La dépêche de l'Aube n°602 du Jeudi 5 avril 2001

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Danone

Le Boycott

Le groupe Danone veut supprimer 1780 emplois en Europe, dont 570 en France chez LU. Les usines de Calais et de Ris-Orangis seraient fermées…Et, au même moment, le Britannique Marks & Spenser ferme ses magasins (4400 emplois dont la moitié en France). C'est intolérable pour les salariés, méprisés, jetés comme des kleenex! La seule perspective serait-elle, pour eux, d'être à la rue demain? Les "LU" ont aussitôt arrêté le travail. Il faut les aider. Le Boycott des produits Danone, dont voici une liste ci-contre, est décidé avec eux. Une grande manifestation nationale est organisée à Calais, le 21 avril. Ces licenciements sont intolérables pour les élus, tel le maire de Calais Jacky Hénin, qui ont aussi été traités comme quantité négligeable. Les salariés comme les élus ont été tenus en dehors de toute information sur la casse décidée de l'emploi, puisque, selon Danone, le premier ministe était au courant depuis belle lurette! Le gouvernement ne peut rester les bras croisés. Deux semaines après l'avertissement électoral des municipales, le courage, en la matière, c'est de dire non aux licencieurs et de donner aux salariés les moyens de réagir. La méthode employée par Danone est scandaleuse, mais au fond, est-il tolérable que ce soient les salariés qui trinquent? Le PDG de Danone, Frank
Riboud, qui dit développer le social dans l'entreprise, met en œuvre le capitalisme le plus trivial: en 2000, ventes +7%, profits +13% (4 milliards de francs); bénéfices par action +17%. Le drame du chômage remonte à la surface. Ces centaines de vies brisées - chacune et chacun a pu les voir à la télé - ce sont de nouvelles déchirures sociales et politiques en perspective. Les communistes ne l'acceptent pas. Comme beaucoup de gens aujourd'hui, ils veulent une vraie politique de gauche dans ce pays. Accepter une nouvelle fois la logique financière libérale, c'est encourager un engrenage destructeur. Danone taille dans l'emploi. Il ne faut pas le laisser faire! La Bourse, la rentabilité des capitaux exigée par les marchés financiers ne peuvent tout commander. On peut faire autrement, par exemple:
décider d'un moratoire sur les licenciements permettant d'examiner avec les salariés, leurs représentants syndicaux, les élus, d'autres solutions;
faire contribuer les revenus financiers des entreprises, banques et assurances aux politiques de l'emploi;
mettre en œuvre la "loi Hue" sur le contrôle de l'argent public attribué aux entreprises et dont Danone a largement profité; l accorder aux salariés, aux citoyens des moyens d'agir sur les gestions des entreprises .

Boycottons Danone

Biscuits LU, Pépito, Petit écolier, les Secrets de Pauline, Belin, Napolitain, Pim's, Captain choc, Chipster, Prince, Ourson, Ressources blé et Ressources fruits. Eaux Volvic, Evian, Badoit, Salvetat, Arvie, Danone activ. Produits frais Taillefine, Fjord, Danone et fruits, Gervita, Charles Gervais, Yoghourt nature, Crème de Yaourt, Danone kid, Jockey, Danette, Actimel, Velouté, Bio, Gervais aux fruits, Petits suisses aux fruits, Danone Snac.

Urgence

Ces quinze dernières années, près de dix millions de salariés ont été frappés par les plans sociaux. Le motif invoqué de ce massacre est dans la quasi totalité des cas «la sauvegarde de la compétitivité» Ainsi donc, l’on voudrait nous faire croire que ces millions de femmes et d’hommes, pour qui la perte de leur emploi a été synonyme de vie brisée, de famille déchirée, de dignité perdue, ont été en fait sacrifiés pour sauver leur entreprise de la fermeture. La vérité est que tous ces gâchis humains ont permis aux pdg et aux actionnaires des entreprises qui licencient d’augmenter considérablement leurs bénéfices et leurs plus-values boursières. Avec la bénédiction des gouvernements successifs, des fortunes colossales se sont ainsi faites sur le malheur des gens. Cela est de notoriété publique. Aujourd’hui, les plans de licenciements annoncés chez Danone et chez Marks & Spencer, tout comme Michelin, il y a quelques mois, n’échappent pas à la règle. Voilà 4.000 nouvelles suppressions d’emplois, complètement ijustifiées, qui risquent de se faire en toute impunité si la réaction politique et citoyenne n’est pas à la hauteur. A droite, personne ne bronche ; normal, ce sont les représentants du patronat: les licenciements, ce sont leur fonds de commerce. Au gouvernement, il y a ceux qui, comme les socialistes et les Verts, s’offusquent que «la logique du profit se fasse au détriment de l’emploi», mais sans pour autant vouloir remettre en cause le système qui est à la base de cette logique qui pousse aux licenciements. Et puis, il y a les communistes qui, convaincus que la politique peut résister au cynisme des marchés financiers et assurer le plein emploi se font force de propositions alternatives, concrètes, justes et efficaces. L’idée est que l’économie peut être basée, non pas sur la croissance financière mais sur la satisfaction des besoins humains. Dans la perspective de leur Congrès, les communistes vont travailler à un nouveau projet de société qui constituera une véritable alternative à ce système capitaliste où l’homme, et son environnement sont considérés comme marchandises. Il y a urgence.

