La Dépêche de l'Aube n°704 du Jeudi 20 mars 2003 La Dépêche de l'Aube n°704 du Jeudi 20 mars 2003

La dépêche de l'Aube n°704 du Jeudi 20 mars 2003

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Thomas et Jean-Lou

Jeunesse et politique
« La guerre n’est pas dans les valeurs de la jeunesse »

Mael
Les 15 février et 15 mars dernier, des millions de gens de part le monde se sont mobilisés pour exprimer leur refus de la guerre en Irak.
A Troyes, au cours de ces deux initiatives, plus de 4000 personnes ont défilé dans les rues, parmi eux de nombreux jeunes, dont Thomas, Jean-lou et Maël.
La Dépêche de l'Aube les a interrogés pour mieux connaître les raisons de leur engagement dans ce mouvement contre la guerre en Irak.
Jean-lou et Thomas ont 19 et 21 ans, ils sont étudiants à l'ESAA, l'école d'Art appliqués. Pour eux "la guerre est un gros leurre,.Bush veut faire la guerre pour s'accaparer les réserves de pétrole de l'Irak. Pendant ce temps on éclipse les autres problèmes, les autres injustices qu'il y a dans le monde, la Tchéthénie, les scandales économiques type Enron, les licenciements etc Pour le gouvernement français, c'est pareil, quand à L'ONU elle se cantonne à instituer un droit à faire la guerre".
Maël a 20 ans il est étudiant à UTT en informatique et met l'accent sur les mensonges de Bush pour arriver à ses fins, notamment la propagande des médias pour faire changer d'avis le peuple américain. "cette guerre me fait penser à un règlement de famille, il est clair que Bush à entretenu des relations fortes avec Ben Laden et Sadam Hussein".
Sur le sujet, Thomas est tout aussi percutant, il pense que ce n'est pas à Bush de dire comment les Irakiens doivent vivre. "Car si Saddam est un dictateur, lui aussi a été élu bizarrement"
Ce n'est pas un scoop, Bush n'a pas la côte avec la jeunesse. Dans les manifs, les slogans a son encontre sont acides. Car, lorsque l'on prend le risque d'entraîner le monde dans une spirale infernale, on ne mérite pas le respect.
Jean-lou pense que l'on entre dans un processus de guerre mondiale. et la guerre n'arrange jamais rien, elle engendre encore plus de misère, de haine et d'inégalités. Face à cela, il est heureux que le monde bouge, que la jeunesse prenne conscience que la situation est grave. De toute façon la guerre dit-il n'est pas dans les valeurs de la jeunesse.
Quels regards ont-ils sur ce mouvement anti
guerre ?

Maël pense que de voir des millions de gens dans les rues pour soutenir une même cause, cela donne de l'unité donc de l'espoir. Il y voit un mouvement anti impérialiste et cite Jean Jaurès "le capitalisme porte en

lui la guerre comme la nuée porte l'orage"
Thomas pense certes que ce mouvement est sympathique mais que l'on est encore loin d'une unité qui pourrait changer le monde, il pense en outre que pour bien traiter un problème il faut en être proche…
Et sur la politique et le parti communiste en particulier ?
Maël qui milite depuis quelques semaines déjà au coté des communistes troyens sans pour autant être décidé à adhérer, pense que les jeunes manquent de repères politiques. Ils attendent quelques chose de novateur. "un programme porteur d'espoir, d'avenir, d'humanime". Que la jeunesse est plutôt sensible à l'environnement, à la mondialisation, à l'Europe. Quand au PCF, les jeunes en ont une totale méconnaissance. Il le juge donc qu'à travers des clichés qui le dévalorise, comme l'URSS.
Maël s'intérese beaucoup à la politique et ne fait pas ce parallèle. Pour lui le PCF est porteur de valeurs humanisme universelles. Il conçoit que les efforts du PC pour se démarquer du régime des pays de l'est ne sont pas totalement payants. "Peut- être faudrait-il une action symbolique, comme rendre hommage aux victimes des goulags ou de nombreux communistes y ont été enfermés."
L'analyse de Jean-lou et de Thomas est quasi identique. On se fait des images galvaudées du PCF parce que l'on manque d'information. On ne connaît pas la réalité du PC, nous avons besoin de comprendre. Il y a trop de distance entre le fonctionnment des partis et les gens.
Leur vote du 21 avril ? Aucun n'a voté communiste. Maël, après de longue hésitation, a fait un autre choix, quant à Thomas et Jean-lou, après avoir raté le 1er tour, ils ont voté pour le "guignol" au deuxième tour, histoire de biffer, Le Pen..
Il est évident que les communistes partagent beaucoup de chose, voire l'essentielles avec cette jeunesse qui, à l'image de Maël, Jean-lou et Thomas, remplit les manifestations anti-guerre et anti-globalisation. Nous marchons l'un à coté de l'autre mais pas encore ensemble. Pourtant cette rencontre doit se faire si l'on veut que l'espoir d'un autre monde prenne corps. Là se situe sans aucun doute le véritable enjeu politique qui nous attend.


