La Dépêche de l'Aube n°710 du Jeudi 1 mai 2003 La Dépêche de l'Aube n°710 du Jeudi 1 mai 2003

La dépêche de l'Aube n°710 du Jeudi 1 mai 2003

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Photo d’archives : La sécu a été créée en 1946 pour permettre à chaque personne de se soigner. Elle est l’oeuvre du ministre communiste Ambroise Croizat. Aujourd’hui, en décidant de supprimer et de diminuer le remboursement de certains médicaments, Raffarin préfère s’en prendre aux malades plutôt qu’aux revenus fi-nanciers des entreprises. Pour les communistes, ceux-ci devraient cotiser au même taux que ce qui est prélevé sur les salaires pour permettre à la sécu d’assurer le droit à la santé
Médicaments non remboursés :
Une décision injuste
Le gouvernement vient de décider le déremboursement de 617 médicaments.
Quelle famille française pourrait-elle se sentir épargnée ? Chaque assuré y trouvera à coup sûr un et souvent plusieurs produits de sa connaissance. Il faudrait un certain culot pour justifier cette mesure en expliquant que seuls sont visés des médicaments au "service médical rendu" insuffisant. La surconsommation de médicaments par les Français, souvent montrée du doigt, a bon dos. En l'occurrence, la décision gouvernementale n'est rien d'autre qu'une brutale et scandaleuse ponction dans le porte-monnaie des Français. L'addition se chiffre à 370 millions d'euros.
La méthode employée est scandaleuse.
Aucune communication préalable n'a eu lieu. La liste a été publiée au Journal officiel pendant le week-end pascal. Les mutuelles sont mis devant le fait accompli.
C'est une décision non seulement brutale et anti-démocratique mais injuste et inefficace. Devant la maladie et les soins, tous les Français ne sont pas égaux. Baisser les taux de remboursement n'a jamais rendu plus efficaces les dépenses de santé, au contraire, cela dégrade l'accès aux soins des plus modestes.
Si l'on veut ouvrir un grand débat public sur la politique

du médicament, alors chiche ! Mais cela n'a rien à voir avec de telles coupes claires. Tout doit être mis sur la table : recherche et production: conditions de mise sur le marché; transparence des prix, de l'évaluation et du niveau de remboursement des médicaments; gestion démocratique et partagée de la filière pharmaceutique par tous les acteurs concernés.
À l'opacité actuelle des choix, au pilotage par le seul intérêt des groupes multinationaux doit faire place une maîtrise publique et citoyenne, nationale et mondiale, d'un secteur stratégique pour les politiques de santé.
À entendre le pouvoir, la France n'aurait plus les moyens du progrès social sauf si elle accepte de brader ses acquis sociaux. C'est un marché de dupes, qui masque un autre diagnostic : le développement des systèmes de protection sociale bute aujourd'hui sur les appétits d'une économie mondialisée et financiarisée de plus en plus gourmande en capitaux.
Mais la France peut faire un autre choix : investir dans le progrès humain et casser le thermomètre d'une croissance financière prédatrice et meurtrière.
C'est un choix de société, une autre conception de l'avenir de notre pays, une bataille qu'il faut mener conjointement à l'échelle de l'Europe et du monde.

Retraites :
Cotiser plus, toucher moins ?
Le document de quatre pages et trente-huit «propositions soumises à concertation», remis par MM. Fillon et Delevoye aux syndicats et patronat, affirme un ensemble d’orientations clairement dangereuses pour les droits à la retraite des salariés. Et il reste flou sur les rares points susceptibles d’apporter une amélioration de ces droits.
Le texte confirme sans surprise la volonté du gouvernement d'allonger la durée de cotisation des fonctionnaires de trente-sept ans et demi à quarante ans d'ici à 2008 et pour la première fois annonce son intention de décider dès aujourd'hui du "principe" d'un nouvel allongement au-delà des quarante ans, cette fois pour tous, à compter de 2008. Il s'agit pour lui de répartir l'augmentation de l'espérance de vie entre le travail et la retraite selon la règle deux tiers pour le premier, un tiers pour la seconde.
Balladur + Fillon une catastrophe pour les retraites
Dans le contexte actuel du chômage, et des conditions de travail telles qu'elles incitent nombre de salariés à partir le plus tôt possible, ces mesures se traduiront sans coup férir par une amputation des pensions. Car il faut compter avec les pénalités pour annuités manquantes. Et ici aussi le gouvernement veut aligner le public sur le privé en lui alignant un système de décote dont il était jusqu'alors exempté. Le privé n'est pas épargné: M Fillon confirme noir sur blanc sa volonté d'aggraver les mesures Balladur de 1993 en calculant la pension sur les bases de cent soixante trimestres et non plus cent cinquante comme c'est encore le cas aujourd'hui. Les pénalités n'en seront que plus sévères.
Le gouvernement finance les profits dûs et s’attaque aux droits des salariés

