La Dépêche de l'Aube n°622 du 23 Août 2001.......La Dépêche de l'Aube n°622 du 23 Août 2001

La dépêche de l'Aube n°622 du Jeudi 23 août 2001

Effectuer des recherches dans le site de la Dépêche de l'Aube et ses archives depuis sa mise en ligne en Janvier 2001  avec le moteur XRECHERCHE
Pour rechercher des informations dans le site de La Dépêche de l'Aube et ses archives.
Effectuer des recherches dans le site de la Dépêche de l'Aube et ses archives depuis sa mise en ligne en Janvier 2001  avec le moteur ATOMZ

Emploi, pouvoir d’achat, inégalités, environnement, paix...
Pour des mesures concrètes et tangibles

VACANCES ! Mot magique : celles et ceux qui partent, pleins d'espoir, qui reviennent, pleins de souvenirs; Celles et ceux qui ne partent pas toujours trop nombreux , alors que chacun a envie et besoin ! de changer d'air et de préoccupations….
Car toutes et tous ont de bonnes raisons d'en être mécontents et préoccupés. Croissance, emploi, inégalités, environnement, mondialisation ultra libérale, paix, etc, ce qui se passe actuellement est important. "Nouvelle alerte pour l'emploi", "Baisse de l'emploi dans l'intérim", "Croissance, un été morose", "Gênes : le libéralisme en état de siège" : l'actualité politique et sociale oblige les communistes à ne pas relâcher leur activité militante.
Ça s'est passé cet été…
Comment rester insensibles et inactifs devant l'annonce d'une nouvelle vague de licenciements ? Comment ne pas en être indignés alors que progressent les profits des grands groupes et les dividendes versés aux actionnaires ? Comment accepter une hausse annoncée du prix du gazole, frappant celles et ceux qui ont besoin de leur voiture pour aller au travail ou pour chercher un emploi ? Comment admettre les violences policières inouies le 21 juillet à Gênes envers les 300.000 manifestants anti mondialisation au sommet du G8 ? Ou pire : la situation explosive au Moyen-Orient ?
Course au fric = croissance fragile

N' y a-t-il pas pourtant un freinage réel de l'activité économique ? Oui, les prévisions sont à la baisse. La croissance subit de plein fouet le décrochage américain. Elle est fragile car son moteur a des ratés : l'aggravation des difficultés en matière de pouvoir d'achat ne permet plus de la soutenir. Les richesses produites sont accaparées par la course à la rentabilité financière, les 15%, 20% qu'exigent les actionnaires deviennent intolérables aux sociétés car ils font pression sur l'emploi, sur le "coût du travail", sur les dépenses sociales et de formation, imposent la déréglementation généralisée..
Peut-on rester sans rien faire ?
Peut-on rester sans réaction devant le manque d'audace du gouvernement à revaloriser plus nettement le SMIC, les minima sociaux, les pensions, alors qu'il y a ce retournement de la croissance économique ? Non, répondent les communistes. Les français sont inquiets, comme le montre la baisse continue du moral au fil des mois. Ils attendent des réponses efficaces, ambitieuses aux questions posées: croissance, emploi, 35 heures, emplois jeunes, insécurité, plans sociaux, retraites, écologie, euro, etc. On ne peut pas, c'est certain, attendre de telles réponses de Jacques Chirac dont les "recettes" sont celles du libéralisme et du Médef.

Le Premier ministre n'a pas non plus convaincu, se rassurant à bon compte avec les mesures décidées - notamment les réductions d'impôts - qui sont bien loin de nous permettre de faire aussi bien en 2001 qu'en 2000.
Entendre les exigences populaires
Pour les communistes, il faut vraiment faire écho aux exigences de nos concitoyens et le faire par des mesures concrètes, tangibles. Ils ont entendu le message qui leur a été adressé - ainsi qu'à toute la gauche - lors des municipales. Ils s'efforcent d'y répondre en étant au côté du monde du travail, de celles et ceux qui luttent, et aussi en se mobilisant au Parlement et au gouvernement pour obtenir des avancées, marquer des points.
Pour débattre et se mobiliser sur la situation immédiate, favoriser le développement des mouvements sociaux en septembre, on peut compter sur les communistes.
Pour un message clair : si la gauche veut se réconcilier avec celles et ceux qui lui ont fait confiance mais qui doutent de sa volonté et de sa capacité à répondre aux attentes et à tenir ses engagements, des choix de gauche doivent rapidement être décidés .