Jean-Pierre Cornevin

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Le gouvernement fait les poches des personnes âgées et remplit celle des grandes fortunes.

Les personnes âgées sont particulièrement visées par la politique de Chirac et Raffarin, son premier ministre.
La réforme de l’APA qui bénéficie aux personnes handicapées de plus de 60 ans représente pour le gouvernement une économie en année pleine de 400 millions d’euros, qui seront supportés par les personnes âgées. A cela, ajoutons qu’il envisage de supprimer les crédits attribués à la caisse d’assurance maladie pour améliorer les conditions d’accueil dans les maisons de retraite. Avec cette décision en préparation, les anciens vont continuer, soit à être mal accueillis, soit à devoir payer davantage. Ainsi le gouvernement est bien en train de faire les poches des personnes âgées. Mais dans le même temps, il rempli celles des grandes fortunes en leur accordant un cadeau de 500 millions d’euros avec la réforme de l’ISF (impôt de solidarité sur les fortunes).
Le gouvernement marque aussi son mépris pour des hommes et des femmes en situation de dépendance qui perçoivent souvent de petites retraites. Il envisage également de récupérer une partie des sommes versées en permettant le recours à la succession. Les communistes y sont opposés car cela conduira toujours les personnes dépendantes à hésiter entre leur bien être et leur volonté de transmettre un petit patrimoine à leurs enfants. Le rejet du recours à la succession à pour seule motivation le bien être des familles et des personnes âgées en situation de dépendance et de désocialisation.

Notons au passage qu’à la dernière session du Conseil général, Marc Bret, élu socialiste a rejoint le Président Adnot qui est favorable à ce recours à la succession. Cela traduisant tant du côté du PS que de la droite, le refus de trouver d’autres financements pour cette mesure qui répond pourtant à un réel besoin. Cet autre financement, les députés communistes l’avaient en son temps proposé à l’Assemblée Nationale, mais Jospin a refusé de les entendre. Ce qui conduit les Conseils généraux à augmenter fortement leurs impôts pour faire face à une dépense que l’état lui avait transféré. Pour les communistes, l’APA doit devenir une prestation universelle et un droit social, reconnu au même titre que la santé. C’est pourquoi, elle doit être prise en compte dans le cadre du budget de la sécurité sociale.
Où trouver l’argent ?
Sûrement pas sur le dos des personnes âgées et de leur famille, mais en taxant les revenus financiers des entreprises comme le propose le PCF. Pourquoi, en effet, ne devraient-ils pas cotiser au même niveau (14,6%) que les revenus des salariés ? Taxer les revenus financiers et pas les anciens. Ajoutons que le rétablissement des deux tranches supérieures du barème de l’impôt sur le revenu, qui viennent d’être supprimées par la droite, permettrait de dégager un milliard deux d’euros nécessaire pour financer cette mesure.


Joë Triché.

Les communistes Aubois en congrès

Ce week-end, les communistes de Troyes, Romilly, Bar-sur-Seine et Brienne-le-Château tiendront leur assemblée générale dans le cadre de la préparation du Congrès national du PCF qui se déroulera du 3 au 6 avril.
Ils se retrouveront tous ensemble avec ceux de Bar-sur-Aube le samedi 29 avril pour le congrès départemental. Des moments privilégiés, pour débattre, à partir des opinions de chacun(e) et des expériences diverses. Ce sera aussi le moment des décisions pour définir les orientations politiques pour les trois prochaines années.
Après le séisme électoral du 21 avril 2002 où le parti communiste a subi le plus mauvais résultat de son histoire, les interrogations sont nombreuses, la colère et le mécontentement s’y expriment parfois avec vigueur, mais à chaque fois avec la volonté d’y apporter des réponses pour rebondir face à ce capitalisme porteur d’exploitation, de misère et de guerres. Car pour les communistes, et ils sont tous d’accord, le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire. Aujourd’hui, celui-ci fait la démonstration de son incapacité à régler les problèmes de notre temps.
Une autre société est donc à construire où la coopération, le partage et la mise en commun des richesses, des savoirs et des avancées scientifiques et technologies seront au service de l’épanouissement des individus.
Une société où la démocratie et la conquête de droits et de pouvoirs nouveaux pour les peuples seront la garantie que ce processus de construction ne leur échappera pas. C’est ce communisme-là que les adhérents du PCF veulent et qui est au coeur de leurs débats du 32ème congrès.
La mutation, le contenu de propositions alternatives au capitalisme, le rôle du PCF et l’union des forces progressistes animent les discussions. Ces interrogations ont été débattues également par les communistes de Bar-sur-Aube, qui ont tenu leur assemblée générale vendredi 14 février. Cinq heures de discussions où tous les participants(es) se sont exprimés avec le souci d’apporter leur contribution à la construction de réponses aux questions posées. Au terme de cette assemblée générale, ils ont décidé de se doter d’un collège exécutif composé de onze camarades, qui sera animé par Claude Petiot. Ce week-end, les communistes des autres sections prendront le relais et samedi 29 mars, ils se rerouveront tous en assemblée plénière départementale.


