La Dépêche de l'Aube n°633 du 9 Novembre 2001.......La Dépêche de l'Aube n°633 du 9 Novembre 2001

La dépêche de l'Aube n°633 du Jeudi 9 novembre 2001

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56 patrons écrivent à Lionel Jospin
"Laissez-nous licencier !"

Dans un manifeste rendu public, cinquante-six grands patrons demandent au premier ministre de revenir sur le volet «licenciements» du projet de loi de modernisation sociale.

La mobilisation sociale et l’engagement des communistes ont permis d’obtenir des acquis en faveur des salariés qui, décidément, embarrassent bien le patronat. Après l’épisode du Sénat où la droite s’est mobilisée contre le projet de loi de modernisation sociale, ce sont cinquante-six grands patrons qui viennent de s’adresser à Lionel Jospin pour lui demander de «revoir sa copie», signe évident que le texte adopté au Parlement les gêne «aux entournures».

Les patrons entrent en campagne...
Un bel échantillon du patronat français sur le pied de guerre. Pour résister aux risques d’affaiblissement de la croissance engendrés par la situation internationale actuelle ? Pas du tout ! Leur mobilisation, sous la forme d’un appel au Premier ministre, vise les modifications de la loi de modernisation sociale obtenues par les communistes qui mettent en cause l’absolutisme patronal sur les licenciements. Dans ce commando de spécialistes, on relève les noms de ceux qui se sont illustrés ces derniers mois : E.A. Seillière qui porte de très lourdes responsabilités dans les suppressions d’emplois d’Air Liberté, d’Air Littoral et de Valéo, Thierry Desmarest qui, de l’Erika à AZF à Toulouse, montre les risques encourus à laisser faire un groupe comme Total-Fina-Elf, Philippe Lazare d’Euro-tunnel, que ne sont pas près d’oublier les petits actionnaires. Certains cependant manquent à l’appel : Franck Riboud, sans doute trop «symbolique» après l’affaire LU, mais il n’est pas le seul. Pas de trace non plus de Thierry de la Tour d’Artaise, le Pdg de SEB qui vient de croquer Moulinex afin de

récupérer les 3/4 de l’activité en ne conservant que le tiers des effectifs.En revanche, figurent en bonne place Daniel Bouton [Société générale], Michel Pébereau [BNP-Paribas] et Jean Peyrelevade [Crédit Lyonnais], les trois leaders du pool bancaire qui ont acculé Moulinex-Brandt à une reprise partielle qui s’apparente plus à une liquidation, après en avoir extrait, soyons-en sûrs, de juteux agios et commissions. Sur le carreau de cette opération restent 3.850 salariés en France et 1.550 autres dans le monde !

... pour continuer à licencier en paix
Ces derniers mois, ils ont usé et abusé des plans de restructuration prenant prétexte de la dégradation de la conjoncture, puis des tensions internationales depuis le 11 septembre, pour amplifier la course aux dividendes. Et maintenant, ils osent affirmer que resteindre la «liberté» de licencier comme bon leur semble serait un «piège [qui] se refermerait alors sur les salariés», que cela pénaliserait les PME, les régions défavorisées, et réduirait à «très peu le dialogue social» ! Derrière un tel discours, la vérité est que les patrons veulent garder les mains libres et préserver à leur usage tout l’arsenal qui permet de flamber en Bourse et d’assurer aux actionnaires des rendements d’usuriers. Ils entrent donc en camapagne sachant qu’il pourront compter sur Jacques Chirac et ses amis. Le pire serait, pour Lionel Jospin, de ne pas avoir le courage de leur résister

Mardi 20 novembre
de 14 h 30 à 17 h
16~18, rue du Palais de Justice 10000 - TROYES Réunion - débat
pour le contrôle et une autre utilisation des fonds publics aux entreprises avec la participation de
Alain Morin économiste,
responsable du réseau national pour le contrôle des fonds publics aux entreprises.
4eme conférence de l'OMC

4ème conférence de l'OMC au Qatar

Construire un autre monde

La 4ème Conférence ministérielle de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) va se tenir au Qatar du 9 au 13 novembre.
Lors de la précédente réunion ministérielle, à Seattle en novembre 1999, les divergences entre les États présents et les importantes mobilisations citoyennes de par le monde, avaient empêché l'ouverture d'un nouveau cycle de libéralisation du commerce mondial.

