La dépêche de l'Aube n°843 du Vendredi 18 novembre 2005

Effectuer des recherches dans le site de la Dépêche de l'Aube et ses archives depuis sa mise en ligne en Janvier 2001  avec le moteur XRECHERCHE
Pour rechercher des informations dans le site de La Dépêche de l'Aube et ses archives.
Effectuer des recherches dans le site de la Dépêche de l'Aube et ses archives depuis sa mise en ligne en Janvier 2001  avec le moteur ATOMZ

Chacun « contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ». Les communistes se mobilisent pour défendre ce principe fondateur de la Sécurité sociale.

Santé - Protection sociale

Dans l’Aube : pire qu’ailleurs

C'est un fait, les Aubois et les Auboises subissent toujours plus douloureusement qu'ailleurs les choix sociaux et économiques du gouvernement.
Dans notre département le nombre de Chômeurs et de Rmistes est supérieur à la moyenne nationale, les impôts locaux y sont plus élevés, quant au pouvoir d'achat, Troyes est parmi les grandes villes de France celle ou les salaires sont les plus bas
Concernant la santé et la protection sociale, nous sommes, là aussi, malheureusement plus mal lotis qu'ailleurs.
La Champagne-Ardenne est une des régions de France "les moins bien pourvues" en terme de santé, remarquait l'INSEE dans ses statistiques 2000-2001, avec des disparités criantes entre l'Aube, les Ardennes et la Haute-Marne "qui disposent à eux trois de moins de praticiens que le seul département de la Marne".
Et depuis les choses ne s'arrangent pas bien au contraire.
La clinique de Bar sur Aube a été fermée et remplacée par un "ser-vice d'urgence" laissant le bassin de vie de cette sous préfecture sans véritable équipement hospitalier de proximité. A Romilly S/Seine, le conseil d'administration de l'hôpital a chiffré à quarante le nombre de poste à pourvoir pour un fonctionnement normal des services. Quant à l'Hôpital de Troyes qui rencontre lui aussi un sérieux problème d'effectif, son conseil d'administration a du voter une augmentation du prix de la journée d'hospitalisation qui va se traduire par une ponction d'un million ¤ dans les poches des assurés sociaux et de leurs mutuelles.
De plus en plus d'Aubois et d'Auboises sont confrontés directement au manque de moyen criant qu'ont les hôpitaux pour faire face à leur mission de santé publique.
La "réforme" Douste Blazy a aggravé la crise
Son objectif principal a été de diminuer les dépenses remboursables pour diminuer les dépenses publiques comme le réclament à corps et à cris la droite et tous les tenants du libéralisme en France et en Europe. Ce qui est à la charge des assurés est de plus en plus important; l'accès aux soins est de plus en plus difficile pour les plus modestes.
Cette réforme ne règle en rien la crise du système de santé. Au contraire, elle l'aggrave : les inégalités sociales se creusent; la médecine scolaire et du travail est sacrifiée; la pénurie de médecins et de personnels de santé s'accroît; les hôpitaux sont en faillite.
Le dispositif "médecin traitant" rend difficile l'accès aux spécialistes pour tous ceux qui ne pourront pas se payer l'accès direct. Il officialise les dépassements d'honoraires; il dévalorise le travail des généralistes. Les scandales de l'industrie pharmaceutiques se poursuivent.
Cette réforme devait régler le trou de la "Sécu". Les chiffres qui viennent de tomber montrent qu'il n'en est rien.
Des principes toujours actuels
La Sécu a soixante ans. Fruit de plus d'un siècle de luttes ouvrières, issue du programme du CNR (Conseil National de la Résistance), la " Sécu " est l'enfant d'un grand mouvement populaire qui en a inscrit le principe dans la Constitution de 1946 : "La nation garantit à tous la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs".
C'est un ministre communiste - Ambroise Croizat - qui a mis sur les rails cette réforme majeure, véritable avancée de civilisation.