Joë Triché

Samedi 29 mars Congrès départemental
Salle de l’ADPS 18 avenue des Lombards
8h30 - Accueil des délégués
9h00 - Début des travaux
A l’ordre du jour, débat et vote des orientations du PCF, élection de la direction départementale et de la délégation auboise au congrès national

Humeurs

Humeurs Guerre et Paix ....
Troyes ne désemplit pas de bonnes activités artistiques ou patriotiques et qui vont l'amble. Troyes est à cheval sur la ligne de la paix. Troyes n’aime pas les cow-boys et les Rambos. Troyes prononce son veto. Et quelle que soit l’issue, les marcheurs, colombe au point, auront affirmé qu’ils sont citoyens et que les affaires du monde, ils s’en occupent. Pendant ces temps aventureux le monde vaque à ses affaires, la Bourse yoyote. L’emploi est décapité sur l’autel du profit. Il est migrateur, l’emploi, il va dans les pays chauds.
À Troyes encore, les spectacles battent «son plein» et ce sont des concerts quasiment belliqueux : J.M. Mandelli (1) percute rudement avec l’Orchestre d’harmonie : concert fracassant presque guerrier. Il fait couler le Titanic (concertino de J. Curnow) ; ils reprennent West Side Story de Bergmann pour mettre le grabuge chez les Capulet et les Montaigus modernes. Tout cela exprime une sacrée santé et une voracité pleine de dents de l’Orchestre d’Harmonie de Gilles Millière.
Notons encore le Festival de guitare de Saint-André ouvert samedi par un Didier Sustrac avouant son pacifisme et chantant doux pour apaiser peut-être l’horreur qui se profile. Un pianiste extraordinairement inventif et volubile l’accompagne. D’autres concerts sont annoncés toute la semaine au Théâtre Gérard Philipe.
Le gala du Coeur à l’Espace Argence a regroupé 500 danseurs autour de Benoît Roche dont on connaît l’obstination dans la beauté. Les restos du coe¦ur servent 3200 repas par jour. Il faudrait 10 M d’euros l’an pour éradiquer la pauvreté qui s’est mise à galoper chez nous. 10 M d’euros c’est l’aile d’un seul missile !
Une association «Les allumeurs de rêves» vient de naître à Troyes. Ah ! comme on en a besoin !

(1) ( Prof de percu au Conservatoire


Jean Lefèvre

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Culture
Ex’act

Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-André, la Cie Larsen et le Manège de Reims ont offert au public un spectacle étonnant de vigueur, de créativité, de séduction, de grâce, d’imagination, de fécondité et de modernisme.
On n’explique pas plus la danse que la musique. Il n’y a pas de programme derrière, pas de description ni d’imitation comme le croient les naïfs et les raisonneurs. C’est déjà retors de danser son corps, de le faire balader et musarder d’un bout du plancher à l’autre, de le plier à votre tête, de lui ordonner la messe du geste. Après faut le virer du muscle l’acide lactique, parce qu’il en fabrique le pauvre strié triceps et les aponévroses avec les mollets, ouille, même le spectateur, il a mal au mollet des cuisses. D’ailleurs ils sortent émoustillés, se jetant dans les bras l’un de l’autre, se trémoussant comme des cabris, dansant et totalement gais sous leurs déguisements fantasques
Il y a la musique et la lumière encore, des fantaisies à n’en plus finir, des mondes de bruits vaincus et d’éclairs asservis. Le son est prodigué à pleines poignées par Marc Piera et l’on s’étonne que cette partition distendue colle à la danse ex’actement. Le truc c’est que c’est l’auditeur qui le croit. Nicolas Simonin se contente de la lumière. Comme le soleil pour donner