Dès lors, le niveau de la retraite que chacun est en droit d'espérer sera très aléatoire. Le document reste d'ailleurs muet sur la revendication syndicale d'un taux de remplacement garanti du salaire par la pension.

Il ouvre en revanche la voie à l'épargne retraite, formule de camouflage pour la capitalisation, ennemi mortel à terme de la répartition.
Si c'est le flou pour la retraite des smicards, des longues carrières ou des travaux pénibles, le texte évoque clairement la durée d'activité, parlant de "mobilisation nationale pour l'emploi des salariés de plus de cinquante-cinq ans".
Enfin n'est prévu aucun moyen supplémentaire pour financer la retraite. Au mieux, il est envisagé "un redéploiement de prélèvements obligatoires", sans doute les cotisations chômage et, pire, un abondement du fonds de réserve par le produit des privatisations.
Bref, et même si l'on prend en compte le relèvement annoncé des cotisations des fonctionnaires, l'augmentation de la dépense retraite prévisible dans les prochaines décennies sera bien couverte par la baisse des prestations.
Le compte n'y est pas, assurent les syndicats
qui appellent à une riposte rapide. Le 1er mai constituera déjà une forte journée de mobilisation et les syndicats ont décidé d'une journée de grève le 13 mai .

Financement des retraites :
Le PCF propose


La réforme proposée n'avance aucune solution concernant le financement de la retraite, elle se contente d'organiser le déclin. Le financement des retraites doit être assuré par une bonne qualité de la croissance : emplois stables, rémunérations justes, emploi des jeunes, investissement dans la recherche et le développement. Il doit être assuré également par la modulation des cotisations patronales prenant en compte la valeur ajoutée, les produits financiers, autant que les investissements développant l'activité, et la politique d'emploi et de formation de l'entreprise

Jeunesse communiste :
génération lucidité
Les jeunes communistes viennent d’analyser les évènements de l’année écoulée afin d’en tirer les leçons pour leur action.
Dans une ambiance particulièrement studieuse, des paroles vraies, crues, justes ont fusé sur la politique un an après le 21 avril 2002. Visiblement, la nouvelle génération des JC n'a pas envie de biaiser avec la réalité, ne se voile pas la face sur les difficultés à faire bouger une grande partie des jeunes. Les manifestations contre Le Pen ou les défilés contre la guerre n'aveuglent pas ces communistes au point d'estimer que l'on assiste à une repolitisation de toute la jeunesse.
Quand, envie de changer les choses et fatalité se cotoient
C'est en fait une JC lucide qui a tenté d'analyser ce qui s'est passé durant cette année mouvementée. Ils ont été nombreux à intervenir sur l'état de fatalisme inédit touchant les jeunes, écrasés par l'incertitude sur leur avenir. L'envie de changer les choses est là mais cette envie côtoie souvent le sentiment qu'on n'y peut rien. Les aspirations au changement se trouvent retenues par un sentiment d'impuissance d'autant plus exacerbé que l'idée est passé que le pouvoir ne se situe plus en politique mais dans le domaine économique. Et les partis ont le plus souvent, pour ces jeunes, un langage incompréhensible, inaccessible. Les hommes politiques leur apparaissent volontiers corrompus. Au scrutin présidentiel, un jeune votant sur cinq a choisi Le Pen.
Tous ces rappels et ces obstacles ont été relevés par les participants à l'assemblée des animateurs de la JC, non pour s'autoflageller ou déclarer forfait mais pour saisir les paradoxes de la situation politique et intervenir en conséquence.

