La Dépêche de l'Aube n°727 du Jeudi 28 août 2003 La Dépêche de l'Aube n°727 du Jeudi 28 août 2003

La dépêche de l'Aube n°727 du Jeudi 28 août 2003

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Canicule
Imprévoyance et désinvolture du pouvoir

Obnubilé par sa volonté de soumettre la France aux intérêts supérieurs de la finance, le Premier ministre ne veut pas de «polémique» sur les conséquence de la canicule.
Il craint sans doute qu'un débat national mette à nu un fait simple: les chaleurs exceptionnelles sont le révélateur de l'extrême fragilité dans laquelle les politiques visant à satisfaire la rentabilité financière à tout prix placent notre société.
Tous ceux qui ont comme seul baromètre celui de la réduction des crédits publics utiles portent une lourde responsabilité dans la situation des personnels des hôpitaux et celle des malades. La situation des pompiers et le manque criant de moyens pour lutter contre les incendies sont la conséquence de la même logique. Il en est de même de l'insuffisance du Fonds de garantie des calamités agricoles, de moins en moins abondé.
Cette tentative d'échapper au débat public, que soulèvent les difficultés provoquées par la canicule, est porteuse de graves dangers pour l'avenir. Il est en effet alarmant que notre pays, parmi les plus riches et les plus modernes du monde, ne soit pas en capacité d'affronter une vague de chaleur.
Non seulement le gouvernement a été imprévoyant, mais il a traité par le mépris les alertes de professionnels de la santé. Résultat: les services de santé ne peuvent faire face aujourd'hui à l'afflux de patients. Le gouvernement ne veut pas non plus de débats car ceux-ci révèleraient à coup sûr que ses choix pour les prochains mois sont contraires à l'intérêt général.

De nouvelles réductions de crédits publics sont prévues, pour insérer encore plus notre pays dans le carcan mortifère du pacte de stabilité européen. Plusieurs privatisations d'entreprises publiques sont envisagées, une attaque en règle est programmée contre la Sécurité sociale et la réforme de l'État ne vise qu'à réduire encore l'emploi public. Autant de décisions qui placeraient nos concitoyens dans une plus grande fragilité et insécurité.
Au lieu de refuser tout débat, un gouvernement soucieux de l'intérêt des populations organiserait au contraire une grande confrontation publique, débouchant sur des initiatives de long terme et la recherche de coopérations européennes et mondiales pour anticiper les variations climatiques. Il impulserait un nouveau type de développement durable où les critères mesurant l'efficacité de l'économie ne seraient plus les indices boursiers mais des indices de bien être humain et de préservation de l'environnement. Cela implique de s'engager d'urgence dans de grands projets nationaux et européens pour l'eau, l'énergie, le ferroutage, le refus du bradage des secteurs publics, l'impulsion d'un nouveau développement agricole.
Il ne s'agit donc pas de rabaisser les débats actuels, comme veulent de manière ridicule nous y pousser certains - n'est-ce pas Mr Kouchner ? -, à savoir si le gouvernement est responsable de la météo, mais de savoir comment il y fait face dans l'intérêt des populations. Il y a urgence à tourner le dos aux logiques actuelles.

Rentrée
Du Larzac à la Fête

Sous un soleil de plomb, 350 000 personnes se sont retrouvées début août au Larzac pour refuser la marchandisation de toutes les activités humaines.
Il a fallu refuser du monde : c'est un signal qui résonne puissamment pour la rentrée. On relèvera en passant cette ironie cruelle pour le gouvernement qui a vu, une semaine après sa libération sous contrôle, José Bové hissé sur le pavois de l'opinion publique, laquelle n'a jamais admis son emprisonnement. Mais cette foule ne constitue pas seulement un pied de nez à ceux qui veulent privatiser EDF, supprimer la retraite, livrer la santé aux requins de l'assurance ou donner au Medef droit de vie ou de mort sur la culture. Elle est un avertissement sérieux. Si les Jean-Pierre Raffarin, François Fillon et autres Nicolas Sarkozy pensent avoir muselé les salariés à coups de retenue de salaires après les grèves du printemps, de sérieuses déconvenues les attendent. Car, en effet, cette foule qui a pioché sur ses vacances pour converger vers l'Aveyron n'a rien à voir avec une assemblée de nostalgiques. Elle cherche avec obstination les chemins d'autres mondes que ceux que préparera, au mois de septembre, le sommet de l'OMC à Cancun. Le rêve libéral d'une fin de l'histoire qui