Cette conquête, avec l'existence d'un système public hospitalier, a permis à notre pays de se reconstruire et de bénéficier d'un des meilleurs systèmes de santé du monde durant des décennies.
"Chacun contribue selon ces moyens et reçoit selon ses besoins" : la célèbre formule fondatrice du système

Troyes : mercredi 23 novembre2005
Salle de l'Université de Droit (Hôtel Dieu)
Construire et financer
une véritable protection sociale
Quelles sont les réponses à apporter pour une véritable politique de gauche ?Avec la participation : Pour le PCF : Catherine Mills,
économiste, dirigeante nationale du PCF, spécialiste des questions de santé et de protection sociale
Pour Attac : Bernard Teper,
chargé des questions de protection social d'ATTAC France
Pour le MRC : Ladislas Polski,
médecin généraliste responsable national santé du MRC


solidaire est toujours d'actualité. Elle s'oppose directement à la "réforme régressive" Douste Blazy, prolongée aujourd'hui par le ministre de la santé Xavier Bertrand, qui prône un système où chacun ne peut prétendre recevoir des soins qu'en fonction des moyens qu'il peut consacrer à compléter une protection qui se réduit comme peau de chagrin.
La "Sécu", c'est tout à la fois une réponse solidaire aux besoins sociaux qui échappe aux lois du marché capitaliste; un financement à partir de l'entreprise avec la cotisation salariale et la cotisation patronale; une gestion par les assurés eux-mêmes (jusqu'en 1983); le principe d'universalité.
Construire une réforme alternative
La réforme Douste Blazy est un échec. Il faut l'abroger. Et construire une autre politique qui donne la priorité à la prévention et réponde aux besoins des gens et non aux critères de l'Europe libérale.
Oui, pour la santé, il faut dépenser plus et mieux. Refonder la Sécu sur ces principes fondateurs d'universalité, de solidarité, de démocratie.
Universalité, c'est à dire une protection sociale ouverte à tous ceux qui résident sur le sol français avec un remboursement à 100% de tous les soins utiles et nécessaires.
Solidarité, c'est à dire un système qui met la santé hors de portée des marchés financiers en s'appuyant sur un service public et une protection sociale solidaire. Qui stoppe la casse de l'hôpital public ? Qui crée de nouveaux services publics, pour le maintien à domicile des personnes dépendantes par exemple. Qui installe un pôle public du médicament ? Un système financé par la cotisation avec une augmentation des cotisations patronales, une cotisation sur les revenus financiers des entreprises.
Démocratie : la "Sécu" doit être gérée par les assurés sociaux et non par le Medef

JPC

Assurance maladie
Quelle alternative à la loi Douste-Blazy ?

Dans un livre intitulé Assurance maladie : la privatisation programmée, Catherine Mills et José Caudron de la fondation Copernic analysent la stratégie et les méthodes des libéraux pour réduire la couverture publique des soins, et présente des propositions pour une vraie réforme.
Ce livre sera disponible à l’occasion du débat public du 23 novembre à l’université de l’Hôtel Dieu.

 

OMC = marché mondial ultralibéral
La preuve par l'agriculture

A l'initiative de son commissaire au Commerce, le socialiste (travailliste) anglais Peter Mandelson, l'Union européenne multiplie les concessions agricoles en direction de l'OMC dans le but de parvenir à un accord au sommet de Hong Kong en décembre.
Mandelson a d'abord proposé de réduire les droits de douane entre 20 et 50% sur les importations européennes de produits agricoles. La France a estimé qu'il outrepassait son mandat de négociateur ; Chirac a même brandi la menace d'un veto français. Résultat : le lendemain, Mandelson faisait une nouvelle proposition de baisse, plus massive encore, de l'ordre de 35 à 60% !
Pourquoi cette concession unilatérale ? Les partisans de la libéralisation prétendent qu'il faut ainsi aider le Sud à mieux vendre son agriculture et donc mieux acheter l'industrie européenne.
Pourtant, les précédents accords de libéralisation n'ont pas donné ce résultat. L'exemple de la libéralisation du marché de la banane a plutôt ruiné les planteurs de Martinique, de Guadeloupe, des ACP et l'a profité qu'aux compagnies nord-américaines qui exploitent les plantations en Amérique centrale, en réduisant les salariés à l'état d'esclaves !