Un congrès en décembre et 16.000 membres à la MJCF
Cette rencontre entre dans le cadre de la préparation du congrès du MJCF qui se déroulera en décembre 2003. Il y a là des salariés, mais surtout des étudiants, des lycéens, à l'image d'ailleurs des adhérents du mouvement. Sur 16 000 membres (60% de jeunes filles), 50% sont lycéens, 40% étudiants et 10% divers (dont des chômeurs et des salariés). Un quart de l'effectif s'est renouvelé après le scrutin présidentiel mémorable.
Une force militante appréciable pour ce mouvement qui, lors de son congrès de mars 2002, avait pointé du doigt son inaction et sa désorganisation, et décidé de rebondir.
Plusieurs intervenants notent que la repolitisation est le fruit des jeunes déjà engagés, notamment dans des associations. Il y a eu l'émergence d'une génération des 15-18 ans qui a retrouvé le goût de la politique. Il y a bien "le commencement de quelque chose", souligne une déléguée. En même temps, bien des jeunes affirment ne plus croire en la possibilité d'un changement révolutionnaire. Avec le mouvement anti-Le Pen et anti-guerre, on est dans un processus, dira un intervenant, où l'engagement politique peut devenir un fait majeur.
La JC a décidé de nouer de nouveaux rapports avec les élèves des lycées professionnels et les chômeurs, notamment. Elle entend également lancer une campagne auprès des salariés précaires, thème qu'elle souhaiterait mettre en débat lors du Forum social européen de novembre prochain en France.

Humeurs

Insécurité
Dans l'Aube, les sangliers font des dégâts aux cultures, à ma route de Chaource, au budget de la Fédération des Chasseurs et à la bonne entente de ceux-ci. On le voit, dans le cochon, tout n'est pas bon. Le péril est partout, sur la route, dans les blés, mais d'abord dans le gros gibier sur qui les chasseurs se vengent. Le paysan ulcéré ne chasse plus la prime mais la bête.
À Troyes, un braqueur a été mis en fuite manu-matraqui par le gérant d'un magasin. L'insécurité grandit chez les voyous.
En mai, fais ce qu'il te plait dit le proverbe. Bush qui n'est pas sur le même fuseau horaire a fait ce qui lui plaisait en avril. Sadam mais surtout le peuple irakien se sont trouvés du même coup en pleine épouvante.
L'insécurité grandit. On dit même que l'ouvrier (donc le futur retraité), le futur malade (donc le type en bonne santé), se posent des questions graves quant à leur avenir. C'est que Raffarin vient d'adhérer à la Fédération des Casseurs de retraites et de sécurité sociale.

Jean Lefèvre

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Ecole/colère décentralisée :
journée d’action le 6 mai.

Les vacances des enseignants et les personnels de l’éducation n’ont pas stoppé, dans les académies, le mouvement de grève contre la loi de décentralisation.
Un des moteurs des revendications : la décentralisation à la mode Raffarin briserait la cohérence des équipes éducatives au service des élèves et ouvrirait la porte à la privatisation des services.
En sera-t-il de la rentrée comme de la sortie ?
Premières à avoir profité des vacances de printemps, les académies de Paris, Créteil, Versailles et Bordeaux entament la dernière ligne droite de l'année scolaire. Une reprise de cours qui s'annonce mouvementée alors que la période précédant les vacances de Pâques s'était distinguée par un mouvement de grèves reconduites quotidiennement dans de nombreux établissements. Assemblées générales et rencontres avec les parents d'élèves: en plusieurs lieux, les personnels de l'Éducation ont d'ores et déjà programmé des actions visant à poursuivre les luttes. La FAEN, la FERC-CGT, la FSU, le SGEN-CFDT, l'UNSA-Éducation renouvellent leur appel à une journée d'action nationale pour le 6 mai prochain. D'ici là, les cinq grandes fédérations invitent les personnels à multiplier les initiatives locales partout où les cours ont repris. Parmi les plus mobilisés en