L'OMC persiste et signe
Depuis l'échec de Seattle, l'OMC persiste et signe. Elle a relancé des négociations sectorielles dont l'objectif est de livrer des pans entiers de l'économie à l'appétit des multinationales :
• l'accord général sur le commerce et les services (AGCS) menace l'existence même des services publics, en particulier l'éducation et la santé;
• l'accord sur l'agriculture promeut un modèle d'agriculture productiviste et industrielle qui a pour conséquence la standardisation de l'alimentation, l'insécurité, la non-souveraineté alimentaire et la disparition des petites et moyennes exploitations au Nord comme au Sud;
• l'Accord sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce (ADPIC) transforme le processus biologique et naturel en marchandises permettant leur accaparement par les multinationales. Le sommet de Qatar vise à accélérer ces processus et à les rendre irréversibles. Il vise à étendre les domaines touchés par la libéralisation notamment à l'investissement, aux politiques de concurrence, aux marchés publics, etc.

Solidarité, coopération, commerce équitable
À cette logique, les communistes, avec d'autres, opposent une autre conception des échanges internationaux, basée sur la solidarité, la coopération, un commerce équitable. Contre le dumping social, ils choisissent un développement durable, centré sur le respect des droits des salariés et des populations dans les pays du Nord et du Sud, sauvegardant l'emploi et les droits démocratiques pour tous les peuples et assurant la protection de l'environnement. Comme ils viennent de le réaffirmer à leur 31ème congrès, les communistes proposent de "construire avec d'autres une véritable alternative au capitalisme pour une mondialisation humaine" de la société. "On peut attendre du Parti communiste, dit Robert Hue, la dénonciation de cette mondialisation capitaliste et des réponses concrètes aux hommes et aux femmes, aux forces sociales et politiques qui s'inquiètent de l'avenir et s'interrogent sur la possibilité et l'efficacité de leur intervention pour changer radicalement le cours des choses."

L'action des citoyens a été efficace
Ces dernières années, l'action des citoyens a été efficace contre l'AMI (Accord multilatéral pour

 

l'investissement), pour la préservation de l'exception culturelle. Sur cette base, à l'initiative française, les ministres européens des Sports ont obtenu que le sport ne soit pas conçu comme une marchandise. C'est aussi contre cette mondialisation capitaliste du chômage, de la précarité, de la domination du plus fort sur les peuples, que se sont rassemblé à Seattle, Genève, Millau, Prague, Paris, Porto Alègre, Gênes, des centaines de milliers de femmes et d'hommes pour une autre mondialisation, pour un autre monde.

À la mondialisation financière, les communistes opposent une autre conception des échanges,

favorable à l'emploi, au développement durable, à la sécurité alimentaire, à la modernisation des services publics. Ils proposent :
• de refuser un nouveau cycle de libéralisation et toute extension des pouvoirs et domaines de compétence de l'OMC;
• d'obtenir le retrait des secteurs comme la santé, l'éducation, l'environnement, l'alimentation de l'OMC, le maintien de l'exception culturelle, la subordination de l'OMC aux règles de l'ONU, de la Déclaration universelle des droits de l'homme et aux conventions internationales relatives aux droits économiques, sociaux et culturels et aux normes sanitaires et environnementales;
• de maintenir et développer des services publics dans les secteurs essentiels que sont l'eau, la santé, l'éducation, la culture, l'environnement, l'audiovisuel, les services de communication, les transports, le logement, l'énergie, et en conséquence l'exclusion de l'Accord général sur le commerce et les services (AGCS) de tous les services publics, notamment la santé, l'éducation et la culture ;
• de faire respecter le principe de précaution en matière d'écologie, de santé publique et d'alimentation, notamment en matière de production et distribution des OGM; d'interdire les brevets sur le vivant: plantes, animaux, micro-organismes et gènes; de proclamer comme bien commun de l'humanité l'eau, l'air et le patrimoine génétique;
• de progresser vers l'objectif d'une nouvelle organisation internationale du commerce, d'ouvrir un nouveau cycle de négociation afin d'organiser des États généraux planétaires, avec les citoyens, leurs organisations syndicales et de consommateurs, les élus, pour débattre des impacts sociaux du commerce mondial;
• de promouvoir un rôle nouveau de l'ONU pour la paix, la sécurité, la réduction des inégalités;
• de faire en sorte que la France et l'Europe augmentent l'aide publique au développement et mettent en débat l'idée d'une monnaie commune mondiale, notamment pour contrer la prédominance du dollar