Le problème, c'est qu'il faut commercer autrement. Un pays comme la France a besoin évidemment des produits en provenance du Sud, mais il faut rendre ce commerce plus équitable alors que l'OMC n'intègre pas dans ses critères commerciaux des questions aussi cruciales que la rémunération du travail des producteurs ou la protection de l'environnement. L'OMC met en fait en concurrence (" libre et non faussée ") des paysans aux niveaux de développement différents sur des sols de fertilité différente avec des coûts de production et de transport différents ! Résultats ? Plus de misère, plus de dégâts environnementaux !
Pour être durable et de meilleure qualité, l'agriculture doit s'organiser en marchés communs régionaux qui garderont le droit de se protéger contre le libéralisme intégral trop risqué pour la régularité des approvisionnements à des prix abordables. La nourriture quotidienne des humains et des animaux est un bien trop précieux pour être confié aux spéculateurs. Les cyclones, les sécheresses, les épidémies pouvant se transmettre des animaux aux humains sont là pour le rappeler. Dans agriculture, il y a culture. Les régions françaises sont particulièrement porteuses de produits à haute valeur culturelle qui ne doivent pas être détruits par un marché mondial ultralibéral. On aura toujours besoin de paysans

FORUM CITOYEN
co-organisé par le CAPAL, le PCF, MRC, ATTAC
Le 1er décembre 2005 à Romilly-sur-Seine avec Marie-George BUFFET

Jacquemard, délocalisation, emploi, politique industrielle

FORUM CITOYEN co-organisé par le CAPAL, le PCF, MRC, ATTAC
Le 1er décembre 2005 Salle François Mitterrand à Romilly-sur-Seine à 18 h 30 avec Marie-George BUFFET
secrétaire nationale du PCF
Michel HUSSON membre du conseil scientifique d’ATTAC
Patrick TRANNOY secrétaire national du MRC
Transport collectif assuré : réservation à la fédération 03 25 73 43 40.

Exposition «Art et Savoir Faire»

L.S.R. 10 (Loisirs Solidarité des Retraités de l’Aube)
organise les 25, 26 et 27 novembre 2005 sa 17ème exposition des travaux de retraités(es)
Beaucoup de retraités(es) ont des passions, des dadas. Ils ou elles réalisent des choses magnifiques, étonnantes, perpétuant le savoir faire. Ce sont de véritables artistes. Venez nombreux avec amis et famille, vous rendre compte du talent, des trésors d’ingéniosité qu’ils ou elles présenteront à la bourse du travail,
salle Jean Jaurès de 14 h à 18 h 30

Humeurs...

VIOLENCES ET GÂCHIS
Nos humeurs ne sont pas au beau fixe car on voit bien le résultat des violences. Ça brûle un peu partout, mais ce sont les flammes de la haine qui envahissent maintenant la maison. Le racisme a repris du poil de la bête (la bête étant le mot juste) et Sarkozy empoche des dividendes et des points de popularité. À tel point qu'on se demande s'il n'y a pas une orchestration de la chose. Mais la chose peut s'orchestrer toute seule, chacun accroché à son instrument et y soufflant comme un bœuf dans le sens du vent. Chirac aimerait faire un croche-pied à Sarkozy. Sarkozy voudrait passer devant Villepin. Villepin voudrait voler des voix à Le Pen. Petits jeux malhonnêtes sur fond d'agitation sociale et politicienne qui permet au pouvoir et aux grands patrons d'ajuster leurs mauvais coups. Car il n'y a pas que les banlieues qui sont orphelines de développement et de la démocratie.
Cette débauche de violence montre à quel point il existe une énergie exploitable pour le pays, un potentiel de vitalité aujourd'hui condamné à la faiblesse et à l'erreur : une puissance impuissante. Depuis longtemps une politique frileuse a stérilisé la jeunesse des banlieues.
L'ascenseur social comme on dit n'a pas fonctionné. Sinon à l'envers. On devrait dire le descen(d)seur social. Et comme un ascenseur c'est d'abord fait pour monter, comme la pâte, comme le lait sur le feu, maintenant c'est un soulèvement.