 


Des points d'appui

Cet été, les communistes ont organisé un "tour de France des entreprises en butte aux plans de licenciements et des hôpitaux menacés d'asphyxie". Ils rencontrent les salariés et leurs organisations afin d'examiner comment intervenir tous ensemble pour une mise en œuvre rapide de la loi de modernisation sociale.
La loi de modernisation sociale provoque le mécontentement du Médef, de la droite et parfois aussi à gauche. Celle-ci rend plus difficile les licenciements boursiers et avec la loi Hue sur le contrôle des fonds publics pour l'emploi, elle constitue une première victoire et un apport concret et réaliste au débat en cours sur les solutions alternatives à l'ultra libéralisme.
Sans attendre, les communistes proposent la suspension par les pouvoirs publics de tout plan de licenciements jusqu'à l'adoption définitive de la loi; Et de façon plus générale: Des droits supplémentaires pour les salarié-e-s, un relèvement substantiel du pouvoir d'achat, une utilisation des financements et du crédit en faveur du développement social et économique

 

14, 15, 16/09 - Fête de l’Humanité

Un rassemblement pour que vive l’Humanité

Il y a quelques mois, notre journal l'Humanité connaissait de sérieuses difficultés financières. Six mois d'efforts et d'engagements ont permis de redresser la situation.
Mais aujourd'hui, l'Humanité n'est pas encore sauvée. Les mesures prises par les responsables du titre ainsi que le formidable élan de générosité des lecteurs ont permis de redresser la situation. Dans l'Aube, c'est une centaine de communistes et sympathisants qui ont fait parvenir pour plus de 40.000 F de souscription à l'Humanité. Il faut maintenant assurer l'avenir du journal fondé en 1904 par Jean Jaurès pour que les efforts des uns et des autres ne soient pas vains. La réussite de la fête de l'Humanité est un point essentiel de ce processus de redressement de notre journal. J'invite tous les communistes aubois et les amis de l'Humanité à diffuser au maximum la vignette auprès de leurs amis, de leur famille, de celles et ceux qui estiment nécessaire l'existence de notre journal et sa fête. La vignette est une source importante de recettes . A ce jour, près de 200 vignettes ont été réglées à la fédération. Pour atteindre l'objectif de 750 vignettes vendues dans le département, il faut maintenant que chacun d'entre nous se mobilise et pense à nous faire parvenir son règlement.

La fête de l'Humanité, c'est aussi la fête du Parti Communiste.

En pleine période préparatoire à notre 31ème congrès, moment privilégié de contacts et de discussions entre communistes et au-delà, la fête va permettre de poser en grand les questions qui seront au centre de notre congrès : nouveaux statuts et le projet communiste que nous voulons porter, les perspectives d'avenir que nous proposons de faire vivre.
Le stand du conseil national abritera ces nombreux débat qu'animeront Marie-George Buffet, Michel Duffour, etc. Robert Hue sera bien sur présent à l'occasion de différente sinitiatives. J'invite donc les communistes aubois a se déplacer nombreux en compagnie de leur famille, de leur amis afin de profiter au mieux de ce formidable rassemblement de solidarité, d'espoir, de résistance, de fraternité qu'est la fête de l'Humanité.

Jean-Pierre Cornevin

Les cars pour l'Huma


• le dimanche 16 Septembre
Départ Bar s/Seine :5h30 Bar s/Aube 6h00 Troyes 7h00 Romilly 7h45
•Prix: 65 F par personne
•Tarifs spéciaux pour les jeunes moins de 25 ans
100F : vignette + transport + 1 pot d'accueil
150F : vignette + transport + 1 repas au stand de l'Aube

•Renseignements et réservations : 03.25.73.43.40.

 

Campagne de terreur, assassinat de délégués syndicaux..