Jean-Pierre Cornevin

La pauvreté ne régresse pas

L'INSEE vient de rendre publique son étude annuelle sur "les revenus et patrimoines des ménages". Il en ressort notamment que "de janvier 1996 à mai 2000, le taux de pauvreté s'est stabilisé"; autrement dit, depuis trois ans, la proportion des plus pauvres est restée égale en dépit de la "reprise" de l'économie. Cette situation affecterait 7,3% des ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté, défini comme la moitié du niveau de vie médian des Français (3500 francs par mois pour une personne seule, 5250 francs pour un couple, plus 1050 francs par enfant de moins de quatorze ans). Au total, ce sont donc un peu plus de 1,6 millions de ménages, soit 4,2 millions d'individus. "Il y a deux facteurs essentiels de pauvreté: l'inactivité et les charges de famille", ajoute le rapport. Les jeunes sont particulièrement touchés: c'est entre quinze et vingt-cinq ans que le taux de pauvreté est maximal. L'absence de diplôme est un facteur manifeste de pauvreté alors que le fait d'en avoir obtenu un facilite, au contraire, l'entrée sur le marché du travail et réduit les risques
de chômage ou d'emploi faiblement rémunéré." Les personnes qui possèdent au moins un diplôme équivalant au baccalauréat plus deux ans sont presque assurées d'échapper à la pauvreté, ce qui n'est pas le cas de celles qui possèdent tout au plus le baccalauréat", note l'INSEE. Les salariés peu qualifiés sont de plus en plus nombreux à vivre en dessous du seuil de pauvreté. Depuis 1970, "la situation des ménages de salariés n'a pas connu d'amélioration notable", écrit encore l'Institut. Les étrangers, cumulant tous les handicaps, sont également très frappés par ce fléau. Cette absence de mesures tangibles en direction de ces catégories sociales, qui sont par ailleurs citoyens et électeurs, a créé de profondes frustrations. C'est à n'en pas douter une des causes de la démobilisation à gauche et singulièrement dans les milieux populaires
.

Des chiffres et des faits Profits records en 2000 pour les entreprises du Cac 40

La progression moyenne des bénéfices des entreprises composant le Cac 40 serait supérieure de plus d'un tiers à ceux de 1999, tandis que les chiffres d'affaires affichent 20% de hausse. Pas moins de cinq entreprises du Cac ont doublé leurs profits l'an dernier. Une entreprises sort clairement du lot: TotalFinaElf qui a enregistré l'an dernier le plus important profit jamais réalisé par une entreprises française. Le résultat atteint 49,8 milliards, soit plus d'un milliard par semaine ouvrable! L'Oréal, qui en temps normal "lisse" la progression de ses résultats autour de 15%, affiche un bond spectaculaire de 24,2.
Même les constructeurs automobiles affichent d'excellents résultats malgré le net ralentissement des ventes en fin d'année. Où va l'argent ? La situation des salariés a été moins favorable. Alors que les bénéfices ont explosé, le salaire mensuel de base n'a progressé que de 1,9% sur un an, soit à peine plus que l'inflation (1,6%). Les entreprises, et notamment les plus importantes d'entre elles, sont plus nombreuses à lancer des plans d'épargne salariale, en raison d'une fiscalité outrageusement avantageuse. Les dividendes, quant à eux, sont en hausse.
Résultats des valeurs «vedettes» en 2000
Accor + 27% Michelin + 35%
AGF + 26,7%Peugeot + 30%
Air Liquide + 15,8%Pinault-Print. + 22%
Alcatel + 106% Publicis + 71%
Aventis + 51% Renault + 102%
Axa + 93,2%St Gobain + 23,6%
Bnp-Paribas + 57,7%Sanofi + 54%
Cap Gemini + 25,5% Schneider + 29,9%
Carrefour + 18,6% Société Générale + 36,3%
Casino + 20% Suez-Lyon. + 32%
Crédit Lyonnais + 74% TF 1 + 57,8%
Danone + 13% Thomson + 70,5%
Dexia + 36,1%TotalFinaElf + 97%
L’Oréal + 24,2%Vivendi + 60%
Lafarge + 18,2%STMicroélect. + 162%