Malicette

Ecoutez-voir..

Au sujet du déficit de la Sécurité sociale ce qu’il faut savoir
Cette année, nous allons devoir donner un euro non remboursé de notre poche, nous allons être très contrôlés lors de nos arrêts maladie, nous allons devoir consulter un généraliste avant d’aller voir un spécialiste...
Toutes ces mesures pour réduire le «soi-disant» trou de la Sécu ! Mais le fameux trou de la Sécu de 11 milliards d’euros existe-t’il vraiment ? Et bien lisez ce qui suit...
Vous avez dit trou de la Sécu ?
- 7,8 milliards non reversés à la Sécu sur les taxes sur le tabac
- 3,5 milliards non reversés à la sécu sur les taxes de l’alcool
- 1,6 milliards non reversés à la Sécu des assurances auto pour les accidentés de la route
- 1,2 milliards non reversé à la Sécu de la taxe sur les industries polluantes
- 2 milliards de TVA non reversés à la Sécu
- 2,1 milliards de retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés
- 1,9 milliards de retard de paiement par les entreprises, etc.
Cest-à-dire : 20,1 milliards d’euros.
Ces chiffres sont issus du rapport des comptes de la Sécu pour 2003

Nos peines décès de Camille Joniaux

Nous apprenons avec beaucoup de peine le décès de notre fidèle camarade Camille Joniaux. En 1936 il a été délégué CGT Il est entré au PCF dès 1945. Fils d’émigré belge, il est arrivé en France dans les années 20 et a travaillé comme cheminot. En ces pénibles circonstances, la fédération de l'Aube du PCF adresse ses plus fraternelles condoléances à ses enfants ainsi qu'à toute la famille.

QUARTIERS POPULAIRES Agir ensemble - Emplois et politique de la ville Annulation massive de crédits

Quelles réponses apporter aux questions posées, dans la confusion et le chaos, par cette explosion de colère qui ébranle nombre de quartiers pauvres ?
Le gouvernement a choisi les siennes. Il évacue un contexte social explosif, des taux de chômage record, de 20 à 40%, qui transforment certains quartiers en zones d'errance, d'ennui, de désespérance et feint de ne voir dans les violences que l'œuvre de quelques chefs de bande protégeant leur business ou d'intégristes islamistes cornaquant leurs ouailles. En réactivant la loi de 1955 sur l'état d'urgence, qui avait été conçue en pleine guerre coloniale pour faciliter la répression contre les Algériens, de Villepin ne pouvait ignorer la portée dangereusement symbolique d'un tel choix, par sa résonance dans la mémoire de l'immigration. Ce n'est pas par maladresse, mais délibérément, que le Premier ministre a choisi d'utiliser une référence guerrière et un ennemi implicite : l'immigré. Sarkozy enfonce le clou en annonçant qu'il veut expulser les immigrés en situation régulière qui seraient impliqués dans les violences, et en martelant l'idée que " l'intégration à la française est un échec".
Le mal qui sévit dans les quartiers populaires n'est pas un problème d'intégration mais d'injustice sociale. Trop de jeunes sont discriminés dans la recherche d'un emploi ou d'un logement et c'est leur faire insulte de les accuser de ne pas s'intégrer. Le volet social des annonces de Villepin qui se bornent à revenir sur une partie des baisses de moyens décidés par la droite est très loin de répondre à l'exaspération des jeunes. Avec l'entrée en apprentissage dès 14 ans, ce gouvernement invente une formation au rabais pour les plus pauvres et dévalorise le travail "manuel". En avant vers le XIXe siècle !
En revanche, les événements ont pu être l'occasion dans la population d'un début de prise de conscience : les uns prenant la mesure des frustrations accumulées par les jeunes en souffrance sociale, les autres découvrant des salariés, des élus, des militants à leur écoute - ceux du PCF singulièrement - et combattant la même politique. Prise de conscience qu'on peut abolir la violence sans faire baisser la colère, faire tomber les murs et agir ensemble