laisserait à jamais échouer toutes les alternatives au capitalisme est en train de passer. Flatteurs ou agressifs, les hommes de droite trahissent leurs inquiétudes devant la puissance du courant altermondialiste.
Le gouvernement ne pourra donc cautionner en catimini les dispositions ultralibérales conconctées par l'OMC. Il a beau fuir la lumière sur ce sujet, ce Larzac 2003 débordant de soleil a mis le sujet sur la table et il n'est pas prêt d'être rangé d'ici ce 14 septembre qui clôt le sommet mexicain.
D'autant qu'au cœur de cette conférence de l'OMC, les 12, 13 et 14, la Fête de l'Humanité constituera un porte-voix formidable pour ceux qui refusent la mainmise des multinationales sur toutes les facettes de la vie, un immense forum pour qui souhaite poursuivre la recherche d'autres mondes possibles, un trait d'union de premier plan entre les combats de proximité, les luttes nationales et les mobilisations planétaires. De quoi, avec ce formidable Larzac 2003, reprendre l'année du bon pied.

Fête de l'Humanité 2003 :Se rendre à la fête en car

Comme chaque année, la fédération de l’Aube organise des départs en car pour permettre aux auboises et aubois de se rendre à la fête : Aller-retour
15 €
.Le dimanche 14/09 : départ de Troyes à 7h00, et de Romilly à 7h45.
.Possibilité de départ de Bar-sur-Aube et Bar-sur-Seine en fonction des inscriptions.
Inscriptions & réservations : 03.25.73.43.40.
Un copieux petit déjeuner est offert gratuitement à l’arrivée au stand de l’Aube (retour vers 22 heures).

Humeurs

A. Jaffa.(1).

M.Chirac s'est enfin penché sur la canicule et M. Raffarin sur les vieux, courageusement, pour les embrasser comme Jésus les lépreux.
Dimey qui aimait mettre en scène à contre-emploi, faisait dire à un salaud quelconque :
"Les vieillards, c'est pas beau, ça fout rien, ça fait d'l'ombre»
"Qu'on les foute n'importe où, c'est moche et ça encombre"
"Et plus qu'y sont tocards, plus qu'y zont la vie dure.
En buter quelques-uns, pas question, y a des lois.
J'ai essayé un soir d'en s'mer un dans un bois.
Peaud'balle, essayez dont…Y vous r'viennent en voiture ! "

Depuis que je connais cette admirable vacherie, j'ai du mal à croire à la pitié de nos édiles en mal de popularité quand ils embrassent un vieux devant les caméras. Je me demande s'ils ne les ont pas fait nettoyer avant et s'ils ne leur disent pas, s'adressant à leur oreille sourde qu' une chiennerie de petite canicule supplémentaire ça serait bien pour arranger les affaires de la sécu.
Pour le moment ils se contentent de diminuer le nombre de lits et d'infirmières dans les hôpitaux, de consommer les économies des vieux dans les maisons de retraite et de visiter Jaffa.


Malicette

(1) En 1799, Bonaparte assiègea cette ville près de Tel-Aviv. Pour se montrer humanitaire il rendit visite aux pestiférés, épisode glorieux fixé sur la toile par le peintre officiel Antonin Gros....

Assemblée de section.

Afin de préparer au mieux la fête de l'Humanité et la période politique qui s'annonce avec les élections cantonales, régionales et européennes, nous invitons les militant-es à participer nombreux aux assemblées de rentrée :
Romilly S/Seine : mercredi 3 septembre à 18 h au siège de la section 66 rue de la boule d'or avec la participation de P. Mathieu
Troyes : jeudi 4 septembre à 19 h au siège de la fédération 22 avenue A. France avec la participation de P.Mathieu

 