Tout est bon pour Coca-Cola

La firme d’Atlanta vient d’entrer dans le club - peu fréquentable - des grandes multinationales accusées de violation des droit de l’homme.
Après les pétroliers Exxon et Unocal, Coca-cola vient de tomber sous le coup d’une loi américaine qui permet aux étrangers de poursuivre un ressortissant américain devant une juridiction fédérale pour des crimes perpétrés à l’étranger. Récemment, une plainte vient d’être déposée, pour le compte du syndicat colombien Sinaltrainal contre le fabriquant de boissons gazeuses et son sous-traitant pour l’amérique latine, la société Panamco. Ils y sont accusés de «torture, de meurtre et de campagne de terreur» à l’encontre de représentants syndicaux d’une usine de Coca en Colombie, après l’assassinat d’Isidro Secundo Gil sur son lieu de travail dans une usine d’embouteillage à Carepa. Cette affaire «fâcheuse» pour l’image de marque de la multinationale intervient après qu’elle ait déjà dû, dans les années 80, fermer un site industriel au Guatemala après le meurtre de trois syndicalistes.
Promouvoir la marque
Marque connue par 95% des habitants de la planète, les produits Coca-Cola ont été consommés un milliard de fois par jour dans le monde en 2000 - 17 litres par jour et par habitant rien que pour le «Coca» -. Coca est estimé à près de 1.000 milliards de francs ; son principal actif, sa marque, vaudrait 600 milliards de francs. The Coca-Cola Company s’occupe de la «gestion de l’image et du marketing» et produit le concentré de Coca ; elle laisse à d’autres de soin d’embouteiller et la distribution du produit fini. Depuis que le sponsoring a remplacé - partiellement ou en totalité - les subventions publiques, en particulier dans le monde du sport, Coca-Cola s’est engouffré dans la brèche et n’hésite pas devant les dépenses faramineuses pour promouvoir son image. Ainsi en 1996, les jeux olympiques d’Atlanta - siège social de la multinationale - furent souvent renommés «Coca-Cola Games» tant les dépenses engagées furent colossales. 200 MF pour faire partie des dix marques qui ont le droit d’associer leur nom aux anneaux olympiques ; 100 MF pour la constructions de la cité olympique «Coca», contrats publicitaires avec les sportifs : les dépenses de marketing du groupe auraient atteint les 2,5 milliards de francs. C’est une véritable OPA qui a été lancée sur le sport - et accessoirement la musique - : les J.O., la Coupe du monde de football, les Championnats du monde d’athlétisme, la NBA (championnat américain de basket), la Coupe Davis, le tour de France, etc. sont tous labellisés «Coca». D’aucun disent que la firme ne serait pas étrangère au choix de Pékin pour les prochains jeux olympiques, la Chine représentant pour le géant américain un formidable marché. «Seulement» 2 litres consommés par an et par personne en Chine. 33 cl de plus par habitant équivaudrait à 1,5 milliard de cannettes supplémentaires vendues, soit la consommation de la France et du Bénélux réunis ! Ainsi, l’hebdomadaire Business Week titrait récemment : «Devinez qui veut que Pékin obtienne les jeux ?» Alain Madelin Coca-Colaphile C’est à une véritable guerre économique à outrance con


tre que se livre Coca contre ses concurrents. Elle est soupçonnée, d’ailleurs, d’avoir orchestré, en 1990, la campagne médiatique anti-Perrier, considéré à l’époque «comme un ennemi» et dont les parts de marché aux états-Unis ne cessaient d’augmenter. Les déclarations de Douglas Ivester, directeur général en 1995, devant ses pairs de l’association américaine du soft drink se passent de commentaire : «je suis votre concurrent, je veux votre clientèle, mon but est de prendre votre place dans les rayons des magasins et l’estomac des consommateurs». Condamnée en France par la Direction de la concurrence à 10 MF pour abus de position dominante suite à la tentative d’absorption d’Orangina une broutille au regard de celle infligée pour le même motif en Italie en 1999 (100 MF) Coca est passé maître dans l’art de jouer avec les fiscalités locales et les législations nationales. En France, elle a bénéficié d’un cadeau fiscal de 850 MF grâce à Alain Madelin, ministre de l’Industrie en 1986. Après la fermeture des chantiers navals de la Normed, le très libéral ministre de l’industrie de l’époque institua deux zones franches sur les anciens sites du constructeur, à Signes dans le Var et à Dunkerque. Toute entreprise qui s’y installera sera exonérée d’impôts sur les bénéfices pendant dix ans. Coca se précipite et le résultat dépasse tous les espoirs de la firme. En 1996, l’usine de Signes annonçait un bénéfice de 2 milliards de francs ( pour une usine ayant coûté 420 MF, le rendement atteint 500% ) et celle de Dunkerque 117 MF !!!
Flexibilité, démantèlement de syndicats, discriminations raciales...