Emplois et politique de la ville Annulation massive de crédits
C’est un décret discret émanant du ministère de l’Economie et des Finances. Il porte le numéro 2005-1362 et est daté du 3 novembre, semaine de pleine ébullition urbaine. Sa lecture révèle, à qui en douterait encore, la duplicité du discours de ce gouvernement.
Pendant que les voitures brûlaient, Thierry Breton et Jean-François Copé ont procédé, en catimini, à l’annulation massive de crédits à destination de la politique de la ville et de l’insertion par l’emploi. Ainsi, le dispositif d’insertion des publics en difficulté a-t-il été soulagé de près de 136 millions d’euros, tandis que l’Agence nationale pour l’emploi et les maisons de l’emploi perdaient 41 millions d’euros. Concernant la politique de la ville, l’intervention en faveur de la ville et du développement social urbain se voit amputer de 21 millions d’euros, et les subventions d’investissement en faveur de la politique de la ville et du développement social urbain de 24 millions d’euros. Avec la réduction des moyens de fonctionnement des services en charge de la politique de la ville (-1,4 million d’euros), l’annulation de crédits du budget 2005 pour la ville et la rénovation urbaine se monte donc à 46,6 millions d’euros.
Le jeu de massacre continue avec le budget du logement. Ce sont 72 millions d’euros qui partent en fumée, dont 55 millions pour la construction et l’amélioration de l’habitat et 10,3 millions pour la contribution de l’Etat au fonds de garantie de l’accession sociale (FGAS). Quant aux aides personnelles au logement (APL), les services du ministère du Logement envisageraient un nouveau mode de calcul qui permettrait de dégager une économie de 200 millions d’euros.


Culture
René PLARD (1888-1946)
Bout de Bois à la Madeleine et à Saint-André

René PLARD (1888-1946) (1)
L'historien Denis Coton vient d'écrire un ouvrage considérable sur la vie de René PLARD, premier directeur de la Dépêche de l'Aube (1920-1923), député maire de Troyes avant la guerre de 40. C'est un personnage qui méritait cette somme énorme de travail et il faut remercier l'auteur d'avoir parlé de cet étonnant pour ne pas dire curieux politicien en le baignant dans les évènements de son époque avec une maestria et un talent sans pareils.
René Plard fut un avocat éloquent de diverses causes (ouvrières, judiciaires et politiques, défendant même les collabos après guerre, mais qui l'en blâmerait ?). Il fut un polémiste efficace, un politique madré qui, après avoir été communiste pur et dur, tomba dans les travers de son époque. Il suivit un certain temps le drapeau de Doriot, défendit hardiment les accords de Munich, crachant sur ce qu'il avait admiré. Le mouvement ouvrier a longtemps gardé de lui l'image d'un renégat ayant brisé le parti communiste aubois des années 30. La droite craignait son grand talent. Son tort fut certainement, non d'avoir été unitaire avant l'heure, comme le prétend l'auteur, thèse qu'il a le droit de défendre, mais d'avoir été unitaire par calcul électoral. Lui, dont le discours était resté léniniste signait des accords avec les radicaux alors au pouvoir, ce qui n'était pas très bien vu du mouvement ouvrier en lutte. La preuve est qu'il se donna les moyens de sa politique "plardiste" en mettant la main sur l'Emancipatrice, imprimerie de la Dépêche de l'Aube et bijou de famille communiste chèrement acquis. Il tomba enfin malencontreusement dans le "pacifisme" à une époque où d'autres choisissaient la Résistance et fut du coup un "Munichois" bon teint, ce qui aux yeux de certains reste une injure. On doit lui faire cet éloge qu'il ne tomba pas dans la collaboration. Il est d'ailleurs chassé de son fauteuil de maire par les Allemands en 1940. et s'il admira le débatteur Doriot, plus tard traître à la France, il se rangea finalement sous la bannière du Front Populaire.
Tous ces défauts signalés par l'auteur de l'ouvrage et ressentis par ses contemporains (ce qui n'empêchait pas un engouement extraordinaire pour l'homme), doivent être étudiés et compris au travers de l'histoire de l'époque, celle du PCF en particulier dont la ligne politique n'est pas sans errements et sectarisme. Je pense à titre tout à fait personnel, opinion que je partage avec Jeannette Petitjean , que René Plard avait ce défaut des gens brillants dont les succès tiennent lieu de ligne politique.
Denis Coton, avec érudition et maîtrise, passe au crible toute l'histoire troyenne, politique, sociale, économique, à l'époque de Plard, héros local qui eut ses partisans exaltés et ses ennemis fanatiques.
Évidemment nous retrouvons avec cet ouvrage les évolutions du Parti Communiste puisque Plard naît à la politique avec Jaurès, Guesde et Marx, suit les soviets et Staline en bon communiste internationaliste, puis penche pour l'union des gauches vers 1930 ce qui lui vaut de sévères critiques des partisans du "classe contre classe". .Il est donc exclu du Parti en 1932 et mènera son propre mouvement "plardiste" teinté de pacifisme et