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Irak
Le bourbier américain

En Irak, la normalisation sécuritaire et la reconstruction se font attendre.
Chaque jour, un à deux soldats sont tués; les sabotages - ces jours-ci l'attaque contre le siège de l'ONU à Bagdad après celle contre le pipe-line relié à l'Irak - se multiplient.
Ce chaos ne fait qu'augmenter l'exaspération des Irakiens, qui supportent mal la brutalité et l'arrogance des occupants. Émeutes et manifestations témoignent de cette situation critique et de cette mise en échec de l'administration américaine. À l'évidence, l'occupation militaire et l'incapacité américaine à maîtriser la situation constituent un obstacle à la normalisation et à la reconstruction. Il faut en tirer les enseignements de façon urgente, car c'est le peuple irakien qui en est, une fois encore, la principale victime.
Le bourbier dans lequel s'enfoncent les dirigeants américains montre à quel point il ne peut y avoir de solution à une telle crise internationale sans l'exercice d'une responsabilité collective, sans engagement de la communauté internationale.
C'est dans ce cadre que devrait être engagé un processus de rétablissement de la sécurité et de reconstruction qui permette aux Irakiens de reprendre confiance et de mettre sur pieds dans les délais les plus brefs un pouvoir légitime élu, une légalité et une souveraineté reconnues. Y compris concernant l'exploitation des ressources pétrolières. La démocratie comme meilleure garante de l'efficacité.
Il y a donc place pour des initiatives françaises et européennes, pour des actes et des expressions de solidarité en rappelant l'exigence pour la communauté internationale de sortir de cette crise par le haut. Sans la moindre caution à une occupation qui doit cesser, en excluant tout autre considération que l'intérêt et la souveraineté du peuple irakien et les droits du peuple kurde.
Le sens même et la crédibilité de la politique américaine sont en cause. L'unilatéralisme des dirigeants de Washington se heurte à des résistances et de vives contradictions. G. Bush cherche à obtenir avec difficulté l'internationalisation de la force d'occupation et une légitimation beaucoup plus affirmée de sa politique par l'ONU. Sans rien changer sur le fond.
Le contexte politique pourrait devenir rapidement d'autant plus compliqué - voire intenable - que l'opinion publique américaine et les familles des soldats victimes d'actions armées montrent une inquiétude et un mécontentement croissants. La victoire militaire n'aura pas masqué très longtemps les limites d'une politique hégémonique qui finit par buter sur les réalités.

Epargne populaire Un détournement de fonds

La baisse du taux de livret A et de plusieurs autres taux administrés est un véritable détournement de fonds opéré cet été par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Au moment où la baisse de l'impôt sur la fortune est entérinée à l'Assemblée, voilà une singulière confrontation entre rentiers d'en haut et épargnants d'en bas. Il va falloir expliquer au pays que le bas de laine des grands-mères et les premiers sous versés pour l'avenir du petit, dès le berceau ou pour sa communion, menaçaient dangereusement les finances publiques. Ou que l'inflation étant ce qu'elle est à son taux officiel, les livrets administrés procuraient d'indécents revenus.
Le calcul consistant à parier sur une consommation accrue des ménages n'est pas seulement hasardeux, il est bête. Rien n'indique qu'à la rentrée, avec les inquiétudes sur la réforme de l'assurance maladie, les ménages ne verront pas une raison supplémentaire de maintenir leur "épargne de précaution". Du moins ceux qui peuvent se permettre une épargne.
Le gouvernement ne se contente pas cette fois d'une nouvelle baisse. Il a trouvé la solution politique miracle,

celle que Jospin n'avait pas su inventer en 1998 lorsque son gouvernement procéda à la dernière baisse du taux. En proposant une fixation annuelle quasi automatique du taux du livret A, selon un savant calcul entre l'inflation et les taux de la Banque centrale européenne, toute baisse future n'apparaîtra plus comme une mesure politique mais un ajustement technique. Or, l'instabilité du taux est l'ennemi du livret A: les prêts aux HLM qu'il finance ont souvent une durée de trente ans. Priver de visibilité financière les organismes du logement social revient à les fragiliser.
Au-delà, Jean-Pierre Raffarin, qui n'oublie jamais son catéchisme libéral, envoie aux Français un autre message, plus subtil : laissez donc votre argent au marché. L'épargne réglementée, cette "rente stérile", a même dit un jour Francis Mer, est donc destinée à être réorientée massivement vers la Bourse et les placements en actions. Et à en finir au plus tôt avec une idée vieille de plus de cent cinquante ans, une épargne populaire et sans aucun risque, contribuant à financer dans des conditions avantageuses des investissements d'intérêt général et en premier lieu le logement social