mars, les collèges et lycées de Seine-Saint-Denis et les établissements d'Aquitaine, région matrice d'où sont parties les luttes. Durant plus de trois semaines, grèves et occupations de locaux ont été particulièrement suivies dans les Landes ou encore à Bordeaux, réunissant dans un même vent de révolte toutes les catégories de personnel. Rien d'un hasard. Comme si un rôle de "laboratoire des régressions" lui était imposé par le gouvernement, l'Aquitaine subit depuis le début de l'année une accumulation rapide et brutale des mauvais coups annoncés contre les différentes fonctions du service public d'enseignement. L'annonce le 28 février par Jean-Pierre Raffarin du transfert de 110 000 personnels de l'Éducation vers les départements et les régions finissait de mettre le feu aux poudres. Dès la mi-mars, des dizaines d'établissements entamaient un mouvement de contestation. Rapidement relayée en Seine-Saint-Denis, l'action s'est propagée partout en France. Un mouvement plus ou moins suivi selon les académies et ventilé façon puzzle sur tout le territoire. Doté d'une plate-forme revendicative multifacettes, renforcé par l'annonce de la réforme des retraites et le vote en avril de la loi instituant un corps d'assistants d'éducation, il cherche à se coordonner. À coup sûr, le printemps sera chaud.

Nos peines
Louis Kerroch notre camarade vient de nous quitter. Figure très connue à Villenauxe, Louis fut très apprécié par ses qualités humaines qu’il savait mettre au service des autres. Militant actif dans la vie locale, son dévouement ne faisait pas défaut. Nombreuses furent les personnes qui lui rendirent un dernier hommage en participant à ses obsèques. Jacky Moroy qui représentait les communistes aubois, retraça en quelques mots une vie militante faite de désintéressement. La Dépêche de l’Aube s’associe à cet hommage et renouvelle à Claude, son épouse et à leurs enfants ses très sincères condoléances.

Le courage de changer la société

Le 21 avril 2002, lors du premier tour de la présidentielle, un séisme a ébranlé notre démocratie, a rappelé Marie-George Buffet.
Le PCF a dit alors que ce n'était pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Un an après, que reste-t-il de cet événement ?
Quand d'autres ont bien vite tourné la page, il a décidé de ne pas jouer la fuite en avant. Les communistes ont réfléchi, ils se sont tournés vers notre peuple pour comprendre et aller de l'avant. Dans le même temps, ils ont amorcé la riposte face à cette droite autoritaire, antidémocratique et antisociale, qui avait raflé la mise au milieu d'un champ de ruines. Il ne fallait pas rester l'arme au pied, il ne fallait pas attendre.
La profondeur du désarroi
Un an après, ils continuent à être marqués par la profondeur du désarroi qui s'est exprimé ce jour-là. Abstention massive, haut niveau de l'extrême droite. Qui aurait imaginé cela après cinq ans de gouvernement de gauche?
La gauche a perdu, ajoute la secrétaire nationale du PCF, parce qu'elle avait en réalité abandonné toute volonté de transformation sociale tangible. Elle a perdu parce qu'elle n'a pas répondu aux attentes populaires en même temps qu'elle brisait les rêves au nom d'un prétendu réalisme économique. Elle a perdu parce qu'elle s'est trop retranchée dans un monde clos et protégé, trop loin des citoyennes et des citoyens. La gauche a produit des avancées, d'ailleurs souvent contradictoires, mais elle n'a pas changé le quotidien. Et dans ce contexte, le Parti communiste a, lui aussi, déçu.

Nous en sommes conscients. Il n'a pas ouvert suffisamment d'autres horizons, il n'a pas su porter assez fort son idéal communiste.
Le replâtrage ne suffira pas
Personne ne pourra faire l'économie d'un travail en profondeur: le replâtrage ne suffira pas. C'est le sens de ce qu’ils ont entamé depuis ce jour et qu’ils entendent poursuivre sur la lancée de notre congrès. Des centaines de forums citoyens se sont tenus à l'initiative du Parti communiste sur le thème: "Comment résister et construire un vrai changement". Ce mouvement va se poursuivre. Ils entendent porter haut les idéaux qui les ont conduit en politique: ceux d'un monde de justice et de paix; ceux d'une contestation de ce système capitaliste. Ils entendent au quotidien arracher tout ce que nous pouvons arracher, gagner tout ce que nous pouvons gagner: le progrès n'est pas à prendre ou à laisser en bloc. Ils entendent faire de la politique à ciel ouvert, mettre tous les choix sur la place publique: il n'y a pas de domaines réservés.
En un mot, c'est le courage qui ne doit pas, qui ne doit plus leur faire défaut. Le courage de leurs idées, le courage de mener les batailles concrètes qui s'imposent, le courage d'une vraie pratique démocratique qui permet à chacun de s'approprier le monde. Le courage de changer la société.
Ils croient que c'est ainsi qu’ils pourront faire face au désespoir, au renoncement qui se sont révélés ce triste jour d'avril .

