire à des intérêts bien particuliers, obliger Le Mériot à rejoindre la communauté de communes. Car, comment expliquer cette agitation extraordinaire autour du choix et du refus des seuls élus du Mériot alors que les élus des 5 autres communes récalcitrantes semblent ne faire, eux, l'objet d'aucune pression. Ces 5 autres communes ne représentent-elles rien pour ceux qui sont aujourd'hui tentés par une annexion du Mériot ? Faut-il y voir un rapport avec la future usine de diester, à cheval sur les territoires de Nogent et du Mériot, tant attendue par certains "gros" industriels ? Et de nous poser cette question : à qui va le plus profiter cette usine de diester ?
Si la décision d'intégrer ou non Le Mériot à la communauté de communes appartient bien à M le Préfet, on peut légitimement penser, ou craindre, que des élus et autres puissants acteurs industriels et économiques puissent être tentés de faire "pression" sur le représentant de l'Etat. On ne peut imaginer M le préfet prendre seul cette grave décision sans avoir préalablement entendu les uns et les autres…
Une annexion au forcing du Mériot à la communauté de communes jetterait à jamais le discrédit sur l'intercommunalité et lui ôterait toute légitimité.
J'ai toujours regretté que les populations des communes, qu'elles aient dit oui ou non, n'aient pas été consultées. Une telle révolution dans le fonctionnement des communes, donc des pouvoirs des Conseils municipaux, aurait mérité débat public et référendum local. Mais, en espérant et en attendant que la loi change un jour les règles du jeu, et que la parole soit donnée aux citoyens, il nous faut aujourd'hui respecter les choix des élus, sinon pourquoi les avoir élus…
Conseiller municipal à Nogent- sur-Seine, j'appelle M le Maire et le Conseil municipal de Nogent, ainsi que tous les élus des cantons de Nogent et de Villenauxe, à interpeller M le Préfet pour faire respecter les choix démocratiques des uns et des autres et à ne pas prendre une décision qui ne pourrait que contribuer à assimiler demain l'intercommunalité à une bouffonnerie. Et de nous demander, avec craintes, ce que seront demain les pouvoirs d'un Conseil municipal après un tel crime contre la liberté et la démocratie !
Les 6 communes qui ont choisi de dire aujourd'hui non à la communauté de communes, n'ont pas dit non à l'intercommunalité. Elles ont choisi d'attendre, d'observer, face à un projet opaque qui ne présente aucune garantie pour les communes et les populations… C'est aussi la raison pour laquelle ma collègue et moi avons refusé de nous prononcer sur l'adhésion de Nogent à cette communauté de communes…
La Suisse et la Norvège n'ont pas adhéré à l'union européenne, c'est leur choix, et aucune nation ne leur conteste aujourd'hui ce choix, et l'Europe n'a pas choisi de les annexer… Alors ! Si Le Mériot et 5 autres communes ont choisi d'attendre, il faut impérativement respecter leur choix.
J'en appelle à la responsabilité de tous les élus pour faire respecter la liberté et la démocratie dans nos cantons, et donc à faire respecter les choix des uns et des autres.


Laurent Levasseur

Stagiaires précaires une nouvelle fragilité sociale

Les problèmes soulevés par le mouvement Génération précaire, qui a organisé sa première grève nationale, sont plus que légitimes.
Ces jeunes stagiaires exigent que les stages soient reconnus comme faisant partie de la formation et refusent que les stages cachent un moyen abusif des employeurs pour faire faire du travail gratuit en concurrence avec d'autres salariés qui, eux, auraient bénéficié d'un contrat de travail et d'un salaire. Les employeurs utilisent toutes les modalités possibles pour développer la précarité du travail et utiliser au maximum les compétences des gens en les payant le moins possible.
La faiblesse d'encadrement réglementaire des stages est une aubaine pour nombre d'entre eux, car c'est l'occasion d'utiliser à très bon marché des jeunes hyperformés.
Ce détournement de stages est une nouvelle forme de fragilité sociale. La précarité dans la restauration rapide n'est pas la même que celle de l'intérim dans l'industrie. La majorité des emplois offerts aux jeunes sont des emplois précaires : CDD, intérim, chômage partiel… et à présent ces formes de stages qui n'apparaissent même pas dans les statistiques. À la fin de leurs études, les jeunes se retrouvent la plupart du temps devant le choix : stage post-diplôme ou chômage.
Les employeurs utilisent une situation de non-droit. Le stage doit être encadré par un statut afin de contrôler son lien direct à une formation et permettre au stagiaire d'y voir plus clair sur la durée du stage, les conditions de rémunération ou de protection sociale…
Par ailleurs, un stage post-diplôme ne devrait pas exister car il s'agit d'un véritable emploi. Il faut rattacher cette réalité aux cadres du Code du travail, par exemple une période d'essai pour accéder à un CDI.
Pour les organisations syndicales, la CGT, des négociations avec le gouvernement et le Medef doivent s'engager pour clarifier cette situation. La question de la réglementation des stages pourrait aussi être abordée lors des négociations de branche en cours dans plusieurs secteurs d'activité. Il s'agit, dans les entreprises, d'aller à la rencontre de ces nouveaux précaires et leur donner plus de "visibilité" : ces stagiaires en effet se retrouvent dans l'ambiguïté d'être étudiant tout en ayant un pied dans la vie active. Il faut inventer ensemble des formes adaptées d'actions collectives