Alstom
Le poison financier

Alstom est un véritable cas d’école des déroutes industrielles auxquelles expose l’obsession de la rentabilité financière.
Là, personne ne se hasardera à qualifier les productions d'archaïques. Les usines du groupe fabriquent en effet le TGV, des centrales nucléaires clés en main, des turbines à gaz, à vapeur ou hydroélectrique, des paquebots de prestige… Il s'agit de techniques de pointe et de points forts du savoir faire français. Et c'est ce colosse qui appelle au secours aujourd'hui, empoisonné par une dette de cinq milliards d'euros! Le cocktail vénéneux qui lui a été infligé doit être analysé. Ainsi, les jeux de la Bourse et de la finance ont intoxiqué le nouveau groupe Alstom dès sa naissance en 1998. 52% de son capital a été jeté dans la fournaise boursière; il y fondra peu à peu. Ses "parrains" se sont servis sur la bête pour 1,2 milliard d'euros de dividendes exceptionnels ! Autre poison, la croissance externe, le rachat d'entreprises où se sont fourvoyées tant d'entreprises publiques et privées ces dernières années, soumises aux mêmes ordonnances libérales. Et puis les financiers ont rêvé aux énormes fromages que libérerait la déréglementation du marché de l'électricité mondiale et les patrons d'Alstom convoitent une très grosse part. La course aux rachats s'accompagne d'économies d'échelles, de "rationalisations" qui privent Alstom de précieuses productions et jettent le groupe dans un gouffre. Celui où se sont précipités Enron et les géants américains de l'énergie. Celui qui attire au même moment les gros bras des télécommunications. Le parallèle s'impose d'ailleurs avec France Télécom. Dans cette dernière, l'État était l'actionnaire principal alors qu'il n'avait nulle part dans Alstom. C'est bien le type de gestion auquel on les a soumises qui les met en péril, cette frénésie financière dans laquelle les PDG des entreprises comme les ministres de tutelle veulent engager notre industrie.
Voir Jean-Pierre Raffarin et Francis Mer décider que l'État devient l'actionnaire de référence d'Alstom alors qu'ils privatisent à tour de bras aurait quelque chose de
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savoureux si le sort de dizaines de milliers de salariés n'était en jeu. Alors oui, pour eux et pour la survie de secteurs stratégiques de notre industrie, il faut que l'État intervienne, sauve le groupe, mobilise les banques, mette la main à la poche. Mais, une fois de plus, la droite ne l'envisage que comme un marché de dupes où les profits sont privatisés et les risques collectivisés. Une fois Alstom tiré d'affaire par l'argent public, le gouvernement annonce qu'il rendra les clés de la maison au capital et aux banques, qui auront ainsi évité des pertes. Sans que, bien entendu, on demande aux actionnaires de financer un tantinet la retraite, la formation ou la santé de ces salariés contribuables qui auront financé la remise à flot. S'il procède comme dans de précédents épisodes, le gouvernement actionnaire tentera sans doute au passage de donner un coup de main à la direction de l'entreprise pour licencier des milliers de salariés. Pour que ce scénario soit une fiction, il faudrait que l'État affiche une rupture avec la gestion antérieure d'Alstom, impulse un plan industriel préservant la cohésion du groupe, choisisse l'emploi plutôt que la Bourse. Francis Mer n'a pas dit un mot en ce sens. Les salariés du groupe ont encore du pain sur la planche.
Pour le PCF, "la situation d'Alstom illustre ce qui ne fonctionne pas dans le système capitaliste : les gestions d'entreprises essentiellement guidées par la recherche du profit maximal à court terme. Si demain les mêmes logiques prévalent, on prend le risque d'arriver au même résultat en dilapidant les finances publiques. Il faut justement en sortir. Il ne suffit pas d'apporter des financements; il faut une gestion démocratique avec une obligation de résultats, notamment en matière d'emplois et de formations".

Electricité à l’américaine
Le crédo libéral disjoncte

Pendant plusieurs heures, 50 millions de personnes, au nord-est des Etats-Unis, ont été privées d’électricité.
Que s'est-il passé? Un bout de réponse est fourni par cet universitaire de Montréal: "Il y a des endroits aux États-Unis où l'entretien des réseaux a été fait au minimum depuis la déréglementation". D'où ce constat, émis par un ancien secrétaire d'État à l'Énergie américain : "Les USA ont un réseau électrique d'un niveau d'un pays du tiers-monde pour une super-puissance".
Car, si la production d'électricité, elle, est privée, et donc rapporte aux exploitants, le transport est resté public et donc coûte au contribuable. En d'autres termes, les grands groupes producteurs vendent le courant et se désintéressent totalement de son acheminement. Et faut-il préciser à quel point le credo libéral de l'équipe Bush se soucie du transport de l'électricité ?
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C'est aussi en raison de la mainmise des grands groupes privés sur la partie juteuse du marché électrique que la Californie, l'État le plus riche du monde, est en permanence, depuis des années, au bord de la rupture, en ne pouvant plus payer son courant. C'est encore la raison de la gigantesque faillite du groupe Enron, qui a mené des économistes américains eux-mêmes à estimer publiquement que le marché ne pouvait pas tout régenter.
Comment ne pas faire le parallèle avec les chemins de fer britanniques et leurs catastrophes à répétition depuis leur déréglementation.
Quelles perspectives pour EDF, quand sa privatisation fait partie des projets à court terme maintenant de l'Europe et du gouvernement?
Décidément l'économie et le bien public sont des choses trop sérieuses pour les laisser aux seuls capitalistes.