Conseil Régional

lycées Gratuité de l'enseignement

Les élus communistes du Conseil Régional mènent depuis plusieurs années une bataille serrée pour obtenir une gratuité réelle de l’enseignement dans les lycées.
Ils étaient intervenus d’abord pour l’amélioration des budgets pédagogiques de chaque établissement. Il a fallu ensuite aborder et aider à la prise en charge de multiples dépenses demandées aux familles : déplacements pédagogiques de groupes ou de classes, séjours linguistiques à l’étranger, photocopies et enveloppes affranchies. Un «Pass-culture» a été mis en place pour faciliter l’accès des lycéens aux spectacles et à la lecture. Ces initiatives sont désormais soit aidées, soit prises en charge. à la demande des élus communistes [René Visse, Pierre Mathieu & Claude Lamblin], une aide aux équipements spécifiques (boîte à outil, vêtements de travail) des lycéens professionnels fut mise en place il y a deux ans. Il reste aujourd’hui à élargir cette prestation et à prendre en charge les autres fournitures, les livres scolaires en particulier.
Lors du débat sur les orientations budgétaires 2002, le groupe communiste a, de nouveau, abordé ces

questions. Le président, J.C. étienne, a accepté l’élargissement pour tous les lycées du fonds d’accompagnement pour l’acquisition des outils individuels de formation. Il faut encore gagner que ce soit pour tous les lycéens, sans prise en compte de critères sociaux, et que ce fonds soit abondé pour avoir un impact significatif. Dès lors, les établissements pourront, dans un premier temps, prendre en charge les livres scolaires, soit pour des séries nouvelles, soit pour des classes entières, avant de généraliser le processus.
La droite veut soumettre cette aide à des critères sociaux : le principe de gratuité exige une disposition de caractère général avec les moyens correspondants. Que l’état s’implique dans cette initiative, comme il le fait pour les collèges, est souhaitable, mais son refus actuel ne saurait servir de prétexte au Conseil Régional dont la responsabilité pour ce qui concerne les lycées est clairement établie. Les conseillers régionaux communistes sont déterminés à avancer sur ce terrain, en faveur des lycées, des familles, dans une région où le taux de réussite scolaire doit être amélioré. Une attitude à la fois radicale et efficace

Parlement européen

Le groupe GUE/NGL se renforce

La benjamine du Parlement européen, Ilka Schröder, élue sur la liste des Verts allemands, vient de rejoindre le groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) que préside Francis Wurtz. Agée de 23 ans, la députée européenne est membre de la Commission de l’industrie, du commerce extérieur, de la recherche et de l’énergie, ainsi que de la Délégation pour les realations avec le Conseil législatif palestinien.
Le groupe compte désormais 43 députés européens

Humeur

Blouses dorées

«Des sous, des sous !» réclament les commerçants en blouse blanche des cliniques privées. Figurez-vous que leurs infirmières se tirent toutes pour aller bosser dans le secteur public. L’hôpital public pratique des salaires «trop attractifs !!!», ils n’arrivent plus à recruter avec les clopinettes qu’ils proposent.
Six milliards pour que les patrons de cliniques privées puissent continuer à venir au boulot en Porsche, car il n’est pas question de faire des économies sur leur train de vie. S’ils ont choisi le privé, ce n’est pas pour rouler en 4L ! Elisabeth Guigou leur en donnera trois.
Quel avantage d’avoir des cliniques privées ? L’avantage du choix, bénet, répondent les blouses dorées. Le choix pour les «clients» d’être mieux soignés laissent-ils sournoisement entendre. Le «client», en décidant de se faire ôter ses varices dans le privé plutôt que dans le public fait le choix de financer les piscines des actionnaires avec l’argent de la Sécu plutôt que le salaire des infirmières.
Aujourd’hui, la tendance est de prendre modèle sur les cliniques pour gérer les hôpitaux. Cependant, on a toujours les moyens de savoir ce que fait l’hôpital de ses crédits alors qu’il est impensable, dans la plupart des cas, de savoir ce qu’une clinique privée fait de ses bénéfices. Pourquoi réclament-ils six milliards au gouvernement les patrons de cliniques ? Pourquoi pas douze ou soixante ? Qu’ils publient leurs comptes, tous leurs comptes, les deux mains sur le bureau ! On s’apercevra peut-être qu’en supprimant un trou à leur golf, ils auraient de quoi construire des cliniques en Afghanistan

Alain Keslick

 

Santé

Mobilisation pour les urgences de Troyes

Roland Leloup et Marie-Françoise Pautras
Vendredi 2 novembre, les communistes de Bar-sur-Seine étaient sur le marché pour faire signer la pétition initiée par la conseillère générale communiste M.F. Pautras.