La liste est longue des infractions aux droits de l’homme et à ceux du travail dont Coca semble se soucier comme d’une guigne. Fermetures sommaires de deux usines d’embouteillage aux Philippines : le 9 décembre 1999, 750 ouvriers qui se présentent à leur travail trouvent portes closes, sans avertissement et en violation de la maigre convention collective qui prévoit une notification et une consultation préalable. Pour l’un des porte-parole du syndicat de l’usine la stratégie est claire : stopper la constitution d’un syndicat fort et remplacer les travailleurs par une main d’oeuvre occasionnelle. Selon une association luttant contre le travail des enfants dans le sud-est asiatique, l’usage de cette main d’oeuvre dans les usines d’embouteillage au Pakistan ne serait pas inconnu au groupe Coca. En 2000, aux états-Unis, Coca est poursuivi pour discrimination raciale par 2.000 de ses ouvriers noirs (sur 33.000 que compte le groupe). Afin d’éviter un procès qui l’aurait vue contrainte de dévoiler les grilles d’avancement et de salaires de son personnel noir, elle s’est fendue d’un chèque de 1,5 milliards de francs afin de mettre un terme aux poursuites. L’exemple de ce «fleuron» de la mondialisation qu’est Coca-Cola ne rend donc que trop urgentes de nouvelles initiatives et collaborations pour changer notre monde.

Alain Keslick

Humeur

Procuration

Un policier suisse «profondément» mordu par un lapin lors d’une perquisition(1). Canicule, orages, fessiers et tétons offerts aux ultraviolets concupiscents, anisette, sardines grillées et salades de patates ; la France est en vacances. La France somnole, elle fait la sieste. Toute la France ? Que nenni ! Celle des «actifs», comme on dit ; ceux qui ont «des revenus»... du moins pour l’instant. Pour les chômeurs, c’est vacances chez tata Yoyo à Gueret Creuse ou bronzette aromatisée au chlore à la piscine municipale.
On interroge les personnalités pour savoir où elles vont, ce qu’elles vont faire et lire. Lesquelles éminences, pour ne pas paraître trop tartes, n’annoncent bien sûr pas du tout-venant. Moi, je lirai l’intégrale des minutes du Concile de Bâle de 1744, promet l’un, moi «Finnegans Wake»(2) de James Joyce, prétentieuse un second qui veut péter plus haut que son cerveau. Pour les chômeurs, c’est Femme Actuelle après que madame eut découpé les recettes de cuisine et calé sur les mots fléchés. C’est aussi ça, la fracture sociale. Les pauvres - appelons un chat, un chat - passent leurs vacances par procuration, à l’économie. Dans leur HLM, ils écoutent la météo des plages alors que ceux qui sont «à la plage» n’en ont rien à faire puisqu’ils la connaissent déjà la météo ! Ils attendent le retour des voisins de palier et l’inévitable séance de diapos avec ses anecdotes que l’on sait tirées du col. L’été, tout baigne... dans la sueur, les larmes rentrées ou le sang. Les agglomérations puent les gaz d’échappement, les refuges pour SDF sont fermés, les expulsions de «sans-papier» s’accélèrent, Loana joue à balconet fermé à saint-Trop’, on prépare les usines sans ouvriers et les corses s’assaisonnent à la Kalachnikov. Hasta la vista...

Alain Keslick

(1) Lu dans L’Est-éclair du 17 août.
(2) Je tiens l’ouvrage à disposition des téméraires..

L’Union Départementale des Mutuelles de France

de l’Aube communique le texte ci-dessous, concernant la campagne nationale à l’initiative de la Fédération des Mutuelles de France afin d’améliorer la Sécurité sociale.


Nous demandons :

—Une nouvelle répartition des responsabilités entre l’état et la Sécurité Sociale afin que celle-ci puisse exercer des pouvoirs propres et plus importants dans la gestion de la protection sociale solidaire ;
—La démocratisation de la sécurité sociale afin que les assurés sociaux puissent dire leur mot et être entendus, participer aux décisions qui les concernent directement et améliorer le financement, la nature et le niveau des prestations prises en charge (dentaire, optique, audioprothèse, prévention, prestations en espèces de prévoyance, forfait hospitalier) ;
L’élection des administrateurs par les assurés sociaux qui, dans les caisses d’assurance maladie, doivent être représentés principalement par les syndicats de salariés, mais aussi par la mutualité et les associations intervenant dans le domaine sanitaire et social. Ensemble, sans se concurrencer entre elles, ces organisations du mouvement social doivent être majoritaires dans les conseils d’administration.
Nous demandons que le proposition d’une sécurité sociale élue et participative soit prise en compte par le gouvernement et soumise dans un projet de loi au parlement dans les meilleurs délais.