Abonnements de souscription à la Dépêche de l’Aube

27.000 francs d’abonnements de souscription à la Dépêche de l’Aube et cent-vingt réponses à la campagne d’abonnements que nous avons lancée depuis le début de cette année. Ce bilan d’étape est encourageant, tout comme le sont les petits mots parfois joints à vos réglements. Bien évidemment, nous remercions toutes celles et ceux qui ont manifesté leur attachement à l’hebdomadaire de notre fédération, pour battre en brêche la «pensée unique» en matière journalistique dans notre département et oeuvrer de manière concrête à la promotion des idées progressistes de gauche, dont notre journal s’attache à être le reflet. Est-il utile de rappeler l’importance de l’abonnement et de la souscription de soutien, comme part importante de nos recettes ? S’abonner et abonner autour de soi des amis, des collègues, c’est effectuer le geste financier de contribuer à l’avenir de La Dépêche

Humeur

Les ouvriérophages

«Beurrés comme des p’tits Lu» ; quatre milliards de francs de bénefs, ça s’arrose ! Méga teuf chez Riboud. «Peut mieux faire» admoneste le Dr Sylvestre. Chiche, répondent les Pépito ; dakodak, applaudissent le Petit Ecolier, le Captain Choc, le Prince, l’Ourson et le Jockey ; la vita e’ bella, fredonne le Napolitain. Les actionnaires se sucrent (+8,6% de dividendes), les ouvriers trinquent. A Calais et à Evry, à Dordrecht et à Beveren, à Locate et à Györ, ils vont devoir se serrer la ceinture: taillefine gratis pour tout le monde ! Avant les patrons disaient désolé Marcel, j’ai plus un kopeck, je ferme la turne. Aujourd’hui, ils disent: «y’a bon bénef, moi y’en a vouloir plus: casses-toi Marcel». Ils sont devenus ouvriérophages. Ils font mariner le «prolétaire désuni» dans son jus de sueur avec bouquet garni de cadence infernale et de précarité, ils le malaxent à l’huile de «déloc», le roulent dans la farine de charges sociales trop lourdes (mon pov’ vieux, comment voulez-vous qu’on y arrive), avant de le jeter comme un Yop’ vide dans la poubelle de «l’expansion» économique. Rentable, aujourd’hui, ça veut plus dire pour un patron s’assurer un petit profit, même mal acquis, pour payer le jardinier et la «bonne», donner au denier du culte et casquer le psy de madame qui s’ennuie teeeeellement. Rentable, aujourd’hui, ça veut dire faire du pognon pour faire du pognon pour faire du pognon, point. Une affaire «rentable» est aussi dite «juteuse». On presse l’ouvrier puis on le jette, non pas pour engraisser l’octogénaire retraité de Ploucville, Arizona, comme voudraient nous le faire croire messieurs Mark et Spencer, mais pour alimenter la pompe à fric. Au passage, il y a bien des petits futés qui «écrèment», mais tout ce passe dans le velouté, sauf pour les salariés auxquels on a fait le coup du parapluie bulgare.

Alain Keslick

Une déclaration du PCF de Romilly

Rave-party à la base

La section de Romilly du Parti communiste partage l'exaspération et la très grande colère des habitants du quartier de la "Belle Idée" suite à la rave-party qui s'est tenue le week-end dernier, laissant un spectacle lamentable. Elle tient, à cette occasion, à rappeler son attachement aux droits à la sécurité et à la tranquillité pour tous. Dans ce secteur, ces droits ne seront pas garantis tant que les autorités n'auront pas pris des mesures permettant d'isoler le site de l'ancienne base aérienne. En effet, les riverains craignent, à juste raison, l'organisation de nouvelles rave-parties. A aucun moment, il ne faut les laisser dans cette hantise permanente. Mais au-delà de ces questions très concrètes et immédiates, auxquelles il est nécessaire de trouver des solutions urgentes, une autre question se pose. Pourquoi de tels rassemblements ? Force est de reconnaître que dans cette société dominée par l'argent, tout est bon pour se faire du "fric" (drogue, alcool…), même en utilisant la désespérance d'une partie de la jeunesse, sans réel avenir et qui se sent rejetée. Il faut être impitoyable à l'égard de ceux qui profitent de cette situation, n'hésitant pas à détruire des individus dès leur plus jeune âge.
Le commerce de la drogue et des armes n'est-il pas le plus prospère sur cette planète dominée par le capitalisme ? Personne ne peut, malheureusement, aujourd'hui affirmer que ces enfants ne seront pas, un jour ou l'autre, entraînés dans des aventures destructrices de la personnalité humaine. C'est ce qui inquiète beaucoup et à juste raison parents et grands-parents. Ce qui s'est passé dimanche dernier sur l'ancienne base aérienne pose aussi une autre question. Pourquoi la ville de Romilly n'est-elle toujours pas propriétaire, six ans après la décision du Conseil municipal de se porter acquéreur de ce site ? Si cette décision a été effectivement prise le 15 décembre 1995, il aura fallu attendre juin 1999 pour que les actes administratifs soient réalisés pour permettre d'engager le processus d'acquisition auprès du ministère de la Défense. Quatre années ont été perdues laissant ce site dans un état lamentable et inoccupé sauf, aujourd'hui, pour les raves-parties. L'Etat, et plus particulièrement le ministère de la Défense, sont donc toujours propriétaires de ces lieux. Il leur appartient de prendre une décision dans les plus brefs délais pour garantir la sécurité et la tranquillité de ce quartier