Particulièrement sensible pour tout ce qui touche à la santé, la population auboise réserve un accueil particulièrement favorable à la pétition, lancée par Marie-Françoise Pautras, sur la situation désastreuse du service des urgences de l’hôpital de Troyes.
Ainsi, 800 signatures ont été collectées sur les marchés de Romilly et de Bar-sur-Seine qui s’ajoutent aux quelques 2.000 signatures déjà recueillies et aux nombreux témoignages adressés à la conseillère générale communiste. D’autres actions sont programmées dont une campagne de signatures sur le marché de Brienne-le-Château

L'assurance a bien surmonté le choc des attentats

Le choc du 11 septembre effacé dans l’asssurance ? En Bourse, en tout cas, la page semble tournée. Moins de deux mois après les attentats terroristes contre New-York et Washington, les grands assureurs européens ont retrouvé leurs niveaux du début septembre.
Ainsi, les deux leaders du marché, l’allemand Allianz et le français Axa, se sont octroyés des rebonds respectifs de 42% et 58% depuis leur plancher du 21 septembre dernier. Il faut préciser, par ailleurs, que dans bien des cas les primes ont connu des augmentations spectaculaires et que certains risques ne sont plus couverts .

Bar-sur-Aube

Transports La CGT s'adresse à la population

Au 1er novembre 2001, dans votre ville, la direction SNCF aidée par les activités infrastructures grandes lignes et TER ont décidé de fermer la gare de Bar s/Aube le samedi, dimanche, les matinées de 5h à 8h et les après-midi en semaine à partir de 15h45 au service de la circulation. Vous nêtes pas sans savoir que votre gare possède une passerelle. Hors le service public et une passerelle ne sont pas toujours compatibles et les missions des agents de circulation étaient : la sécurité des circulations, la sécurité des personnes sur les quais, l’aide aux handicapés et aux personnes ne pouvant emprunter la passerelle à traverser les voies. Dorénavant, ces dernières devront escalader les marches ou prendre leurs voitures car M. Payraud, directeur de région, enverra la police des chemins de fer sanctionner par des PV toutes personnes qui prendront les passages planchéiés à leurs risques et périls. En ce qui concerne la sécurité des personnes sur les quais lors de passages des trains rapides, celles-ci seront livrées à elles-mêmes,d’où un risque d’accident. En ce qui concerne la sécurités des


circulations, lors d’une panne de train entre Troyes et Chaumont - car vous le savez, messieurs les élus, notre matériel est vieillissant - le délai d’attente pour un dépannage sera de trois heures. Pour la CGT, cette situation est intolérable et inadmissible. Comment une gare comme Bar s/Aube, avec un chiffre d’affaires de 300.000 francs par mois, avec une progression annuelle de 3% et rendant un service public à cette ville, peut-elle être ainsi handicapée ? C’est pour cela que notre organisation se bat contre cette nouvelle restructuration et vous informe des principaux dangers pour la gare et les usagers.

La CGT organisera une conférence de presse
le lundi 12 novembre à 17 h 30
salle n°1 annexe salle spectacle Jord
à Bar-sur-Aube

Denis Venuat,
secrétaire CGT
- cheminots de Troyes

Culture

Nuits de Champagne

Les Nuits de Champagne sont devenues incontournables à Troyes. Presque tous les spectacles se jouent à guichets fermés malgré certains tarifs un peu au-dessus du budget culturel des familles.

Le Festival draine donc un peuple de classe moyenne qui aime rencontrer sa propre culture. La chanson;française reste la meilleure à ce qui se dit à l'étranger. Meilleure, ce qui veut dire diverse, colorée, intelligente, humoristique ou sensible. Elle a fourni de grands noms : Trenet, Ferré, Ferrat, Nougaro, Aznavour, Brassens, Lemarque, Brel et toute une kyrielle de chanteuses et chanteurs à textes savoureux et poétiquement engagés (Anne Sylvestre, Marc Ogeret, Maurice Fanon, Lavilliers, Mouloudji, Moustaki, Gréco, Perret, etc.) Il y en a pour tous les coeurs et toutes les têtes car une bonne chanson vaut par le trio musique-texte-interprète. Les «Nuits» proposent cette palette de chants et de musiques fort éclectiques et ce ne sont pas les plus grands spectacles les plus émouvants. C'est pourquoi les connaisseurs se retrouvent plus au Champagne ou à la Madeleine que dans l'immense ring d'Argence où combattent les taureaux sacrés.