Nous invitons les mutualistes, les assurés sociaux, la population à venir signer cette pétition dans les points mutualistes suivants :
Troyes : bureau d’accueil des M.F. 59, bd Blanqui
S.L.V.1 EDF/GDF 50, bd Gambetta (section locale de vote)
Romilly : bureau local des Mutuelles de Troyes 31, rue Gornet-Boivin
SOMUCO (pharmacie) 99, rue Gornet-Boivin
S.L.V.5 EDF/GDF avenue P.V. Couturier
Bar-sur-Aube : Mutuelle de France de Bar-sur-Aube
S.L.V.3 EDF/GDF

Avignon - «Quai ouest» de Bernard-Marie Koltès

Un classique de notre époque

Il nous avait été donné de voir cette tragi-comédie au Festival-en-Othe l'an dernier. Elle nous avait conquis par son impertinence, sa parfaite cohérence avec un certain monde actuel, fait de violence et de désillusion.
A la «Caserne des Pompiers» où se produisirent les troupes de Champagne-Ardenne, la pièce a pris de l'ampleur et de la finesse et séduit public et critique ce qui n'est pas toujours automatique. L'univers de Koltès fait peur. Il oppose riches et pauvres, mais tout le monde grouille dans le même marasme. On hésite à savoir qui est le plus pauvre, le plus paumé, le plus fourbe. N'est-ce pas dans les bas-fonds que certaines règles de vie (ou de survie) sont suivies alors que tout part en miettes chez ce couple de richards qui a perdu tout espoir ? Certains s'accrochent, Monique (Catherine Krajewski) veut sauver Koch (Dominique Ferrier) qui tente de mourir, mais c'est surtout son monde qu'elle essaie de protéger. Et que veut donc protéger Charles (Vincent Parrot), le frère aîné, figure pivot, promoteur sans scrupules, crapule onctueuse. Chaque personnage ou groupe de personnages mène un combat, cherche noise, provoque sa rixe, fleurettistes non mouchetés prêts à se fendre pour se défendre ou seulement exister. Le plateau se présente comme un champ clos, un terrain vague, un ring ont dit certains. Est-ce une pièce sordide et glauque ? Elle ne l'est plus quand José Renault et sa compagnie(1) ont pris le parti de l'intelligence et de la distance pour nous faire rire souvent et heureusement casser la noirceur : comique des situations ou des réparties ; texte de l'auteur vivifié par des acteurs étonnants de justesse ; scénographie hachée, décantée, raffinée en fait, grâce à Renaut de

Fontainieu, lumières et son en pleine complicité. Mais n'est-ce pas B.M. Koltès qui a demandé qu'on prenne un certain recul avec son texte ? «Le théâtre, c'est le contraire de la vie mais je l'aime parce que c'est le seul endroit où l'on dit que ce n'est pas la vie.» Il y a donc de la bouffonnerie, de la polissonnerie, de l'exubérance, de l'incongruité au milieu de la désespérance et de la tragédie. Brecht, Shakespeare, même Jarry peut-être ne sont pas loin. Cela n'empêche pas la tension nécessaire grâce à des acteurs haut de gamme, ardents de sève. Je pense au jeune Mamy, présent imperturbable, qui ne dit mot sauf pour faire cracher sa mitraillette. Je revois le marivaudage cruel entre ce salaud de feinteur de Fak (Henri Payet) et la douce, finaude, coquine de Claire (Catherine Lafont). ça se termine à la Koltès par un viol presque conjugal. Je songe aux parents ennemis (Cécile et Rodolfe, Dominique Dubuy et Michel Thomas), à l'infortuné couple fortuné, perdu, pitoyable, au grand frère qui tient les cordons de la loi et du larcin. Mais, en fin de pièce, quand tout semble détruit, Claire vient, sous prétexte de douleur, nous dire toute son humanité, sa soif d'avenir. L'émotion va naître forcément. Elle nous a pris par le coeur. Parce qu'en plus du talent, il y a le charme, la vie et la passion. C'est cela la grâce du spectacle vivant, c'est qu'il est vivant justement, présent, communicant et qu'il nous entraîne. Il fait de nous des complices heureux.

Jean Lefèvre

(1) Alliage Théâtre, Reims.