Cuba « Profondément choquée »


« Je suis profondément choquée par la vague de répression qui vient de s’abattre à Cuba sur des dizaines d’opposants politiques, condamnés à des peines de prison extrêmement lourdes. Je tiens à le dire avec la plus grande netteté : nous condamnons ces jugements sommaires et cette répression pour des délits d’opinion.
Nous demandons solennellement aux autorités cubaines la libération de ces opposants. Notre solidarité au peuple cubain face aux agressions dont il est victime de la part des Etats-Unis est totale. Cette solidarité est exigeante et sans complaisance quant aux atteintes aux droits humains. En l’occurrence cette répression brutale touche à des principes pour moi intangibles : rien ne saurait se substituer au débat politique, tout être humain a droit à une justice équitable, et ne saurait être poursuivi pour ses idées
»

Marie-George Buffet
Paris le 9 avril 2003
Les communistes aubois moteur des rassemblements contre la guerre
Irak :
phase nouvelle

La chute de Saddam Hussein, accueillie avec soulagement, légitimerait donc la guerre «préventive» menée au nom du Bien contre le Mal et discréditerait ceux qui s’y sont opposés. Telle est la vision que l’on tente maintenant de faire prévaloir.
Ainsi seraient passées par pertes et profits les milliers de morts et de victimes, les destructions épouvantables, les traumatismes d'une population déjà éprouvée par une décennie d'embargo et trente ans de dictature. Ainsi seraient légitimées a posteriori les véritables raisons de cette guerre décidée contre l'ONU et contre l'immense majorité des États et des opinions. Et la France, pour s'y être opposée, et être allé "trop loin" en osant menacer le "grand allié" de l'usage de son droit de veto, n'aurait d'autre choix que de faire amende honorable et réintégrer sans rechigner le giron atlantique.
Un défi considérable
Pour le mouvement anti-guerre, le défi est considérable. Il s'agit ni plus ni moins que de transformer la victoire militaire en succès politique, après les obstacles rencontrés par Washington, les camouflets subis au Conseil de sécurité et l'isolement signifié par l'ampleur des manifestations dans le monde; Mais rien n'est écrit encore.
Le peuple irakien n'est pas disposé à échanger Saddam Hussein avec un nouveau régime autoritaire imposé par l'étranger ni à subir une occupation étrangère. Il a besoin, dans ce moment crucial, que s'exprime avec force l'exigence qu'il ait la maîtrise des choix de ses dirigeants et de ses ressources.

L’ONU doit jouer un rôle central
La question de l'ONU est effectivement centrale parce qu'il faut réaffirmer un cadre de droit face à l'illégitimité et au cynisme de l'unilatéralisme américain. Non pas pour instaurer une tutelle mais pour opposer à l'occupation des forces américano-britanniques l'exigence d'une garantie internationale, pourquoi pas sous la forme de casques bleus, pour créer les conditions de la sécurité, de la reconstruction et de l'organisation d'élections libres sous contrôle international.
Le mouvement anti-guerre doit poser avec force le refus de tout réalignement de la France sur un consensus atlantique qui légitimerait l'aventurisme militaire de l'administration Bush. De nouvelles initiatives sont nécessaires, avec d'autres pays européens et la Russie pour refuser d'entériner l'occupation de l'Irak, la fuite en avant belliciste de Washington que confirment les menaces contre la Syrie, et travailler à ouvrir une nouvelle perspective, pacifique celle-là, au Moyen Orient et en Méditerranée. C'est aussi ce que l'on attend de l'Europe.
La mobilisation contre la guerre et la stratégie de guerre de Bush a marqué les consciences. Elle a donné confiance, et exprimé de fortes espérances en un monde plus juste.
Une nouvelle phase est ouverte, qui appelle beaucoup de débats et d'initiatives. Ses objectifs sont cohérents avec ceux mis en avant pour empêcher la guerre : paix et démocratie