•HENRI
Espace Argence le 31/10
Henri Salvador a fait une carrière pleine à craquer depuis 1933. Il a fréquenté toutes les grandes pointures de la scène, travaillé et rigolé avec elles. Django Reinhardt le Gitan, Eddie South l'Amerloche, Ray Ventura le collégien, Boris Vian, l'immortel, Quincy Jones aux arrangements multicolores. Il a touché à tout, souvent avec bonheur. Il fut un homme de scène, un roi du music-hall. Aujourd'hui, Henri Salvador aime à pétanquer et à dormir dans les hamacs. Il fait l'éloge de la paresse. Mais c'est à la manière de Paul Lafargue. Il jouait 18 heures par jour pour apprendre la guitare. Le crooner recherche la pureté, la mélodie sûre, le texte dans les clous. Cela demande beaucoup d'efforts. Son dernier disque le prouve. Mais les 83 ans du dinosaure étirent et alanguissent les mélodies. La performance du «vieux» sur les planches de l'espace Argence peut rassurer le public à douleurs et lui redonner un petit bain de jouvence et d'espoir. Chanter encore à cet âge, c'est une performance, mais ce n'estpas un argument de qualité artistique. Une critique favorable avait été distribuée aux journalistes. Ça ressemblait à une glorification post mortem. On s'attendait donc à un éblouissement. Mais à part le pré-spectacle de Bireli Lagrène, guitare et

violon en pleine folie créatrice, on n'eut droit qu'à quelques bonnes chansons et beaucoup de clichés et redites. Même le rire d'Henri semblait préfabriqué. Les belles violonistes faisaient figure de potiches, les musiciens mollissaient dans le jus mélodieux du chanteur. On entendit un pot-pourri des anciens tubes, dont Syracuse, et Salvador oublia de citer son auteur, le troyen Bernard Dimey. Quant à l'humour salvadorien, il est fait de sketches un peu lourds (la télévision américaine), ou de réflexions primesautières. J'en riais autrefois. C'était neuf. J'ai beaucoup changé, à ce qu'il semble. Henri Salvador se flagelle il est vrai, en disant qu'il a écrit des chansons alimentaires avec lesquelles il a gagné beaucoup d'argent. Il les fait chanter à la foule, histoire de voir si elle se les rappelle. C'est le cas bien sûr. Il lui murmure alors qu'elles sont toujours aussi mauvaises ce qui peut signifier que le public a toujours aussi mauvais goût. Mais non, c'est une forme de pudeur et de distanciation.

GUEULES DE PIAF
Théâtre de la Madeleine - 2 novembre
Serge Hureau dérange. Il cherche la cruauté, la misère, la douleur, le tragique, sous le charme des chansons. Il arrache aux idoles leur masque. Trenet fut un teigneux, revêche, un enfant refusant de grandir comme le Tambour de Günter Grass. Piaf, était une pauvre fille des rues, un oiseau blessé, une allumeuse de malheurs et de noirceurs. Voilà les «gueules de Piaf» dont le surnom a des accents de trottoir. Hureau c'est le contraire de Salvador, du super-show, de la chanson formatée. Hureau est hors des clous. On a envie de siffler au début. La voix n'est pas belle, les chansons ringardes. Il a choisi les plus tristes, les plus minables, toutes en mineur. L'atmosphère semble convenir au bric à brac de la mise en scène. Trois musicos de fortune, par ailleurs inventifs et faussement cloches, tirent des larmes d'un harmonica, d'un banjo, d'un fouet de pâtissier, d'un sifflet qui se suce, d'une vielle à roue, d'un piano encombré de ferraille. Hureau, c'est clair, ne revisite pas les chanteurs, il les nettoie à la grande eau de son humour et de sa férocité. à suivre.

Jean Lefevre

Les lecteurs de la Dépêche pourront suivre dans les numéros suivants les coups de coeur (choeur) de Jean Lefèvre.

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