la vie. Il y a une séquence dans laquelle la danseuse devient une foule et par la magie des glaces et des images, graduellement, comme une ouverture de Rossini elle explose dans un tonnerre de lumière.
Stéphanie Aubin sait épater son monde. Ça nous rabiboche avec le modernisme souvent prétexte à mystifications et que l’institution flatte. Ce modernisme-là est tout d’imagination avec cahier des charges. C’est du free-jazz qui cavale sans faire n’importe quoi. Il y a un canevas, une grille quoi, une autre façon de danser, de se déplacer, de se recevoir au sol, du travail, du travail et toujours la volonté de s’envoler, de crever le plafond de toile, d’aller rouler dans les étoiles.
J’ai bien aimé la fille du début toujours à se dévisser et à ramer jusqu’à la Californie. Et le marcheur élégant comme une idéologie contrariée par le réel habillé en quidam emmerdeur.
J ’ai bien aimé tout, car dans les séances longuettes, mon intuition me faisait fermer les yeux, toujours rouverts pour les féeries. Je vous aime bien Madame Aubin et merci au Théâtre de la Madeleine qui a su choisir ce spectacle fortifiant

Jean Lefèvre

Réflexions d’un gardien de la paix.

T ous les peuples aspirent à la paix et celui d’Irak, opprimé par un dictateur et affamé par les Etat-Unis réclame la paix plus que tout autre.
Mais déclarer la paix est un acte d’un grand courage que Bush n’a pas. Déclarer la guerre c’est un peu comme être partisan de la peine de mort. On fait semblant d’être vertueux, sourcilleux, humain même, on met en avant le pauvre sort des victimes, alors qu’on s’arroge le droit d’être bourreau. Pour la guerre, tous les prétextes sont bons, une frontière frôlée, une dépêche falsifiée, un prince assassiné. Quoique autrefois, c’était presque une question d’honneur. Aujourd’hui, on ne s’en cache plus, on veut régner sur les matières premières, on veut dominer la planète. La dernière exigence de Bush aux Irakiens c’est : »Ne détruisez pas les puits de pétrole !» Comme dans la chanson de Renaud : «Aboule tes santiags». Et comme toujours, l’agresseur se déguise en pasteur. Il agit pour le bien des troupeaux. (Bush ajoute : «le pétrole, c’est le bien du peuple irakien».) Car les peuples sont considérés, non comme une partie de l’humanité mais comme des troupeaux.
Toutes ces considérations ont amené plus de mille personnes à défiler dans l’unité à Troyes samedi après-midi. Accord commun, banderole commune contre la guerre avec ennemi désigné : Bush et l’impérialisme américain. Les gardiens ne veulent pas que le siècle commence dans la barbarie, la tyrannie, l’obscurantisme. «Ils ne veulent pas de cette guerre cynique, illégale, injuste, archaïque, pétrolière...»
La position de la France est appréciée de tous même si des considérations européennes et économiques ne sont pas étrangères au pacifisme des grands états européen ainsi qu’à la réticence de la Turquie à laisser passer les troupes américaines. On aimerait que la même fermeté

française soit utilisée pour empêcher le massacre des licenciements en rafales.
La guerre, après avoir tué, laisse les invalides, les douleurs et la honte quand les voleurs arrivent pour rafler la mise.
La guerre qui sera sans doute engagée quand paraîtra la Dépêche n’est même pas une conversation à armes égales, car il faudrait deux locuteurs égaux. Bush a constitué une bande de frappes internationales, la bande des trois (avec roquet anglais et la puce espagnole) qui veut régner sur les petits états turbulents. Cette action menée en plus petit par un Rambo texan contre une caisse de station service conduirait Bush à la chaise électrique.
Quel que soit le résultat, les marcheurs ou gardiens de la paix n’auront pas agi en vain. Ils auront montré une volonté d’être citoyennes et citoyens, les femmes étant fort nombreuses et actives dans les manifs. Ils vont peser aussi sur le développement des relations internationales, redonner du lustre à l’ONU qui n’est pas ce «machin» aussi obsolète que certains veulent bien le dire. On s’aperçoit d’ailleurs que la position de certains groupes gauchisants anti-ONU s’apparente à celle de Bush qui méprise cet organisme.
Même s’ils redoutent la guerre pour les victimes directes et indirectes, les troubles à venir, les déséquilibres économiques, politiques et sociaux qu’elle produira, les gardiens et gardiennes de la paix sont la lumière future d¹un monde plus juste et plus fraternel.
Pendant qu’un déluge de fer et de feu va s’abattre (ou s’abat) sur le Moyen-Orient, les vergers en France s’ingénient à encore à fleurir.