 

Argent gratuit Services bancaires payants ?

La Société générale vient d'être prise sur le fait de vouloir mettre en place les chèques payants. Le quotidien communiste l'Humanité a révélé que la direction, dans un document interne, s'apprêtait à mettre en place cette mesure, inégalitaire pour les clients, au 1er mai 2001. La banque a démenti pour 2001, tout en reportant la mesure pour 2002, avec l'euro. Le délai ainsi gagné sera-t-il mis à profit par le gouvernement pour fixer de nouvelles règles? Comptes courants: la poule aux œufs d'or Une réglementation de 1967 impose que tout paiement de revenus supérieurs à 1000 F s'effectue par chèque ou virement et astreint chaque homme et chaque femme de notre pays à ouvrir un compte en banque ou postal. De ce fait, l'argent des salaires, allocations familiales, retraites et prestations sociales, alimentant les comptes de cette "clientèle captive", représente la partie du financement des banques la moins coûteuse à collecter et à gérer. Le coût du traitement des chèques, dont les Français sont les plus gros utilisateurs en Europe, a été compensé des années durant, en ne rémunérant pas les comptes. Il constitue une source essentielle de revenus qui consolide d'une manière indiscutable le bilan des banques, permettant à celles-ci de contribuer aux opérations de crédit qui sont, en retour, génératrices de profits substantiels pour les établissements financiers et représentent une matière première gratuite fournie aux banques. La volonté des banques - la Société générale et les autres - d'aboutir à imposer cette opération tarifaire, dont elles connaissent l'impopularité dans l'opinion, tient à la logique économique du libéralisme qui privilégie la Bourse et les profits financiers sur l'emploi et les besoins des titulaires de petits comptes en banque. Une aggravation des inégalités Est-il acceptable que des actes de la vie courante - comme payer son loyer, ses impôts ou la cantine scolaire de ses enfants - deviennent assujettis au paiement de prestations, alors même que l'évolution des techniques rend ces opérations de moins

en moins coûteuses et que la rémunération envisagée des comptes courants (0,5%) ne compensera pas les frais bancaires du plus grand nombre de clients? Les inégalités d'accès à la banque sont déjà trop nombreuses et les projets de facturation risquent encore de les aggraver (voir ci-contre). C'est pourquoi l'aspiration à disposer gratuitement des revenus déposés sur son compte est plus que jamais légitime. Pour le "droit au compte" Les banques doivent assurer une mission de service au public en ce qui concerne la tenue d'un compte, la mise à disposition de moyens de paiement et l'accès au crédit dans les conditions prescrites par la loi. C'est pourquoi la loi doit imposer à chaque établissement bancaire de mettre en place un service bancaire universel de base gratuit couvrant les besoins fondamentaux de toutes et tous, sans discrimination de condition ni de ressources (voir ci-contre). Au-delà de ces obligations de service public et de la responsabilité sociale des banques dans la lutte contre l'exclusion, il s'agit de réduire leur toute-puissance dans leur relation avec les usagers, en fixant de nouvelles règles permettant notamment d'accroître la transparence, et de moraliser les pratiques commerciales. Le gouvernement a déposé un amendement visant à appliquer aux banques, ainsi que l'avaient réclamé les associations de consommateurs lors de la commission Jolivet, certains principes du droit de la consommation: signature systématique d'une convention avec le client, interdiction de ventes à primes (elles contribuent au surendettement), interdiction des ventes subordonnées (ouverture d'un compte comme corollaire à un prêt), protection contre les modifications unilatérales de tarification. Ce sont des exigences sociales modernes, des droits humains fondamentaux pour lesquels les citoyens sont aujourd'hui mobilisés. Ils doivent être reconnus à travers des règles applicables à l'échelle de l'Europe