d'entente avec socialistes (Clévy ancien PCF) et radicaux (Alexandre Israël- Edouard Herriot). À la fin de sa vie, après guerre, il reprend les idées chères à sa jeunesse.
Nous aurons l'occasion de revenir sur cet ouvrage dont la documentation est si riche, le ton si mesuré, les conclusions tellement éclairantes. Il nous rappelle en outre nos grands militants ouvriers tels Philbois, Cuny, Zimberlin, Guyot, Navoizat, etc.
On comprend par le parcours chaotique de René Plard qu'aucun parti troyen n'ait proposé que ce charismatique député-maire ait une rue à son nom. Après ce bel ouvrage, la chose peut être corrigée.


Jean Lefèvre


(1) "Un Député-maire de Troyes RENÉ PLARD" par Denis Coton, éditions Dominique Guéniot, préface de J.Paul Bachy, Postface de René Vigo. 46 €
Bout de Bois à la Madeleine et à Saint-André

Pinocchio, ce personnage de Collodi est né en 1880. Il eut son heure de gloire en 1946 avec le film de Walt Disney. Oublié des dictionnaires, le voilà qui rebondit au théâtre dans deux spectacles différents, à la Madeleine avec "Bout de bois" de Jean Cagnard et au Théâtre Gérard Philipe avec "Pinocchio" par Flasch-Marionnettes, Cie alsacienne.
Le premier est destiné à une jeunesse réfléchie qui comprend un peu la psychanalyse, le second est plus théâtral et plus près de l'histoire originale.
On aimera après ça le petit garçon arsouille et menteur qui a donné son nom à "l'effet Pinocchio", réflexe qui consiste à se gratter le nez de peur sans doute qu'il ne s'allonge, quand on a fait une bêtise.
La Cie Arketal vient de Cannes et traite le sujet sous la forme d'un itinéraire : Pinocchio redevenu bout de bois originel doit redevenir marionnette puis enfant, puis homme. Pari impossible. Il doit aussi retrouver son père Jepetto perdu dans le ventre d'une baleine. Les autres enfants réussissent sauf lui. Le texte de Jean Cagnard est drôle et profond, la musique de Serge Pesce tout à fait accordée au sujet, les marionnettes imaginées par toute une équipe sont magnifiques. Ce spectacle donne cependant une impression de flou. Mais c'est du flou artistique qui plait énormément, même aux jeunes enfants intéressés par les allées et venues des personnages et la conteuse Sylvie Osman.
À Saint-André, les deux comédiens ont montré un Pinocchio sensible et espiègle, issu du peuple. Ismaïl Safwa , l'auteur parle aussi de son métier avec fantaisie ? C'est du théâtre dans le théâtre, toujours apprécié du public qui aime connaître les ficelles de la profession.
Les ficelles, ç'est le mot, car tous ces gens-là ont été formés peu ou prou au maniement et à la création des marionnettes dans le fameux institut de Charleville-Mézières. Le public de tous âges en redemande.


JL