Jean Lefèvre

Cette guerre est illégale, injuste, archaïque, affairiste, impérialiste..

L’opération armée contre l’Irak est tout cela. Et George W. Bush n’a pas pu convaincre le monde qu’elle était autre chose. Il a joué la comédie cynique de la diplomatie, alors que l’invasion était décidée de longue date, et il a attribué cette décision suprême au traumatisme du 11 septembre et de la terreur dans Manhattan. C’était faux. La preuve ? La preuve, ce texte, appelé «Iraq Liberation Act», et adopté par le Congrès - le Parlement américain - le 28 septembre 1998 - vous lisez bien 1998 - qui déclare explicitement : «la politique des Etats-Unis doit avoir pour but la chute du régime dirigé par Saddam Hussein». C’est une.

stratégie : elle avait été élaborée par les grands décideurs des Etats-Unis.

Pourtant, pour la première fois, une opinion publique planétaire est née et a bousculé les lignes. Pourtant, dans l’enceinte de l’ONU, la force de la politique a tenu en respect la politique de la force. Pourtant Paris, Berlin, Moscou, Pékin et tant d’autres capitales ont dit non... Les pluies de missiles ne suffisent plus à faire main basse sur le monde.

Le médecin malgré lui

Cette vieille bouffonerie a été réécrite par Molière en 1666, a une époque où son Misanthrope n’avait emballé personne, même pas Louis XIV.
Cette vieille bouffonnerie a été réécrite par Molière en 1666, à une époque où son Misanthrope n’avait emballé personne, même pas Louis XIV. Rude satire cependant mais que faire ? Un petit coup de farce et ça repart. Faire rire le roi aux dépens des médecins, voilà de quoi grimper au poulailler du succès. On l’avait menacé du bûcher pour son Tartuffe, Dom Juan avait été «étouffé» par la cabale. On l’accusait d’inceste : n’était-il pas marié avec Armande, une coquette qui a 20 ans de moins que lui et qui serait dit-on la fille de sa première femme ?
Molière va donc bâtir ce qu’il sait si bien faire, une pièce comique dans laquelle les personnages se jouent une comédie : le théâtre dans le théâtre ; un début de poupée gigogne en quelque sorte. Il part de l’actualité comme dans les comédies de murs. Celle-ci est dirigée contre les manitous de la médecine, plus forts en péroraison qu’en guérison. Mais voilà Molière accusé par ses concurrents de flatter le mauvais goût du public. Molière grossier, impie, obscène ! Comme un Coluche du XVIIe siècle.
Dans la version de Jean-Denis Monory, donnée mardi soir à la Madeleine on voit bien comment Molière savait jouer «gros», sans se soucier de la vraisemblance. Ces grands coups de gueule, ces gestes apprêtés, ces mimiques clownesques, cette diction chantante, les comédiens de «la Fabrique à Théâtre» les ont étudiés, déglutis, digérés, recrachés à la face d’un public

complètement sous le charme. On y entendait les échos des accents provinciaux disparus : le bourguignon, le toulousain., le champenois sûrement, mais je n’y étais pas à l’époque pour comparaison. La diction est baroque, ce qui est une forme de Renaissance pour nos oreilles ! (1). Le comédien prononce toutes les lettres (e, s ou t finaux), ce qui ne manque pas de soulever le rire mais aussi l’attention car on a affaire à une musique dialectale. La farce de Molière devient une leçon d’histoire, à cru sur la société du Grand siècle. On épouse le souci de l’auteur de dénoncer les «faux-monnayeurs» de la vie sociale. D’ailleurs n’est-il pas dans la salle à diriger les acteurs, ou dans la coulisse, calé dans son fauteuil.
Nous vivons une époque où la mise en scène doit être originale, presque à oublier l’auteur. Ici, l’originalité sert le texte puisqu’elle est un lien historique, un fil d’Ariane qui conduit à plus d’intelligence. Et d’épouser ainsi la façon de Molière est pour nous la vraie distanciation. La musique d’époque, avec musiciens importés, les bougies qui vacillent, tout conduit à un dépaysement profitable.
Bravo encore une fois pour ce choix insolite, qui montre toute la richesse inventive du théâtre et prouve que la nouvelle. Scène nationale troyenne sait être éclectique dans la qualité et le discernement..

Jean Lefèvre

(1) La baroque est né en réaction contre l’art de la Renaissance